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INTRODUCTION DE "DEPLACEMENTS HISTORIQUES"
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1. Carolingienne, Nimègue ? Premiers doutes
En 1946, à peine nommé fonctionnaire scientifique aux archives de la ville de Nimègue, je me jetai
avec une juvénile ardeur dans l'étude de l'histoire de la ville… Un certain nombre de données historiques généralement
admises ne tardèrent pas à m'apparaître suspectes : le palais carolingien que Charlemagne aurait construit, qui aurait
servi de résidence aux Carolingiens, aux Empereurs et aux Rois allemands et qu'on supposait rebâti en l'an 1155 par
l'Empereur Frédéric Barberousse, après sa destruction et une période d'abandon, nourrissait tout spécialement mes
soupçons. En apparence, la présentation des faits que je viens d'évoquer semblait acceptable ; il est vrai que la ruine
de la résidence entre 1046 et 1155 ouvrait une lacune dans le récit, mais la restauration par l'Empereur Barberousse
paraissait la combler raisonnablement.
Le ver du doute se mit à me ronger parce que l'expansion de la ville ne m'apparaissait pas
satisfaisante pour l'esprit. En effet, si le palais s'était trouvé sur le Valkhof depuis l'an 777, ce que tout le monde
a admis, comment échapper aux questions suivantes ?
- Pourquoi ce palais n'est-il pas le noyau central de la ville, ce qui est le cas pour toutes les autres résidences
carolingiennes ?
- Pourquoi la ville et le lieu de résidence ne se sont-ils jamais intégrés l'un à l'autre ? Pourtant la cour, les
ministériaux et les domestiques se groupaient de préférence autour du palais et les relations tissées entre ville et
résidence auraient dû favoriser la convergence et la fusion de leurs plans respectifs.
- Au beau milieu du Valkhof, qu'on prétend être un domaine impérial doté d'un palais, selon toute vraisemblance
strictement fermés au public, voilà que nous rencontrons la première église et le premier cimetière de Nimègue !
- Il s'ensuit qu'il convient peut-être d'assigner aux relations entre la vieille ville sur la rive basse du Waal et
la butte du Valkhof une chronologie toute différente. L'ensemble a en outre une allure typiquement allemande et pas du
tout carolingienne. Je concède que je ne produisais pas là l'ombre d'un véritable argument historique, mais ces questions
ouvraient sérieusement la voie au doute. Je poursuivis donc mes investigations.
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