Titre : Mythes & Histoire
 
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UNE NOUVELLE LECTURE DE LA GERMANIA DE TACITE
 

pèse et soupèse sa thèse de toutes les manières et finit pourtant par proposer à nouveau son idée première comme un diamant aux facettes parfaitement rectifiées. Son idiolecte est également frappant. Il ne se sentait pas lié par les traditions de la prose latine, mais ne se privait pas de puiser aussi dans le vocabulaire réservé auparavant à la langue poétique. Tout ceci a fait de Tacite le délice des Latinistes purs mais la terreur des potaches. Il s'y entend si bien à comprimer une pensée ou une information très spécifique en une formule concise en dépit de son exhaustivité qu'il nous faut pour rendre telle incidente de trois ou quatre mots tout un luxe de périphrases et d'explications. Sa "Germania" use d'une langue et d'un style plus simples, quoiqu'on y rencontre aussi pas mal de passages resserrés impossibles à traduire par une paire de mots et susceptibles d'interprétations diverses. Le titre de "Germania" n'est pas de Tacite lui-même. Son oeuvre n'a laissé aucune trace dans le reste de la littérature romaine; elle est également complètement tombée dans l'oubli après la période romaine et n'apparaît nulle part dans les textes du Haut Moyen Age. Une copie, probablement du IXe siècle, refit surface vers 1425 à L'ABBAYE DE HERSFELD (Allemagne, Hessen-Kassel, province de Fulda). Les lettrés la désignèrent comme ceci: "Cornelii Taciti: de origine et situ Germanorum" - origine et territoire des Germains. Selon une lettre du Pogge en date du 3 novembre 1425 et une lettre d'Antonio Beccadelli d'avril l426, le manuscrit venait d'être découvert par un moine dans la bibliothèque de l'abbaye. L'époque tardive de cette découverte explique l'énigme que constitue la catastrophe advenue à la "Germania" de Tacite, à savoir son application à LA GERMANIE DU XVe SIECLE à qui une longue histoire marquée par de profonds changements structurels, institutionnels et géographiques avait donné un contenu, une direction et une ampleur toutes différentes de la Germania envisagée et décrite par Tacite 14 SIECLES AUPARAVANT.

Dès que les Humanistes eurent connaissance de cette oeuvre, ils furent pris d'une véritable rage de se l'approprier, si bien que bon nombre de copies se mirent à circuler,

 

pas toutes également fiables mais qu'on peut toutes rapporter à l'archétype d'Hersfeld. Le manuscrit d'Hersfeld a fini par aboutir au Vatican où on le signale déjà vers la fin du XVe siècle. Il va sans dire qu'on a lu la "Germania" sans la moindre réserve d'un point de vue allemand et qu'on l'a interprétée à partir de l'Allemagne. Aussi l'a-t-on dès l'abord pratiquée de manière tendancieuse. En 1471, à la Paix de Ratisbonne, dans son allocution aux princes allemands, le légat papal en cita tout un passage, invoquant leurs honorables traditions pour les inciter à prendre part à une croisade contre les Turcs. Dès sa découverte, la "Germania" devint un livre allemand, alors que Tacite, on ne saurait en douter, a décrit LE NORD DE I,A FRANCE et que ses pensées ne s'attardent pas une seule minute ni ne s'avancent d'un seul mètre en territoire allemand. Aussi n'y a-t-il pas dans toute la littérature historique un seul livre qu'on ait aussi totalement et si dramatiquement compris de travers. Et comme on a amplement et sans aucune réserve utilisé la "Germania" de Tacite pour élaborer l'image de l'occupation romaine en Europe occidentale, on ne peut que conclure que cette image est totalement fausse.

C'est aux Pays-Bas que la "Germania" de Tacite porte l'estocade la plus mortelle. Il situe les BATAVES et les FRISONS tout près de la frontière linguistique, et les entoure d'un très grand nombre de tribus qu'on peut maintenant encore repérer et localiser dans le nord de la France. Dans "De Ware Kijk op... tome I nous avons vu que tous les auteurs romains font la même chose. Le dernier résidu de doute possible est balayé par une des informations les plus importantes que nous fournisse Tacite, à savoir que RHENUS signifie toujours ESCAUT chez lui, ce qui est naturellement aussi le cas dans ses oeuvres ultérieures, "Historiae" et "Annales". En effet, il ne faut pas taxer Tacite d'esprit brouillon et lui imputer l'emploi dans divers sens très divergents d'un des éléments pivots de son oeuvre d'historien autour duquel gravite de surcroît tout ce qui se trouve entre la Gaule et la Germanie. Aussi les "Bouches du Renus" étaient-elles les "Bouches de l'Escaut" et comme TOUS LES AUTEURS ROMAINS situent celles-ci exactement en face du Kent anglais, les BATAVES ET FRISII NEERLANDAIS,

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