Titre : Mythes & Histoire
 
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UNE NOUVELLE LECTURE DE LA GERMANIA DE TACITE
 

La dernière grande oeuvre de Delahaye s'intitule DE WARE KIJK OP... (Le véritable regard sur...), ce titre persiflant un ouvrage intitulé KIJK OP NIJMEGEN (Regard sur Nimègue). Phonétiquement, ce titre peut aussi se lire DE WARE KEIKOP... (Le vrai entêté...), la louable persévérance de Delahaye à ouvrir les yeux des historiens ayant souvent été qualifiée d'entêtement. Dans cette oeuvre de 1143 pages (deux volumes que j'ai traduits en trois volumes sous le titre "Des "histoires" à l'Histoire", voir plus loin), Delahaye approfondit tous les thèmes abordés et surtout cite la totalité des textes  invoqués  (plus de mille !). Le profane peut de la sorte juger sur pièces. Quant aux spécialistes, ayant dû apprendre à sa demande au Professeur Bautier de la prestigieuse Ecole des Chartes qui était Orose, dont le texte sur les Bataves est capital, Delahaye n'aurait pas été autrement étonné de leur ouvrir l'accès à bien des textes qu'ils ignorent.

L'ouvrage s'ouvre sur la Germania de Tacite dont Delahaye estime que, lue correctement, elle renvoie définitivement tous les mythes aux oubliettes. L'ayant traduite, je propose cette nouvelle lecture, agrémentée de cartes, au public francophone.

Quelque époustouflante qu'elle puisse paraître au premier abord au profane, la localisation de la Germanie en Flandre et dans le Nord de la France est illustrée et confirmée de façon éclatante par presque toutes les cartes anciennes de la seule Flandre, TOUJOURS bordée par la MER GERMANIQUE (cf. la page 5 du site de Bierne - on trouve une carte plus parlante encore - datant de 1616 - en tête de la présentation de "Quand l'histoire déraille"). Or, que voulez-vous que baigne une Mer ou un Océan Germanique  si ce n'est la Germanie ? On se demande où les historiens modernes ont, à défaut de la tête, au moins les yeux !

A en juger d'après les réactions à mon site, il semble impossible à beaucoup d'admettre que la Germania des Anciens ne soit pas l'Allemagne. Les sceptiques accepteront-ils de s'en remettre aux savants allemands eux-mêmes ? Dans l'introduction à l'édition "Budé" (Paris Belles Lettres) du De bello Gallico, Constans écrit en effet :

« Si les sources historiques de César sont bonnes, et même excellentes, en revanche, ses sources géographiques sont médiocres. Les indications générales qu'il donne sur l'orientation des différentes parties de la Gaule, sur celle de la Grande-Bretagne, sont erronées : il s'est fié aux cartes mal dressées qu'il avait sous les yeux, et il n'a pas fait d'observations personnelles qui lui permissent de rectifier les erreurs des géographes de son temps."

"Il y a encore plus à redire sur la façon dont il a utilisé ses sources géographiques. C'est au point que les derniers éditeurs allemands de César considèrent comme des interpolations la plupart des passages géographiques du Bellum Gallicum. L'édition Meusel, l'édition Klotz mettent entre crochets des chapitres entiers. » (Ex César, GUERRE DES GAULES, Texte établi et traduit par L.-A. Constans, Introduction page XIV)

Pour être une parfaite crapule, César n'en était pas pour autant un imbécile qui aurait conquis la Gaule les yeux fermés. Son texte bien compris montre au contraire qu'il a bel et bien fait des observations personnelles.

Mais passons plutôt au paragraphe suivant : les savants allemands constatent avec juste raison (merci à eux !) que la plupart des passages géographiques sont inapplicables à l'Allemagne. Ils en concluent qu'il s'agit d'interpolations, incapables qu'ils sont de concevoir que si les données de la Germania des Anciens ne s'appliquent pas à l'Allemagne, c'est tout bonnement parce que l'Allemagne n'est pas la Germania des Anciens. Delahaye le prouve amplement dans le texte qui suit.

 

DE WARE KIJK OP… TOME I CHAPITRE I CORNELII TACITI DE ORIGINE ET SITU GERMANORUM

Germania omnis a Gallis Raetisque et Pannoniis Rheno et Danuvio fluminibus, a Sarmatis Dacisque mutuo metu aut montibus separatur; cetera Oceanus ambit...

Cornelius Tacitus - Origine et territoire des Germains

A. Introduction

Tacite, dont le nom complet était Publius Cornelius Tacitus (vers 55-116/120 après Jésus-Christ) est l'un des plus célèbres auteurs romains et l'un des plus estimés. Il reçut dans son enfance une éducation de rhéteur puis embrassa une carrière administrative; il fut entre autres préteur et consul et enfin, en 112, proconsul d'Asie. Ce n'est qu'après la mort de Domitien (96 après Jésus-Christ) qu'il commença à publier sur l'histoire, n'ayant pu écrire auparavant avec la clairvoyance critique qui le caractérise. Il débuta en rédigeant quelques oeuvres mineures, dont l'"Agricola", une

intéressante biographie de son beau-père, le conquérant de la Britannia et la "Germania", une description circonstanciée du pays et du peuple des Germains, basée sur des sources écrites et orales. Tacite ne l'écrit pas en propres termes mais on peut admettre qu'il est allé personnellement en Gaule, en Angleterre et en Germanie.

Ses deux derniers grands ouvrages, les "Historiae" et les "Annales" sont nés de son dessein de rédiger l'histoire de l'empire, de la mort d'Auguste (14 après Jésus-Christ) jusqu'à sa propre époque et de continuer ainsi la monumentale histoire de la république romaine écrite par Tite Live.

Tacite jouit comme historien d'une très haute considération, pour avoir été l'initiateur conscient de la critique historique. Il ne se limite pas à l'énumération des faits mais il essaie de révéler les relations de cause à effet entre les événements, recourant pour ce faire aux réactions des gens, aussi bien des individus que des groupes. Il a été un précurseur de l'histoire jaugée et jugée, un solitaire de surcroît, puisque sa méthode ne trouvera d'imitateurs que bien des siècles après lui. Dans le jugement qu'il porte sur les événements historiques, il fait souvent preuve d'un certain pessimisme, voire d'amertume et de cynisme, particularités qui ne messiéent pas à l'historien véritable quoiqu'on ne les apprécie pas toujours. Il vivait et écrivait sous les règnes des empereurs Domitien, Nerva et Trajan, période glorieuse de l'histoire romaine, où l'empire avait atteint sa plus large expansion et où il n'y avait nulle part de guerre en cours. Cela ne l'empêchait pas, tout en évitant les comparaisons trop appuyées, de laisser libre cours à ses critiques sur la politique de son temps et sur la conduite des affaires pratiquée par les hautes autorités romaines. Il avait des idées personnelles qui percent dans l'interprétation qu'il donne des faits, par exemple dans sa manière de les regrouper et dans ses portraits des personnages principaux. Mais il réussissait à contrôler si efficacement ses opinions personnelles que son ouvrage répond parfaitement à son objectif exprimé dans les "Annales" d'écrire l'histoire "sine ira et studio" - sans haine ni complaisance, sans se lamenter que les événements auraient pu connaître un cours différent et meilleur et sans intention d'imposer comme la seule juste une opinion préconçue.

Un deuxième trait propre à Tacite est son écriture très personnelle, Dans ses derniers ouvrages, son style gagne en richesse et en tension interne pour culminer dans les "Annales". En tant que styliste, c'est un personnage à part. Les caractéristiques essentielles de son style sont la concision, la renonciation consciente à l'harmonie de périodes bien balancées, si typiques d'un Cicéron par exemple, le rejet tout aussi conscient d'effets et de tournures dramatiques si chères à un César, au profit d'une recherche de la variation voire de la dissonance et d'une structure de phrase antithétique. Tacite exprime une idée, la retire à moitié, y ajoute un commentaire, corrige ses propres termes, 

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