Titre : Mythes & Histoire
 
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UNE NOUVELLE LECTURE DE LA GERMANIA DE TACITE
 

7. Tacite nous fournit aussi un magnifique exemple, probablement même le premier exemple, D'EXTENSION DE SENS de concepts géographiques. Chez lui le terme Germania couvre la région comprise entre Trèves, Cologne, la Flandre et le nord de la France au-dessus de la Gaule romaine. Il ne souffle mot de l'Allemagne à l'est de Cologne et de Trèves. On ne peut naturellement s'empêcher ici de rire sous cape de son DANUVIUS-AISNE dont on a fait le Danube. Et pourtant il affirme donner une description de la GERMANIA TOUTE ENTIERE.

Il s'ensuit primo qu'il place le centre de gravité du concept ethnographique de germanité dans le nord de la France. Secundo que son concept géographique était également limité à cette région. Tertio, que le nord de la France est le lieu de naissance de la Germanie et que ce n'est qu'après Tacite que le concept ethnographique tout comme le concept géographique se sont étendus à l'Allemagne. Et quarto que cela apporte à nouveau une preuve capitale de l'absolue nécessité de se mettre à relire les auteurs classiques, vu que ceux-ci partageaient sans aucun doute les conceptions de Tacite, ce qu'un grand nombre de textes viendra prouver dans les chapitres suivants.

8. Comment a-t-on pu en venir à une si générale et si fondamentale méprise au sujet de la "Germania" de Tacite? Cette énigme trouve une solution facile quand on sait que son oeuvre n'a été connue qu'au XVe siècle. A cette époque on s'est mis à lire et à commenter, la tête farcie de l'idée qu'on s'était faite de la Germanie au XIe siècle, idée qui différait du tout au tout du concept de Germania chez Tacite.

Ce concept, du fait des développements politiques survenus depuis les Carolingiens, avait reçu une portée beaucoup plus large et, par suite de la scission de l'ancien empire en deux grands blocs, la France et l'Allemagne - avec diverses parcelles entre deux - il avait fini par s'attacher exclusivement à l'Allemagne, alors qu'on perdait de vue ou qu'on ne comprenait plus le véritable berceau de la Germania, parce que l'Allemagne affirmait être ce berceau et que les historiens allemands commençaient à interpréter toute l'histoire de l'Europe de l'ouest à partir de cette conviction.

 

La véritable expansion de l'empire germanique et de la conscience germanique commence elle aussi à apparaître de plus en plus clairement en Allemagne. L'une après l'autre les villes allemandes - c'était le cas tout récemment encore à Paderborn - révèlent sous la pelle des archéologues une image toute différente de celle qu'on attendait: en effet, on les voit naître au Xe ou au XIe siècle et leur prétendue période carolingienne qu'on avait toujours admise comme une certitude révèle la même virginité qu'à Nimègue.

9. TACITE ET LA FRONTIERE LINGUISTIQUE. Celui qui a appliqué toute son attention à la lecture de la Germania de Tacite aura remarqué tout seul que Tacite trace avec une suffisante précision la frontière linguistique romano-germanique, naturellement sans employer ce terme. Il lui arrive d'hésiter et de confesser son incertitude quant à l'appartenance gauloise ou germanique de telle ou telle tribu, ce qui indique que le doute sur l'attribution de certaines localités ou régions à tel ou tel domaine linguistique est aussi ancien que la route de Boulogne. D'une manière générale, sa description correspond précisément avec ce que César avait déjà conquis vers 50 avant Jésus-Christ et avec ce qu'on considérait comme partie intégrante de la Gaule. Dans tout ce territoire la romanisation battait son plein, bien qu'on puisse se demander si les tribus les plus septentrionales n'étaient pas malgré tout d'origine germanique. Trois théories se proposent d'expliquer LA GENESE DE LA FRONTIERE LINGUISTIQUE. Selon la plus ancienne, celle de Kurth, elle est la frontière atteinte au IVe et Ve siècle par la politique germanique d'expansion et de colonisation: il s'agit d'une théorie née d'une vue "germanique" de la question et qui est insoutenable à cause du simple fait que la frontière linguistique existait bien avant le IVe siècle. Selon la théorie plus récente de Steinbach et Petri elle est une frontière dynamique et progressivement apparue où se serait arrêtée la romanisation (à partir du sud) des Germains si bien qu'elle serait le résultat d'un processus d'assimilation qui après des siècles de brassage de Germains et de Romains au sud et à l'ouest de l'actuelle frontière linguistique n'aurait atteint qu'au IXe et Xe siècle un point de stabilité et d'équilibre. Les historiens gantois Dhondt et Verlinden ont développé une troisième théorie qui trace une voie médiane entre les deux autres.

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