Titre : Mythes & Histoire
 
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UNE NOUVELLE LECTURE DE LA GERMANIA DE TACITE
 

On loue Charlemagne pour beaucoup de raisons; peut-être est-on fondé à en ajouter une: le fait qu'il ait ignoré ou étouffé toute question linguistique. Pourquoi ne pas le dire tout haut - bien que je ne sois pas du tout porté à faire le fanfaron - j'ai donné la première explication logique de la frontière linguistique. Mon unique mérite est d'avoir lu Tacite moi-même sans me laisser mâcher par d'autres une interprétation préconçue. J'en reviens ainsi au dada que je chevauche déjà depuis trente ans: cherchez dans les sources originales ce qu'elles déclarent et ne vous laissez pas effrayer par quelque montagne de publications que ce soit car si vous réussissez à en extraire LE PREMIER AUTEUR QUI S'EST TROMPE ET QUE L'ON CONTINUE CEPENDANT A RECOPIER, les lois de la pesanteur font s'écrouler d'un seul coup les mètres et les mètres d'ouvrages empilés sur Byvank.

10. TACITE ET LES INVASIONS GERMANIQUES. Notre nouvelle lecture de Tacite nous a également révélé que les invasions qui auraient eu lieu entre le IIIe siècle et le Xe siècle n'existent pas et que quelques prétendus ouvrages de référence d'historiens allemands et français doivent sans plus disparaître dans la corbeille à papier parce qu'ils sont faux de a à z. Il n'y a pas eu d'invasion germanique venue de Scandinavie, du nord et du nord-est de l'Allemagne vers les Pays-Bas, la Belgique et la France. Les tribus à qui on l'attribue, à savoir les Chatti, les Chauci, les Burgondii, les Suevi, les Rugii et autres étaient établis depuis longtemps dans le nord de la France. Seuls subsistent les convulsions des peuples de l'est et du sud-est de l'Europe, et les raids des Normands en Flandre et en France, mais c'est dépasser toutes les bornes que de les mettre en relation avec des invasions germaniques qui n'ont jamais eu lieu. Il est également évident, qu'aucun auteur contemporain n'a jamais parlé de migration d'un peuple entier et que les historiens ont reconstitué un "mouvement" entre deux points qui se confondaient en réalité : mais le fait d'en situer un correctement et l'autre de travers suggérait un mouvement de ce genre. On voit également ainsi comment un contresens général sur un auteur, Tacite en l'occurrence, peut conduire à des conséquences catastrophiques, inimaginables.

11. Il y a un autre aspect important de la Germania: Tacite autorise un certain nombre de fois la remarque, parfois même il le dit en propres termes, que l'occupation romaine de la Germania, de sa Germania, entendons-nous bien, qui en son temps (vers 100 après Jésus-Christ) était considérée comme achevée, ne comportait en rien que les tribus se fussent laissé complètement romaniser. Les Romains continuent d'ailleurs à les traiter de "barbares" dans leurs écrits, Au contraire: il nous apprend qu'elles avaient gardé une certaine autonomie, parfois même une administration propre sous contrôle royal, mais qu'elles vivaient en paix avec les Romains qui les maintenaient sous leur tutelle, souvent plus pacifiquement avec les Romains qu'entre elles. Dès 50 après Jésus-Christ les Romains avaient renoncé à l'écrasement sanglant des peuples germaniques. Le "Soulèvement des Bataves" des années 69 et 70 a été le dernier épisode de ces guerres, encore fut-il davantage causé par des difficultés internes et par la guerre civile qui déchirait l'empire romain.

 

Il était fatal que quelques chefs ambitieux attisassent jusqu'à la révolte chez les Bataves et chez d'autres tribus françaises un sentiment national qui couvait sous la cendre. Depuis, ce soulèvement était tellement dépassé et minimisé que Tacite n'y fait même plus allusion dans sa "Germania".

Après 50 après Jésus-Christ environ, les Romains ont opté pour un autre système d'occupation. Au lieu de la soumission militaire, ils appliquèrent la pacification. Aux tribus germaniques - Tacite nous apprend qu'il faut penser à des entités relativement petites - on n'imposait plus la romanisation, bien que celles-ci ne pussent échapper, sans qu'on l'eût du reste consciemment cherché, à une forte influence de la culture romaine.

C'est le mérite de quelques archéologues belges d'avoir les premiers signalés ce phénomène qui se manifeste clairement, également dans l'archéologie. On doit toutefois apporter à leur thèse la correction suivante: il ne s'agit pas de la conséquence du recul progressif de l'autorité romaine dans ces contrées, en l'occurrence d'un retrait brutal ou graduel de l'appareil militaire à partir du IIIe siècle jusqu'à la fin de l'empire ; au contraire, c'était dès le milieu du Ier siècle une politique bien consciente de la part des Romains. Si l'on s'avise de ce fait, les "vides" de l'occupation romaine reçoivent une explication satisfaisante. Dans quelques siècles (c'est déjà commencé çà et là) un archéologue rencontrera le même phénomène dans les colonies modernes, par exemple en Afrique, où les cultures occidentale ET indigène cohabitent. Sous ce jour nouveau, les Pays-Bas romains prennent eux aussi une toute autre apparence. Les guerres une fois terminées dans le nord de la France, comme les légions étaient encore toujours considérées comme le visage de Rome, les militaires cherchèrent un autre emploi. Ils le trouvèrent dans l'exploration et l'occupation de régions nouvelles, inconnues et tout à fait vides.

Les Pays-Bas romains présentent en effet un aspect MILITAIRE évident; le seul établissement civil qu'on leur connaisse est celui de Nimègue. Il va de soi, puisqu'ils envisageaient une occupation durable et un peuplement progressif, qu'ils y construisirent quelques fortifications et fortins pour habiter et se sentir en sécurité sur cette "bande" constituée provisoirement par une étroite langue de terre courant de Cologne vers le nord-ouest, en effet le long du Rhin - du Renus, ce qui a été l'une des incitations à comprendre de travers les classiques. Entre cette bande et la Flandre on trouve peu de vestiges romains, bien qu'il soit attesté, par exemple par les trouvailles effectuées en Brabant, par l'autel de Sandraudiga à Rÿsbergen et par les autels à Nehallennia découverts dans l'Escaut oriental que là aussi il a existé une bande de pénétration du même genre. Il va de soi que l'état stratigraphique du pays a joué un très grand rôle en la matière. Si l'on veut à tout prix qualifier de "limes germanicus" la bande du nord, qu'on ne se gêne pas. Il n'en reste pas moins étrange que ni les écrits historiques, ni les données archéologiques ne nous apprennent rien sur la fonction et l'importance de ce "limes germanicus" "projeté en avant" dans tous les sens du terme. En tout état de cause, il n'existait certainement plus après le milieu du IIIe siècle; à cette époque il est indubitable que le "limes germanicus" se situait sur la ligne Cologne-Boulogne.

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