Titre : Mythes & Histoire
 
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UNE NOUVELLE LECTURE DE LA GERMANIA DE TACITE
 

Sénèque (NATURALES QUAESTIONES, III, 27) fait de même. Aurélius Victor (DE CAESARIBUS, 4, 2) est plus clair encore quand il écrit que le Danuvius et le Renus constituent la frontière septentrionale de la Gaule. Ausone (GRATIARUM ACTIO, II, 7) et Claudien vont dans le même sens. Orose, au début du Ve siècle (HISTORIAE, VI, 21) nomme également le Danuvius dans sa description du nord de la Gaule. Cassiodore (VARIAE, XII, 4) chante, dans sa description de la Gaule, les carpes du Danuvius et les saumons du Renus. Au VIIe siècle, Frédégaire (CHRONICAE, II, 4-6) mentionne que les Francs se fixèrent à l'ouest entre le Danuvius et le Renus. Ailleurs (III, 2), il dit que c'était entre le Danuvius et la mer. La DIMENSURATIO PROVINCIARUM (19, 20), du début du Ve siècle l'affirme avec la même netteté. Le moine d'origine irlandaise Dicuil déclare vers 825 que le terme Danuvius était encore courant pour l'Aisne, que le Danuvius du texte précédent désigne sans aucun doute. Dan- ou don- (pensez au Don russe!) est un terme générique qui signifie rivière. Comme on peut l'établir dans divers autres cas, le nom a perdu ce préfixe. On n'est du reste pas obligé d'admettre qu'Uvius a tout simplement évolué en Aisne. La plupart des rivières françaises ont porté deux et parfois trois noms: un nom celte, un nom gallo-romain, un nom latin, parfois même un nom germanisé, si bien qu'il est difficile et la plupart du temps même impossible d'établir l'évolution étymologique du nom actuel. Le copiste italien de Tacite ignorait totalement que le Danuvius fût une rivière française, aussi l'envoya-t-il se jeter dans la Mer Pontique (La Mer Noire), imposant ainsi pour de bon l'interprétation erronée de Danube. Il ne s'apercevait pas qu'il faisait faire en pensée à Tacite un bond de près de 2000 kilomètres vers une région dont l'auteur de la GERMANIA ne souffle mot, jetant ainsi les bases d'une grandiose méprise au sujet de la Germanie et d'un contresens total sur Tacite. Il va sans dire qu'on a également situé sur les rives du Danube ou dans les parages quelques tribus du nord de la France.

Il est en outre vraisemblable que Tacite a voulu désigner par Ponticum le Ponthieu, région voisine de l'Aisne; cela rend l'erreur du copiste encore plus compréhensible, même si cela ajoute encore à son comique. Le texte a du reste subi d'autres tripotages encore.

 

C'est au Renus que d'autres auteurs attribuent un delta à sept embouchures. Si dans ces cas on pense aussi à l'Escaut, on a raison puisque les auteurs classiques répètent à l'envi que les "Bouches du Renus" (entendez de l'Escaut) se trouvaient juste en face du Kent anglais. Quand il parle de Raetia, de Pannonia, de Sarmati et de Daci, Tacite n'évolue pas davantage dans le sud-est de l'Allemagne ou plus loin encore, comme l'affirme l'interprétation habituelle de ce texte. Certes, il désigne bien par Pannonia une région allemande, mais toute proche de la frontière française. Pannonia est du reste chez les classiques un synonyme exact de Germania. Ils parlent même de Pannonie Supérieure et de Pannonie Inférieure. La Raetia est une région du nord de la France. On ne peut la situer avec précision, en particulier parce qu'elle n'a vraisemblablement pas laissé de vestiges toponymiques, mais Pline (NATURALIS HISTORIA, IV, 98) affirme qu'elle se trouvait sur la frontière entre la Gaule et la Germanie. Le nom de Raetia apparaît souvent dans les textes classiques jusqu'à la fin de l'empire romain et chaque fois en relation avec des contrées françaises. Aussi est-ce une énorme sottise de situer cette région en Hongrie où l'on trouve une doublure de son nom. Il n'est pas invraisemblable qu'on puisse établir une relation entre Raetia et les toponymes Rieux, Réez et Ressons. La Dacia se prête à une localisation plus facile : in s'agit d'une contrée voisine de l'Aisne, où l'on trouve les toponymes Dagneux, Daigny, Dagny et Dagny-Lamberey. La Sarmatia est encore plus aisée à situer : il s'agit d'une région voisine de l'Aisne, de l'Oise et de la Marne, où les toponymes Sermaise, Sermoises, Sermoize, Sermiers et Sermoise attestent la justesse de la localisation. Dans son récit des troubles qui précédèrent en 68 et 69 le Soulèvement des Bataves, Tacite (HISTORIAE, IV, 54) énumère d'une seule haleine la Sarmatica, la Dacia, la Moesica (région de la Meuse) et la Pannonia, preuve supplémentaire que les quatre régions étaient voisines. Quand on voit les grands historiens français, qui devraient quand même connaître leur propre pays, situer la Sarmatica et la Dacia en Hongrie et en Roumanie, on se prend la tête dans les mains de consternation.

Du coup on voit aussi ce qu'il faut entendre par le Renus du texte ci-dessus. Tacite place la source de ce fleuve dans les Alpes Rhétiques, donc en France et non en Suisse.

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