Le point de vue de Jensma
Depuis quelque temps déjà, on annonçait une thèse qui mettrait un terme au débat. Goffe Jensma
(°1956), historien de la culture et spécialiste de la littérature frisonnes du seizième au dix-neuvième siècle, employé
par l’Académie Frisonne de Leeuwaarden, y travaillait d’arrache-pied depuis des années. Or cette thèse est
parue fin 2004 chez Walburg Pers sous le titre de De gemaskerde god, François HaverSchmidt en het Oera Linda-boek.
L’ouvrage nous réserve une première surprise : les recherches en ont été financées par la
Fondation pour la Philosophie et la Théologie (NWO) et sa publication a bénéficié entre autres du soutien financier de
la Faculté de Théologie de l’Université de Groningue, ce qui ne laisse pas d’être assez piquant,
l’auteur ne cessant d’accabler d’acerbes sarcasmes les « croyants » coupables d’avoir pris
l’Oera Linda-boek au sérieux. La foi dispensant souvent de la bonne - foi ! - (Gide), ces patronages font froncer
le sourcil : les entraves du dogme n’ont pas pour effet habituel d’alléger la marche vers la vérité. De la
hargne toute théologique contre l’hérétique OLBien, Jensma tombe même carrément dans la grossièreté quand il se
déchaîne contre mon intelligent ami Joël Vandemaele (p. 192), coupable d’avoir essayé de situer en Flandre - qui
fut de toute évidence la Frise des auteurs de l’Antiquité - un certain nombre de données de l’Oera Linda-boek.
Il semble bien que la vindicte de Jensma vienne surtout de la remise en question de la continuité historique depuis
l’Antiquité de la Frise actuelle, laquelle est hélas exclue pour les raisons géographiques, pédologiques et
historiques magistralement énoncées par l’archiviste et historien néerlandais Albert Delahaye et illustrées par les
reconstitutions scientifiques.
Il n’empêche que l’ouvrage de Jensma présente un vif intérêt. Il s’agit d’un
pavé de 467 pages qui refait tout l’historique de l’affaire et qui en présente tous les protagonistes en les
resituant dans l’esprit du temps. Jensma y orchestre amplement les révélations posthumes de Johan Winkler (1840-1916),
témoin des débuts de l’affaire et sceptique de la première heure, prétendument éclairé par les confidences d’Anton
Jan over de Linden : l’auteur de l’Oera Linda-boek serait le pasteur « moderniste » François HaverSchmidt. Pour
ridiculiser le littéralisme des chrétiens traditionalistes, il aurait eu l’idée d’écrire un texte d’allure
biblique dont il aurait eu l’intention de révéler ensuite la fausseté. Il aurait recouru pour ce faire aux connaissances
linguistiques d’Eelco Verwijs, désireux quant à lui de jouer un bon tour à l’archiviste de Leeuwarden Wopke
Eeckhof, et aurait confié la confection matérielle du manuscrit à Cornelis over de Linden. La naïve conviction de son ancien
professeur Ottema serait venue contrecarrer ses plans et imposer le silence au trio.
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