Titre : Mythes & Histoire
 
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Quand l'histoire déraille...

 

Le comté de Flandre dans un Atlas des Jésuites intitulé Nieuw Nederlandsch Caertboeck et imprimé en 1616 à Amsterdam chez Abraham Goes.

Cette carte permet plusieurs constatations intéressantes. Notez d'abord son orientation (les points cardinaux sont indiqués) : ce que Delahaye appelle "l'orientation sur l'ouest" (ce que les Anciens nomment nord tend vers notre ouest) est encore nettement visible au début du XVIIe siècle, toute la carte étant tournée d'un petit quart de tour par rapport à une carte moderne. On imagine à quel point ce phénomène évident, notamment dans la toponymie, mais jamais remarqué par les historiens, a  faussé leur compréhension des textes des Anciens.
Constatez aussi que la mer qui baigne les côtes de la Flandre s'appelle Mare Germanicum, Mer Germanique, ce qui illustre à merveille la Germanie de Tacite enfin comprise par Delahaye comme couvrant la Flandre et le nord de la France et n'ayant rien à voir avec l'Allemagne.
Enfin, regardez le nom du banc de sable à l'extrême gauche, face à Gravelines : Wilbortsont (le banc de sable de Willibrord). Theofried d'Echternach rapporte en effet le débarquement de Saint Willibrord dans le port de Gravelines, il aurait dû dire sur le site de Gravelines, le port n'existant pas encore. Je possède douze reproductions de cartes anciennes différentes indiquant ce Wilbortsont ou Wilbort Sant. Saint Willibrord gagnait ainsi son territoire de mission chez les Frisons de l'époque qui habitaient la Flandre. Son évêché se trouvait à Traiectum/Tournehem, ville appelée ainsi à cause du gué qui permet toujours à l'antique Leulène de passer le Hem. Son abbaye se trouvait à Eperlecques peut-être non loin de Monnecove, la ferme des moines.

Présentation de l'ouvrage Quand l'histoire déraille...

Il s'agit d'une oeuvre posthume d'Albert Delahaye, revue et augmentée par le Dr. H. ten Doeschate et publiée par la Fondation Albert Delahaye à l'occasion d'une commémoration de Saint Willibrord à Utrecht ... où il n'a jamais mis les pieds. L'ouvrage présente toutefois un intérêt qui dépasse largement les circonstances de sa publication. Il est précédé par un aperçu succinct et magistral des thèses de Delahaye dans leur état ultime.
Delahaye brosse ensuite un tableau extrêmement novateur de la christianisation de la Flandre et du nord de la France. Contrairement aux historiens qui se contentent de broder sur les thèses antérieures et de les amplifier, il cite et commente 270 textes des sources, ce qui nous permet de suivre les essais, les échecs et les succès des premiers missionnaires ainsi que la création, le déclin et le glissement des divers évêchés de mission. Certes, Saint Willibrord y occupe une place de choix mais Delahaye présente également des dizaines de saints de nos régions.
La christianisation étant voulue et parfois imposée par la force par les conquérants francs, son intérêt dépasse largement la seule histoire de l'Eglise : elle est un reflet fidèle des rivalités, tensions et luttes qui opposèrent des peuples voisins : Francs, Frisons de Flandre, Saxons du Litus Saxonicum et Normands de Normandie.
Le glissement vers le nord et l'est d'abbayes qui emportaient leurs chartes, la déportation des Saxons dans ce qui deviendrait l'Allemagne firent le lit des déplacements historiques (= l'application d'une histoire vraie à une région qu'elle ne concerne pas).
En outre, trois fieffés faussaires, Adam de Brême, Theofried et Theoderich d'Echternach réussirent à mettre toute l'histoire de l'Europe de l'ouest cul par dessus tête. Ayant découvert au XVe siècle à Hersfeld la Germania de Tacite - qui ne la concerne pas - et inspirée par ces faussaires, l'Allemagne se prit pour la matrice des peuples, alors que le mouvement de population s'était fait en sens inverse, les "invasions germaniques" (les fameuses Völkerwanderungen) étant un mythe.
Après bien des réticences et bien tard, Utrecht se laissa convaincre par Echternach qu'elle avait abrité le siège épiscopal de Saint Willibrord. Problème ! La ville n'existait pas à l'époque ! Van Es, directeur du service national d'archéologie néerlandais (R.O.B.) pose la question "Pourquoi Utrecht n'a-t-elle pas été pillée par les Normands ?" et répond : "Parce qu'il n'y avait rien à piller. Utrecht n'était pas plus qu'une ruine (romaine ?). A l'époque de Saint Willibrord, les Pays-Bas étaient un archipel d'îles sillonnées de tous côtés par des fleuves et des chenaux de marée et chichement habitées de ci de là."
Quant au comportement girovague d'un Willibrord en réalité plutôt casanier et à ses incessantes navettes entre Utrecht et Echternach, dont l'abbaye fut fondée en 973 par le comte Siegfried de Luxembourg !!!, tout cela montre à quel point les historiens, dupes des élucubrations de nos trois faussaires et victimes d'un système qui accorde le primat à la bibliographie sur l'étude critique de toutes les sources, sont capables de manquer de sens critique.
Ce petit ouvrage de 190 pages A4, I.S.B.N. 978-2-9531219-5-7, doté d'un index, est en vente au prix de 20 euros + 3 euros de port. Commande et chèque sont à adresser à Jacques Fermaut, 13, rue de l'église, 59380 BIERNE. Une version PDF gratuite sera envoyée à quiconque en fera la demande en joignant son adresse courriel. Vous pouvez également la télécharger (4 Mo) sur le site d'Audruicq (l'antique Dorestad !) réalisé  par M. Bailly : http://home.nordnet.fr/~gbally/pages_themes/audruicq_livres.html

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