Titre : Mythes & Histoire
 
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UNE NOUVELLE LECTURE DE LA GERMANIA DE TACITE
 

pionniers de tous les mythes, réintègrent le pouce épais des post-Humanistes. L'erreur de certains historiens qui pensaient que César avait écrit l'ouvrage le plus important sur la France, et Tacite son pendant pour la Germanie était tout aussi fatale: ce séduisant parallélisme renforçait plus encore la conviction erronée que Tacite avait écrit l'histoire ancienne du futur champion de l'histoire que serait l'Allemagne. Toutefois tout cela ne suffit pas à étouffer tout esprit critique. Voilà déjà bien longtemps que les historiens disputent de la fiabilité des descriptions ethnographiques de Tacite, vu que les informations qu'il donne sur l'Allemagne (mais c'est là que le bât blesse: elles ne concernent pas l'Allemagne!) ne sont couvertes par aucun autre auteur, et qu'il anticipe des situations, qui selon les conceptions généralement en cours, ne seraient effectives que plusieurs siècles après lui. Puisqu'il s'avère maintenant que Tacite n'a pas parlé de l'Allemagne, cette discussion perd tout objet. Non seulement il ne parle pas de l'Allemagne mais il projette en outre un tout autre éclairage sur le fait germain, renvoyant entre autres au royaume des sornettes les prétendues INVASIONS GERMANIQUES, le énième dada des historiens d'Europe Occidentale, inventé pour résoudre de térébrantes énigmes et pour concilier à grand renfort de salive des incohérences manifestes. Naturellement tout cela découle inexorablement du fait que le document capital sur la "Germania" n'a été découvert qu'à une époque où beaucoup d'erreurs s'étaient déjà incrustées au point d'être considérées comme des certitudes historiques tout à fait à l'abri du doute. C'est la croix de tous ceux qui découvrent de nouvelles perspectives d'avoir plus d'ennuis avec les déductions qu'avec le coeur même de l'affaire parce que les dites déductions continuent, quoi qu'on fasse, à mener une vie propre même quand le noyau dont on les a déduites a depuis longtemps éclaté.

UNE NOUVELLE LECTURE DE LA GERMANIA DE TACITE

Ma nouvelle interprétation de la Table de Peutinger (qui situe dans le Nord de la France les prétendues voies néerlandaises) rend indispensable une rectification fondamentale de l'image de la présence romaine dans l'ouest de l'Europe. Qu'on y ajoute la question encore plus cruciale de ce que les auteurs classiques entendent par Renus et il est clair comme le jour qu'une nouvelle lecture des auteurs anciens s'impose, en partant cette fois de prémisses justes. Les mythes néerlandais ne se limitent pas à la période carolingienne et moins encore aux seuls Pays-Bas. Du fait de l'indissociabilité du Noviomagus romain et carolingien, ils ont également imposé une image fausse de l'occupation romaine dans une grande partie de l'Europe Occidentale. En guise d'introduction - nous relirons bientôt une foule d'oeuvres classiques - je soumets à une nouvelle lecture la GERMANIA de Tacite, ouvrage succinct et précis qui s'y prête à merveille. Tacite s'y proposait en effet de décrire la Germania en insistant sur la ligne de démarcation, la frontière entre la Germanie et la Gaule. Le contresens sur son oeuvre est total. Aussi la bonne lecture de son livre mène-t-elle au coeur de tous les mythes.

Tacite (55-120 après J.C.) commença à écrire vers 96, alors que l'empire romain avait atteint sa plus grand expansion dans l'ouest de l'Europe et que toutes les tribus germaniques un jour tributaires de Rome avaient été soumises. Aussi est-il du plus vif intérêt d'étudier ce qu'il entend par Germanie et quelles régions du nord, du sud ou de l'ouest il y englobe. Au cours de cette relecture, il va de soi qu'il ne faut jamais perdre de vue que Tacite pratique lui aussi l'orientation sur l'ouest: ce qu'il appelle nord est pour nous l'ouest. Le fait qu'on n'ait jamais remarqué cette distorsion est l'une des causes capitales des méprises. Chez Tacite aussi, le terme Renus doit être compris conformément à ma nouvelle conception du complexe du Renus, explicitée à partir d'une foule de textes dans VRAAGSTUKKEN... et HOLLE BOOMSTAMMEN, où je prouve que traduire Renus tout uniment par Rhin (allemand ou néerlandais) c'est se tromper du tout au tout. Une troisième cause des méprises réside dans le fait qu'on a trop exclusivement compris par Germania l'Allemagne, alors qu'il aurait dû être évident que ce terme couvrait aussi bien le concept ethnographique de germanité que le territoire germanique.

 

Textes 1 à 18

Les conceptions historiques en vigueur n'ont jamais établi de rapport entre le terme de Germania et le nord-ouest de la France où le territoire de langue germanique descendait pourtant très loin vers le sud. Cette erreur, Tacite la dénonce par avance de façon vraiment spectaculaire. Il convient d'accorder une particulière attention, quelque négatif qu'en soit le résultat, aux Pays-Bas et au nord de l'Allemagne, car Tacite n'a soufflé mot du territoire qui commence grosso-modo à la ligne qui va de Cologne à la côte belge. Pour la localisation exacte de certaines tribus qu'il nomme sans donner de précisions géographiques, nous devrons faire appel à César et à d'autres auteurs qui nous fournissent bien, eux, les détails souhaités. Les chapitres de la Germanie de Tacite sont indiqués entre parenthèses.

Texte 1 L'ouvrage s'ouvre sur une description d'ensemble (1):

"La Germanie dans son ensemble est séparée des Gaulois, des Raeti et des Pannoni par les rivières Renus et Danuvius, des Sarmati et des Daci par une crainte mutuelle ou des montagnes. Le reste est entouré par l'Océan qui comporte des baies étendues et d'immenses îles où se trouvent des peuples et des rois qu'on connaît seulement depuis peu pour les avoir découverts du fait de la guerre. Le Renus, né dans une région inaccessible des Alpes Rhétiennes, s'élance avec impétuosité, oblique un peu vers l'ouest et se jette dans l'Océan septentrional (lire: occidental). Le Danuvius coule plus calmement et plus lentement à partir du mont Argoba; il arrose les territoires de divers peuples avant de se jeter par six embouchures dans la Mer Pontique, tandis qu'un septième se perd dans les marécages."

Note:

Quand ils parlent d'Océan "septentrional" les classiques, du fait de leur orientation sur l'ouest, entendent toujours l'Océan Atlantique, si bien que l'interprétation habituelle, qui en fait la Mer du Nord est erronée, ce qui découle déjà du fait que Tacite, quelques lignes plus loin parle à nouveau des Germains "près de l'immense Océan de là-bas, pour ainsi dire de l'autre côté de la terre". C'est cette même méprise qui a donné son nom à notre Mer du Nord. Elle aurait dû s'appeler Mer de l'Ouest et apporter déjà depuis des siècles la preuve que les auteurs de l'époque classique et du Haut Moyen Age pratiquent l'orientation sur l'ouest. Mettant le comble à la méprise et à la confusion, elle s'est attribué le nom de l'Océan Atlantique, si bien que tout ce que l'on a écrit au sujet de ce dernier a été traîné aux Pays-Bas. Bien que cette orientation sur l'ouest soit évidente, elle a échappé aux historiens et aux géographes qui n'ont pas davantage compris pourquoi l'Escaut Oriental et l'Escaut Occidental portent des noms en réalité inexacts, ou qui ont voulu imputer cette erreur aux premiers cartographes. Les toponymes qui comportent comme préfixe Nord- ou Sud- apportent également la preuve de cette orientation sur l'ouest. Nortkerque et Zutkerque, localités situées au sud d'Audruicq et qui devraient en fait s'appeler Ouestkerque et Estkerque constituent une des plus frappantes illustrations de ce phénomène. Vu que l'orientation sur l'ouest atteint si l'on peut dire son comble chez Ptolémée, c'est là que j'en traiterai plus à fond.

Tacite entend par Renus non pas le Rhin allemand mais l'Escaut. Dans VRAAGSTUKKEN et HOLLE BOOMSTAMMEN, j'ai donné quelque cinquante textes qui prouvent que le terme Renus, chez les auteurs de l'époque classique et du Haut Moyen Age, constituait un concept beaucoup plus large. Comme la suite de la GERMANIA de Tacite montre à l'évidence qu'il n'est jamais monté en esprit plus haut que Cologne et qu'il ne rapporte rien, vraiment rien qui concernerait le centre ou le sud de l'Allemagne, il est d'ores et déjà clair comme le jour qu'il ne prolonge par la Germania jusqu'au Danube. Le terme Danuvius ne signifie pas plus ici que dans une foule d'autres textes le Danube. Selon Tacite, cette rivière prend sa source sur le mont Argoba qui désigne sans le moindre doute les crêtes de l'Argonne entre Reims et Metz. Méla écrit vers 40 après Jésus-Christ (CHOROGRAPHIA, III, 30) que les rivières de la Germanie sont: le Danuvius, le Rhône, le Renus, le Moenus (Meuse) et la Lippa, l'Amisis, le Visurgis et l'Albis (pour les quatre dernières, il convient de patienter un peu puisqu'elles seront évoquées séparément).

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