L'histoire s'enracinant dans la tradition, en cette matière, nous sommes tous à des degrés divers,
les plus diplômés aussi, les esprits faux décrits par Voltaire (Dictionnaire philosophique) : "[...] Les plus grands
génies peuvent avoir l'esprit faux sur un principe qu'ils ont reçu sans examen. [...] L'enfant étudie et devient un
prodige ; il argumente sur les leçons de son maître." Le thésard fait-il autre chose ?
Cela le rend, à l'instar de ses maîtres !, totalement incapable d'utiliser
je ne dis pas même sa tête, mais simplement ses yeux : ainsi TOUTES LES CARTES ANCIENNES DE LA
SEULE FLANDRE,
situent l'OCEAN GERMANIQUE sur les côtes flamandes (cf. page 5 du site de Bierne).
Or que voulez-vous que baigne une MER ou un OCEAN GERMANIQUE si ce n'est la GERMANIE, celle
notamment de Tacite et des Anciens ? La carte du COMTE DE FLANDRE (eh oui !
vous avez bien lu !) de Placide de Sainte Hélène (Paris 1690) situe le long des
côtes flamandes la Mer d'Alemagne !!! Cette traduction erronée de Mare
Germanicum prouve qu'à l'époque déjà on s'était mis, à tort, à rendre allemand
tout ce qui est germanique. Dans le même ordre d'idées, les historiens modernes
taxent d'erreur leur antique confrère Sozomène (Betel près de Gaza vers 390,
Constantinople vers 450), qui situe Boulogne en Germanie.
Restons dans le visuel : tout le monde a en tête le Moulin de Wijk-bij-Duurstede peint en 1670 par Jacob van Ruisdael. Ledit moulin est perché sur une
énorme digue, chaussée d'une série de gros pieux, qui protège la ville de Wijk-bij-Duurstede (SITUEE AU NIVEAU ZERO PAR RAPPORT AU NIVEAU DE LA MER) des caprices
d'un bras du Rhin, le Lek. N'apparaissent au-dessus de la digue que le toit d'une maison et le sommet de tours ! Eh bien ! Imaginez-vous que selon les historiens, Pépin d'Herstal aurait battu le roi frison Radbod en 695 près de Wijk-bij-Duurstede
(Sources : Annales Francorum, HdF, II, p. 681 ; Annales Mettenses, MGS, I, p.
321 ; Fredegarii chronicon, MGS, II, p. 172 ; on y parle naturellement de
Dorestadum): selon eux
Wijk-bij-Duurstede est en effet sans aucun doute, et malgré le démenti formel
d'une archéologie correctement interprétée et l'aveu officieux de Van Es, Dorestad. Vous ne voyez pas ? En 695, nous sommes au plus fort de la deuxième transgression dunkerquienne qui atteint chez nous la ligne des cinq mètres (moins aux Pays-Bas).
Vous contestez les transgressions ? Pas de problème ! Wijk-bij-Duurstede, je le
rappelle, se situe au niveau zéro. En 695, on peut être sûr que cette énorme digue n'existait pas encore. Il faut donc prêter aux armées de Radbod et de Pépin une sorte de mixte de bataille et de water-polo, où l'on nage d'une main et l'on combat de l'autre,
et aux habitants au moins amphibies de Wijk-bij-Duurstede une nature de
batraciens. Oh ! je sais ! On trouvera bien de savantes explications à ce miracle : il n'y a pas que chez
les Précieuses de Molière que "le raisonnement bannit la raison" ! Dorestad est sans aucun doute Audruicq
(7 m en moyenne), magnifiquement située à l'époque sur la fertile presqu'île de Bredenarde,
au débouché du Hem dans l'Almere - qui sera plus tard le Blootland flamand - et
dont le chenal (appelé Stawart : ses rives se situent à 2 m au-dessus du
niveau de la mer) rappelle toujours l'antique fonction
portuaire.
La grande force de Delahaye, archiviste de formation, est de s'être limité à la majesté des textes,
sans l'écran des centaines de thèses que doit ingurgiter le thésard, pas toujours capable de s'en distancier autant qu'il
faudrait - ni autorisé à le faire ! - . Le supérieur de la jésuitière anversoise où Delahaye allait compulser les
recueils de sources, notamment les célèbres Monumenta Germanica Historiae, m'a dit un jour : "Je ne sais pas si Delahaye
a raison, mais je peux dire que je n'ai jamais vu quelqu'un étudier aussi à fond cette immense collection de sources." Et
Delahaye lui-même m'a confié avoir lu au moins 25 fois l'intégralité de la collection. Combien d'étudiants par contre -
comment faire autrement si l'on ne veut pas que sa thèse s'éternise ? - s'en remettent aux index, parfois faux hélas,
notamment pour Noviomagus/Nimègue, pour aller butiner de ci de là quelques fragments sortis de leur contexte. Quand on
n'y ajoute pas, comme dans le Bronnenboek, un subtil travail de tri et de découpage qui sent son faussaire d'une lieue !
C'est comme cela qu'on attribue des invasions normandes aux Pays-Bas, alors que le contexte regorge
chaque fois de noms de villes françaises !
Il y a pourtant bien des raisons de s'interroger sur l'histoire néerlandaise. On affirme qu'Utrecht
serait le Trajectum du diocèse de Saint Willibrord, lequel aurait en même temps été Abbé à Echternach : qui peut prendre
ce grand écart au sérieux, avec ou sans cheval ! D'autant que l'archéologie a bel et bien retrouvé l'ancien nom d'Utrecht,
Albiobola, et qu'elle concède à demi-mot que la ville était inhabitable à l'époque.
On n'a guère repéré de traces attribuables (?) au soulèvement des Bataves aux Pays-Bas. Or, que
lit-on dans l'Histoire de la Picardie sous la direction de Robert Fossier (1974, Editions Privat, page 67) : "[...]
vers 69-70, la révolte de Civilis semble avoir eu des répercussions ici, car les fouilles révèlent, à ce moment, des
destructions brutales." Quand on sait que Delahaye situe les Bataves dans les pays de langue picarde, cela donne à penser.
D'autant que le flamand possède un verbe ignoré par le néerlandais du nord : batavieren, qui signifie se déchaîner, se
livrer à des déprédations : est-ce ainsi que les Flamands caractérisaient les agissements de leurs voisins picards dont
on connaît l'antique vocation militaire ?
On lit dans le Panégyrique de Constantin : " Après avoir par sa valeur capturé [à Boulogne !] cette armée
(celle de Carausius qui s'était taillé un royaume de part et d'autre du Channel) et lui avoir conservé la vie par sa clémence,
tandis qu'on préparait une flotte pour reconquérir la (Grande-) Bretagne, il purgea de tout ennemi la terre batave jadis occupée
par divers groupes de Francs sous la conduite d'un enfant du pays." Il faut vraiment solliciter les textes de façon éhontée pour
aller placer cette terre batave à des centaines de kilomètres du théâtre des opérations !
Toutes les Chansons de geste qui évoquent le roi des Frisons l'entourent de Flamands et de Picards : on a
donc longtemps su où était la Frise originelle. etc. etc.