Titre : Mythes & Histoire
 
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L'origine flamande de la Chanson de Roland p. 20


 

Il existe une légende à Prato en Italie : en montant au ciel, la Vierge Marie aurait détaché sa ceinture qui, des mains de saint Thomas, passa plus tard dans celles d'un habitant de Prato, devenu, à la suite de la première croisade et de son mariage avec la fille d'un prêtre grec, l'heureux dépositaire de ce trésor. Cette relique précieuse donnée pour dot à une pauvre fille, la dévotion des époux pour ce gage vénéré, leur départ clandestin, leur navigation prospère avec des dauphins qui leur font cortège à la surface des eaux, leur arrivée à Prato et les "miracles" répétés qui, joints à une maladie mortelle, arrachèrent au moribond une déclaration publique, à la suite de laquelle la ceinture sacrée fut déposée dans la cathédrale, où elle est vénérée sous le nom de Sacra Cintola. Résumons: "le vêtement de sainte Marie" a été ajouté à l'épopée entre 1119 et 1124.

Moignet place un (?) après le verset 2445 de la laisse 179 : "Ils ont fait tourner le dos à ceux d'Espagne". Ce verset est une traduction littérale du flamand: de rug doen keren, te rug doen keren. Si l'auteur initial avait été un "Français de France", il aurait écrit "ils ont fait tourner les talons à ceux d'Espagne".

Les païens s'enfuient, les Francs les poursuivent à fond. Ils les atteignent dans le Val Ténébreux", dans la laisse 180. Ce Val Ténébreux devait parler au coeur des Flamands ; la laisse est marquée AOt.

Depuis toujours les Celtes, les romanisés sous l'empire des Césars, les Francs et les Flamands des premiers siècles avaient été en pèlerinage au Val ténébreux ou Cybèle, Vénus et après elle, la Vierge Marie avaient été vénérées. Ces pèlerins se rendaient chez la Vierge dans la Roche, à Rotse madoene, dans le Val ténébreux. Ce n'est qu'en 1166 qu'on "découvrit" les restes d'un ermite au flanc de cette roche. Il fallut lui trouver un nom et on ignorait tout de lui. Comme il avait vécu, dit-on, sous l'égide de la Vierge, on fit de lui un amateur de la Vierge Marie, en langue occitane un amadour et l'endroit reçut le nom de Roc amadour, d'une consonance toute proche du nom que le plus grand nombre de pèlerins du nord lui donnait : Rotsemadoene, Rocamadour.

"Les païens invoquent un de leurs dieux, Tervagant". Ce Tervagant rappelle un toponyme de Turhold en Flandre.

Dans la laisse 183, sans AOt, il est question "de la lance dont Notre Seigneur fut blessé sur la croix".

Cette légende a déjà été commentée. Elle a été ajoutée au Roland après le retour des croisés. Des ajouts semblables ont induit les critiques en erreur quant à la date de l'origine de l'épopée.

Il y a quelques points de suspension et des lacunes dans la laisse 202. Nous complétons le texte


 

à l'aide des versets 7416 et suivants du Pfaffe Konrad : "Sire roi, émir, ce royaume et toutes les terres ici, sont dignes d'un grand vassal. Donnez-les à qui en est digne".

Les coordonnées n'ont donc jamais été établies !

L'empereur fait apprêter les corps de Roland, d'Olivier et de Turpin, dans la laisse 213. "Emmenez-les sur trois charrettes...". Moignet voit, que présentée ainsi, la mention des trois charrettes de Roncevaux reste en porte-à-faux : on ne nous dit pas si elles ont suivi Charlemagne à Saragosse, ni comment elles ont pu se joindre à l'armée, lors du voyage de retour. (Menéndez Pidal, la Chanson de Roland et la tradition épique des Francs, pp. 114-115).

Le remanieur était de connivence avec les exploiteurs de la Chanson de Roland : il fallait pouvoir montrer les tombes des héros à Blaye et ailleurs. Or Konrad, aux versets 7621-7622 dit clairement, s'appuyant sur une autre version plus archaïque : "Sous bonne escorte il les fit rapatrier dans le pays de Charles", "haim ze Karlingen" en vieil haut-allemand. Nous pouvons donc remplacer les points de suspension par : "et ramenez-les chez nous".

Les points de suspension nous fournissent la preuve de ce que, vers 1120 déjà, Blaye exploitait l'épopée remaniée en sa faveur.

Guinemant à la laisse 217 rappelle Wichman, châtelain de Gand au temps de Turold. Richard le Vieux à la laisse 220 était ce duc de Normandie qui fit appel au moine Meinhard de Gand, pour réformer les abbayes de Normandie et qui devint le premier abbé bénédictin du Mont Saint Michel.

A la suite de ce moine Meinhard on voit apparaître les Turold en Normandie.

Ne viennent-ils pas tous de cette abbaye missionnaire de Turhold en Flandre dont Adam de Brême dit, vers le milieu du onzième siècle, qu'ils étaient tous si célèbres.

La laisse 225 est marquée des lettres AOt et pourtant elle a été remaniée. Une erreur de copiste, sans doute.

Nous y lisons que Geoffroy d'Anjou porte l'oriflamme. Le lecteur voudra bien se référer à la partie historique de mon ouvrage.

Le cas du Syrien qui trahit, à la laisse 227 sans AOt, a été puisé à l'histoire de la première croisade. Les croisés découvrirent en effet, que des Syriens, quoique chrétiens, avaient partie liée avec les Turcs et espionnaient pour leur compte. Il en est encore question à la laisse 230 "mon messager le Syrien me l'a annoncé". Cette laisse est un ajout tardif.

 

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