Titre : Mythes & Histoire
 
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Le terrier de Bierne - 1567 - p. 1


 

Le terrier de Bierne, année 1567.

Traduction et notes de Jacques Fermaut, d'après la transcription de Stefaan Riem et Olivier Coulon parue dans WESTHOEK, Tijdschrift voor geschiedenis & familiekunde in de Vlaamse & Franse Westhoek (= Revue d'histoire & généalogie du Westhoek de Flandre belge & française - année 1997, n° 3-4 - pages 110 à 143)

AVIS AU LECTEUR

La présente traduction du Terrier de Bierne n’a aucune prétention scientifique. Si telle avait été son ambition, elle aurait dû partir de l’original ou de sa photocopie, puisqu’il semble que l’original soit introuvable. Etant incompétent en matière de paléographie, j’ai préféré m’en remettre à la transcription de Stefaan Riem. La généalogie oblige en effet ceux qui la pratiquent à se colleter à une foule de grimoires d’époques et d’écritures différentes, ce qui leur confère souvent une réelle virtuosité dans ce domaine. Pour autant que je puisse en juger, à quelques fautes de frappe près, la transcription de Stefaan Riem semble bien répondre à l’objectif qu’il s’était fixé de « publier l’ensemble aussi fidèlement que possible ».

Certes, le Winnezeelois d’origine que je suis, ayant encore la chance et le plaisir de pratiquer le savoureux flamand d’ici, est friand de tous les textes en flamand ancien qui peuvent lui tomber sous la main : on s’en apercevra à la lecture des notes dont j’assortis ma traduction. Remarquons toutefois que le présent Terrier a été rédigé, ce qui est tout à fait louable, par quelqu’un qui possédait assez bien le (moyen-) néerlandais standard de son temps, si bien qu’il y a fort à parier qu’il n’écrivait pas exactement dans le registre linguistique utilisé par les Biernois de l’époque : la distinction entre langue écrite et langue parlée est sans doute presque aussi ancienne que l’écriture.

Ce qui m’intéresse tout particulièrement, c’est de retrouver, sous la sécheresse fiscale du Terrier - qui alimentait tout de même un système d’entraide sociale élaboré dont nos ancêtres n’avaient pas à rougir ! - l’écho de l’histoire. Les mentions de fermes en ruines, de constructions neuves, nous rappellent que, neuf ans avant la rédaction de ce Terrier, la contrée a connu les terribles déprédations de la soldatesque française du Maréchal de Thermes : Stefaan Riem le fait très justement remarquer, il est fort probable que ces massacres et les mouvements et transferts de


 

population qu’ils ont générés soient à l’origine de la rédaction de ce Terrier.

Ce qui me passionne plus encore, c’est de deviner, sous les nombreuses mentions de toponymes, dont certains ont disparu, l’image du Bierne du XVIe siècle, avant que les bouleversements modernes dus au chemin de fer, à l’autoroute, à l’industrialisation ou aux évolutions des wateringues, n’aient pu la changer complètement. Bierne, mon cher village d’adoption, occupe en effet un site remarquable. Juché comme ses voisins, Steene et Bergues, sur une presqu’île de limons pléistocènes qui, sur la carte géologique, le distinguent immédiatement des polders qui l’enserrent presque complètement, Bierne a dû connaître une occupation bien plus ancienne que sa première mention en 1067… L’homme a toujours affectionné les lieux où la mer et l’eau flirtent avec la terre : leur richesse halieutique, cynégétique et agricole, l’agrément des voies d’eau, à une époque où la circulation terrestre était fort problématique une bonne partie de l’année, y sont pour beaucoup. Qui sait si, comme à Steene, Pitgam et ailleurs, on n’y a pas également pratiqué une des industries les plus utiles et rentables de l’antiquité : la récolte du sel, denrée si précieuse – parce qu’impossible à produire et indispensable à l’assaisonnement et à la conservation des aliments - qu’elle a donné les mots solde et salaire. Si, au cimetière notamment, on marche littéralement sur des tessons de poterie grise et autres, cela prouve assez que le site a été assez densément occupé depuis bien longtemps.

On l’a compris, je donnerais cher pour connaître la passionnante histoire ancienne de Bierne. Le Terrier permet de soulever un coin du voile. Aussi, retraité et disposant de mon temps, n’ai-je pas lésiné sur le nombre et la longueur des notes, qui sont bien plus souvent des interrogations que des affirmations péremptoires. C’est avec passion que je sillonne depuis des décennies cette contrée qui n’est morne et plate qu’en apparence : veinée d’innombrables watergangs qui sont comme autant de rides d’une vénérable face burinée par les vicissitudes des siècles, semée de légères éminences naturelles ou artificielles où l’homme a, toujours derechef, risqué une précaire existence, notre contrée, largement créée par la main industrieuse de l’habitant, et Bierne tout particulièrement, méritent amplement qu’on contemple avec ferveur leur visage, pour y découvrir pieusement « l’humble hoirie humaine » de ceux qui en foulèrent le sol avant nous…

                           Jacques Fermaut, Bierne, 2006

 

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