L’érudition de Jensma impressionne. Et, en reconnaissant (pp. 345 & 356) qu’on ne
peut dépasser le stade de la spéculation et qu’il est impossible d’étayer juridiquement sa thèse, Jensma se
donne un air d’impartialité. Mais on sent d’emblée que son siège n’est pas moins fait que celui de
l’Abbé Vertot : il ne s’agit pas pour Jensma de s’interroger sur l’Oera Linda-boek mais de
corroborer le point de vue de Winkler. C’est ainsi qu’il se sert notamment de la découverte en 1853-54 de
palafittes en Suisse pour dater la « mystification ». Il la présuppose donc, car si le texte est antérieur, c’est
au contraire une preuve d’authenticité.
Jensma ne cesse également d’exciper du ridicule ou d’invoquer la vraisemblance pour
dénier toute authenticité à l’Oera Linda-boek. Ignorerait-il ce que sait tout potache français un tant soit peu
frotté de classiques : « Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable. » (Boileau, Art poétique) ?
Dans l’évocation des protagonistes de l’affaire, hormis François HaverSmidt, quelque
peu protégé par sa et ses qualité(s) de pasteur, Jensma s’entend à noircir le trait. Le brillant docteur Ottema
(magna cum laude !), auteur de quelque quatre vingt livres et articles est atteint de sénilité précoce. Le remarquable
professionnel Cornelis over de Linden, est un prolixe écrivaillon du dimanche qui, hélas, ne sait pas écrire ; c'est un
enragé contestataire, un libre penseur d’opérette. Le bourreau de travail et grand linguiste Eelco Verwijs est
dépeint comme libertin, putassier, pochard et tartuffe.
Mais il y a pire. Si l’exhaustive bibliographie de Jensma n’ignore rien de ce qui
concerne l’Oera Linda-boek, dans son texte, ses contradicteurs les plus pertinents brillent par leur absence.
Rien sur Los. Rien non plus sur Le problème de l’VVRA LINDA BOK de F.S. Sixma Van Heemstra.
Le point de vue de Heemstra
La brièveté de cet opuscule, 57 pages, face aux 467 de Jensma, nous rappelle d’abord que
« quand les faits sont minces les livres sont épais » (R. J. Wilkinson). D’autant que sa richesse n’a
d’égale que sa concision. Issu de la vieille aristocratie frisonne, le baron Feyo Schelto Sixma Van Heemstra
(°1916) a publié en frison, néerlandais et français des études historiques et des romans. Avec beaucoup de bon sens,
il nous rappelle d’abord qu’ « il n’y a aucune ligne de démarcation distincte qui sépare
l’authenticité et la falsification » (p. 9). Sa judicieuse approche justifie une longue citation :
« Je me suis dit qu'il ne faut surtout pas se cantonner dans l'étude de cette Wra Linda
Chronique sans tenir compte des autres, et en particulier : des poèmes gaéliques d'Ossian, attribués à MacPherson,
des manuscrits Iolo des Gallois, dont Owen Jones serait l'auteur, du Barzaz Breiz des Bretons, mis au compte de Hersart
de la Villemarqué, de la chronique de Libusa, la mère de la dynastie des Premyslides, des Tchèques, attribuée à Vâclav
Hanka,et encore le fameux Kalewala des Finnois, composé par Lönnrot.
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