Titre : Mythes & Histoire
 
Webset
images/menu_top.jpg
images/menu_bot.jpg
Webset
images/expose_top.gif
 
  images/BusteStWillibrord.jpg

Gravelines : Buste reliquaire de Saint Willibrord. Les reliques proviennent du corpus d'Abbeville, le seul probablement authentique.

 

frontière linguistique et le limes, que l'ancienne Dorestatum se confond avec Audruicq, le Trajectum de Saint Willibrord avec Tournehem et sa fameuse abbaye d'Aefternacum avec Eperlecques, etc.

Les Normands, venus de Normandie et non de Scandinavie, ne mirent jamais les pieds aux Pays-Bas, se gardant bien de risquer leurs drakkars dans ce bourbier encore mal émergé et sans grand intérêt. Le contexte de leurs prétendues attaques contre des  localités néerlandaises souvent mythiques est en effet truffé de noms de villes françaises ! Leurs raids chassèrent les moines de Werethina (Fréthun) à Werden (Allemagne), de Suestra (près d'Arras) à Susteren (Pays-Bas), etc., contribuant ainsi aux déplacements historiques (= l'attribution d'une histoire vraie à des contrées qu'elle ne concerne pas).

L'abbaye d'Aefternacum (Eperlecques, Monnecove ?) fondée par Saint Willibrord, tombée dès 775 aux mains d'abbés laïques, périclita et se vida de ses moines pour n'être plus qu'un centre de gestion de biens. En 973, le dix-huitième et dernier abbé laïque, Siegfried, comte de Luxembourg, la refonda chez lui sous son nom et avec son patronage anciens, où elle devint Echternach et hérita de la documentation de l'abbaye d'Eperlecques.

Inspiré par le mythomane et faussaire abbé Theofried (mort en 1110), le prévôt d'Echternach, Theoderich (fin XIIe siècle), falsifia à grande échelle les chartes d'Eperlecques - et en fabriqua de toutes pièces ! - pour "récupérer" en Hollande et en Brabant des biens qu'Aefternacum/Eperlecques n'avait naturellement jamais possédés. En Hollande, il n'aboutit qu'à semer l'idée, qui germerait plus tard, que Saint Willibrord avait été évêque d'Utrecht, ville que seul le latin des chancelleries appelait Trajectum, alors qu'il l'avait été d'un vrai Trajectum (= franchissement) : Tounehem, où le gué permettant à l'antique Leulène de franchir la Hem, constitué de larges dalles et mentionné sur la carte au 1:25000, existe toujours. Dans l'est du Brabant, Echternach réussit à s'emparer de quatre églises, Waalre, Diessen, Deurne et Brakel. Les 21 autres "églises de Saint Willibrord", jamais revendiquées du reste par l'abbaye d'Echternach, sont nées de l'imagination et des amplifications d'historiens dépourvus d'esprit critique. C'est ainsi qu'on finit par faire d'Utrecht le Q.G. de la christianisation de l'Europe septentrionale (!!!) et de ce pauvre Saint Willibrord, un évêque/abbé gyrovague, "navettant" d'Utrecht à Echternach, sillonnant tout le nord de l'Europe !

Le cloisonnement des histoires nationales, la présence hors de France de nombreuses sources empruntées au sud (ainsi les copies qui n'existent plus qu'à l'abbaye d'Egmont) et la méconnaissance des transgressions dites "dunkerquiennes", sans doute imputables plutôt aux dégradations ou aux failles du cordon dunaire qu'à une variation assez brutale du niveau de la mer, expliquent que ni aux Pays-Bas, ni en France on ne se soit avisé de ces déplacements historiques : il y fallait la formation bilingue et la curiosité "transfrontalière" de Delahaye.

Les premiers textes autochtones néerlandais, Alpertus de Metz, Annales d'Egmond, Chronique rimée de Melis Stoke, Clerc uten Laghen Landen, etc., dont les plus anciens ne soufflent mot de l'histoire attribuée plus tard aux Pays-Bas, constituent une étonnante preuve par neuf de la justesse des vues de Delahaye.

Page suivante

Webset
Page précédente  Retour Haut de page  Page suivante