Titre : Mythes & Histoire
 
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L'origine flamande de la Chanson de Roland p. 21


 

"Le premier (corps) est fait de ceux de Butentrot". Boissonnade a cherché vainement à identifier ce Butentrot qui, en allemand chez Konrad, n'est autre que Valpotenrot ou le diable. Le clerc qui a traduit l'épopée flamande en français a bien compris et a traduit Val par "buter" en trot ou au trot. Le Valpotenrot de Konrad n'est autre que le diable aux pattes rouges qui butent. Les peuples cités à la laisse 232 étaient bien connus de Turold ; c'est de ces peuples slaves et orientaux que sortaient les élèves confiés au monastère de Turhold pour y être formés à la prêtrise et à la vie missionnaire.

La laisse 234 contient une preuve de ce que l'épopée a été écrite avant l'an 980 : "L'émir a formé dix autres corps de bataille... le second (est fait)... de Hongrois..." Les Hongrois n'étaient donc pas encore chrétiens lorsque Turold - la laisse est marquée AOt - écrivit son épopée. En effet, la Hongrie était encore païenne sous le duc Wajk, né en 969. Elle fut christianisée par ce duc Wajk qui prit au baptême le nom d'Etienne, après son mariage avec la soeur de l'empereur Henri II et devint roi de Hongrie en 997. Il mourut en 1038.

Le premier auteur de la Chanson de Roland, Turold, aurait eu mauvaise grâce à placer les Hongrois parmi les païens de l'émir, s'il avait écrit après leur conversion de 997. De plus, les Hongrois avaient facilité le passage des armées de Godefroid de Bouillon en 1096.

Nous devons donc considérer la première Chanson de Roland comme antérieure à la conversion des Hongrois.

A la laisse 238, nous lisons que le frère de l'émir est Canabeus, soit le Chanelaus dont j'ai longuement traité ci-avant et qu'on retrouve parmi les preuves. "Celui-là tient la terre jusqu'à Val Sevree". A Chanelaus où prêcha saint Amand, il conclut maintes fois la paix avec les Frisons "roi de Floredee", mais cette fausse paix, valse vree en flamand, fut chaque fois rompue.

Lorsque Francisque Michel eut trouvé le texte de la Chanson de Roland à Oxford et qu'il l'écrit à monsieur le Conseiller Monmerqué, le l3 juillet 1835, il lui fit part de ce que "chaque couplet se termine par AOi". Dans sa hâte et son enthousiasme, Michel a mal lu la dernière lettre ; ce n'est pas un i mais un t qu'il faut lire.

A la page 237 Moignet insère une photo d'une partie de texte sur laquelle apparaît clairement AOT. Le lecteur voudra bien comparer le dernier signe la dernière lettre du premier mot "Baligant"; à la quatrième ligne le t d'espiet, à la cinquième ligne le t de turnee, pour se rendre compte de ce qu'il s'agit nullement d'un i, mais d'un t, le t de Turhold.

A la laisse 247, Naimes plonge dans le corps de Malpramis, toute l'enseigne jaune. Ce n'est pas par hasard que l'enseigne de Naimes est jaune comme l'étendard de la Flandre, au lion noir.

Canabeus-Chanelaus (prononcez Ganelaus) frappe le duc Naines sur le heaume principal (?), ce qui est obscur, comme déterminant de elme, pour Moignet.

Au vers 8343 le Pfaffe Konrad nous dit que Canabeus lui ébréchait le heaume.

La mémoire du traducteur lui fit-elle défaut à ce moment-là? (Laisse 248)

Moignet place un (?) à la laisse 257 après "Les païens d'Arabie s'en vont à plus de cent (?)". La bonne lecture serait, selon Konrad, que "beaucoup d'entre eux cherchèrent à se mettre en sûreté."

L'émir dit à Charles, dans la laisse 260: "tu me disputes ma terre, en fedeltet voeill rendre" que Moignet traduit par "je veux te réduire à la fidélité". Konrad, au verset 8475 est plus clair: "Si tu deviens mon vassal, je te rends l'Espagne en fief".

Dans la laisse 267 nous trouvons un exemple de publicité dans le style du XIIe siècle. Charles vient à Burdeles, la cité de ...: il s'agit d'un raccourci pour désigner les Bituriges. Sur l'autel de Saint Seurin il dépose l'olifant ; les pèlerins qui vont là-bas le voient. L'olifant est fendu au gros bout, comme nous l'avons déjà vu effectivement, on montrait l'olifant de Roland et les trois tombes à partir du douzième siècle à Bordeaux. Charles fait mettre les seigneurs dans de blancs cercueils, dont Konrad a parlé plus avant.


 

Cette laisse remaniée, revue et corrigée, n'est pas originelle, elle n'est pas marquée des lettres AOt. Selon le prototype, les trois héros ont été conduits au pays des Karlinges, au pays des Francs de Charlemagne.

La belle Aude a eu pour modèle la sainte Aude ou Oda, femme de saint Arnulf de Metz, qui vivait au VIIe siècle. Suivant notre épopée, Charles veut la fiancer à son fils Louis (le Pieux), né précisément au cours de la guerre d'Espagne, en 778.

Lorsque Aude est morte, on la porte dans un monastère de nonnes où on l'enterre le long d'un autel. C'est en effet, le long de l'autel de l'église d'Amay près de Huy, que sainte Ode fut enterrée. A l'ouverture de sa tombe, il y a quelques années, on constata qu'elle était vide. Ses ossements avaient été donnés en reliques à de nombreuses églises, après le succès de la Chanson de Roland.

Le roi lui a rendu de très grands honneurs, selon Moignet. Il eût été plus juste de dire que "le roi dota le couvent de grands domaines". (Laisse 269)

Il reste encore un peu de flamand originel dans la laisse 271 "Halz est li jurz..." ou "Het is een hoogdag", pour "c'est un jour solennel"...

"C'est Pinabel, du château de Sorence", lit-on dans la laisse 274. Sorence est une ville inconnue des critiques français, parce qu'ils ignorent que Pinabel était un fief de Strazeele près de Cassel, dans le département du Nord.

Le choix des noms à certains moments précis témoignent également pour une origine flamande de l'épopée. A la laisse 275 personne ne voudrait se battre pour Ganelon : "il n'y a personne qui ne l'accorde et l'approuve, excepté seulement Thierry, le frère de monseigneur Geoffroy". Cette laisse est marquée AOt, elle appartient donc au prototype.

Thierry, ainsi que je l'ai déjà analysé, est l'équivalent flamand de Theosdorik, theos=dieu en grec ; il est le frère de "monseigneur" Geoffroy ou Godfried en flamand. God ou dieu et fried pour paix.

Selon le texte originel, Dieu aurait été clément.

La laisse 280 n'est pas marquée des lettres AOt, elle date des années 1120. Il y est dit, en effet, "qu'ils pendent à leurs cous leurs écus à quartiers". Si, vers 1120, les chevaliers portaient déjà des écus à quartiers, cette forme de l'héraldique doit remonter à un siècle plus tôt. Un quartier indique une génération, les quatre quartiers se rapportent aux parents et aux grands-parents du possesseur actuel. Nous pouvons en conclure que les divisions de l'écu et des attributs remontent au plus tard au début du onzième siècle.

Nous trouvons la confirmation de ce que Thierry doit s'entendre comme Theosdorik lorsqu'il répond à Pinabel "que Dieu fasse aujourd'hui le droit entre nous".

Cette réponse, dans la laisse 283, confirme la dernière ligne de la laisse 280: "Dieu sait comment sera la fin" du combat qui oppose Pinabel à Thierry.

Pinabel étant mort, le roi commande (laisse 288) : "Va, pends-les tous à l'arbre au tronc maudit !" Cet arbre au tronc maudit est le chêne foudroyé de Tor, où les Francs prenaient le bois pour tailler leurs pointes, leurs "pinnen" qu'ils enfonçaient dans l'abeel, le peuplier, afin d'obtenir des faveurs du dieu Tor; d'où le nom de Pinabeel dont il a été question au début de cet ouvrage.

L'oeuvre de Turold, le prototype de la Chanson de Roland que nous avons découverte grâce aux lettres AOt, se termine à la fin de la laisse 288 par l'énoncé de cette maxime : "Celui qui trahit se perd et perd autrui". Les laisses suivantes ont été à tout le moins interpolées et remaniées.

Le lecteur voudra bien se rappeler la mort par pendaison dont Ganelon a été menacé lors de la découverte de sa trahison. Dans la laisse 289, Ganelon est écartelé par quatre destriers, ce qui ne correspond pas au châtiment promis.

La reine Bramimonde sera baptisée à Aix, où "mult sunt granz les cagnes" et elle recevra au baptême le nom de Juliane qui nous rappelle le nom de Borgo san Donnino, précédemment Julia Fidentia où le moine Turold a laissé le souvenir de saint Dom Lin et où il a entendu l'histoire de Val Furia, avant de se mettre à écrire à Turhold, l'inoubliable chef-d'oeuvre que nous connaissons comme la Chanson de Roland, ce preux chevalier, comte de la marche face aux Britanniques.

 

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