Titre : Mythes & Histoire
 
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INTRODUCTION DE "DEPLACEMENTS HISTORIQUES"
 

Vue aérienne de Noyon, ville royale (urbs regalis), où Charlemagne fut couronné roi
tandis que Carloman l'était à Soissons. Charlemagne y construisit un de ses palais, qui
fut "irréparablement ruiné" en 1046 par les Flamands. C'est là et non à Nimègue que se trouvait son palais de Noviomagus !

 

2. Le même raid normand attribué par les Allemands à Nimègue, par
   les Français à Noyon !

Il va sans dire qu'une recherche sérieuse sur Nimègue et son lien possible avec Charlemagne a tôt fait de nous conduire à la ville de Noyon. C'est à Noyon, appelée bien entendu Noviomagus dans les vieux textes latins, que Charlemagne fut couronné roi des Francs, en l'an 768. Plusieurs textes appellent cette ville "son siège". Et c'est à Nimègue qu'il aurait eu sa résidence Noviomagus ! Voilà qui fait monter le sang à la tête d'excitation, même si l'on ne se doute encore de rien. Mais, tout à coup, stupéfaction ! Un survol des faits historiques localisés à Nimègue et à Noyon impose l'évidence que les deux villes prétendent à la visite des Normands exactement aux mêmes dates. Au départ, j'y vis un remarquable jeu du hasard, mais une recherche plus approfondie mit le comble à ma stupeur en me révélant que les historiens néerlandais et allemands appliquent à Nimègue ces mêmes textes, des mêmes auteurs, relatant les mêmes faits, aux mêmes dates, que les historiens français situent à Noyon. Ma phrase ne prétend pas à l'élégance mais la répétition du mot "même" martèle l'évidence de la confusion entre Noyon et Nimègue. Même un élève du primaire peut en conclure à l'existence de grossières erreurs dans l'histoire d'une des deux villes ou dans celle des deux. A partir de cette déduction la question commença à me fasciner et je me proposai de creuser le problème à fond. Je m'en tins à la seule attitude scientifique correcte : je m'interdis de supposer par avance que c'étaient les Français qui s'étaient trompés dans cette étonnante affaire des doublets Noyon et Nimègue. Cette supposition a priori nous tente et nous sollicite sans cesse, nous Néerlandais, c'est bien naturel. Gageons que son rôle n'a pas été mince dans la formation des mythes dénoncés ici, mais ce préjugé habite tout autant l'esprit de mes critiques qui ne semblent pas en mesure d'en discerner la fausseté.

3. Publication des premiers doutes quant à la Nimègue
   carolingienne. Départ de Nimègue.

En 1955, j'estimai mes recherches suffisamment avancées pour émettre quelques réflexions sur l'historicité de la Nimègue carolingienne. Dans un article de journal (paru dans De Gelderlander du 24/25 octobre 1955), avec les raffinements de prudence d'un chat qui tourne autour d'une pâtée brûlante, je hasardai la question : "1'existence d'un palais de Charlemagne à Nimègue est-elle aussi avérée qu'on l'assure ?" A vrai dire, je n'avais encore rien affirmé, je m'étais contenté de poser une question. Sur le champ, un raz de marée d'indignation submerge le Landerneau des historiens ; pour moi, je restai stupéfait devant cette réaction à une question que je jugeais de bon sens et de raison. Je ne laissai pas d'être quelque peu effrayé par sa violence mais je ne tardai pas à comprendre que j'avais mis le doigt dans la plaie ou touché quelque nerf douloureux, ce que la suite allait me confirmer.

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