Titre : Mythes & Histoire
 
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Le terrier de Bierne - 1567 - p. 2


 

Introduction de Stefaan Riem

Le terrier est l’une des nombreuses sources qui s’offrent au généalogiste.

Cette source semble au premier abord n’offrir que quelques noms. Il s’agit la plupart du temps du propriétaire ou de l’exploitant de la terre et de la somme due à la table des pauvres. On trouve en outre généralement une description du type de terrain, sa superficie, les constructions éventuelles, et sa situation ou ses riverains. L’importance de cette source réside toutefois dans le fait qu’armé de ce type de données, on peut compulser à bon escient d’autres sources avec des chances de succès accrues.

Le présent terrier décrit les terrains dont la table des pauvres de Bierne, village situé dans l’ancienne châtellenie de Bergues-Saint-Winoc, peut tirer un revenu annuel. L’ouvrage de base a naturellement été rédigé en totalité à partir de considérations financières. Nous soupçonnons toutefois que les déplacements de population qui caractérisent cette deuxième moitié du XVIe siècle, ont contraint à l’élaboration d’un nouveau terrier.

Nous avons trouvé souhaitable de publier l’ensemble aussi fidèlement que possible, en conservant la langue et la numérotation originales. D’autant que l’original semble introuvable1. Aussi entre-t-il dans nos intentions de donner la photocopie dont nous disposons aux archives municipales de Bergues .

Terrier des rentes foncières et céréalières dues à la Table des pauvres de la paroisse de Bierne à savoir

a Cornelis DE KNAEC du fait de son épouse2 via3 Olivier DE BAVELAERE

doit à la Table des pauvres de Bierne 23 deniers par an pour trois mesures4 de terre s’étendant sud jusqu’à la route et nord jusqu’aux terres du Sieur et Maître Lambrecht VANDEN BRIAERDE, contre le côté est le Cornelis susdit a ses terres, le côté ouest atteint la route venant du sud5 vers de Halfmylebrigghe6.

Texte original :

 Je n'avais d'abord placé sur mon site que la seule traduction et les notes. J'ai décidé d'ajouter le texte original de façon à permettre aux élèves des cours de flamand (dont je suis un chaud partisan puisque je parle toujours le flamand) de se colleter à la langue écrite. Heureusement, l'époque n'est plus où certains personnages, qui, pour la plupart, ne parlaient pas le flamand depuis leur enfance, ignoraient le néerlandais et connaissaient donc fort mal les deux termes de la comparaison, prétendaient que le flamand était une toute autre langue que le néerlandais. Le Terrier de Bierne prouve que nos ancêtres, semblables en cela à tous les locuteurs de toutes les langues de la terre, écrivaient une langue un peu différente de celle qu'ils parlaient : le moyen-néerlandais. Aussi apprendre le seul flamand (ce à quoi j'applaudis des deux mains !), ne suffit-il pas pour renouer avec nos ancêtres et lire leurs textes, il faut y joindre le néerlandais, lequel, par son immense richesse (le Woordenboek der Nederlandsche taal est le plus gros dictionnaire du monde !), permet d'aborder tous les sujets, ce qu'un flamand réduit à sa composante rurale et déjà fort appauvri ne permet pas.

Terrier der foncier ende graenrenten competeerende den disch der prochie van Bierne te weten:

a Cornelis DE KNAEC ad causam uxoris over Olivier DE BAVELAERE ghelt den disch van Bieren xxiij s. ... d. siaers vp drie ghemeten landts, streckende zuut totter strate ende noort totten lande van minnen heere ende meester Lambrecht VANDEN BRIAERDE, riddere, ieghen doostzijde es ghelandt Cornelis voorseyt ende de westzijde streckt ieghens de strate commende van zuuden naer de Halfmylebrigghe


 

Notes

J'engage tous ceux qui liront ces notes à ne pas hésiter à me communiquer leurs remarques, critiques ou suggestions, de façon à en améliorer le contenu.

Je tiens à remercier vivement Stefaan Riem d'avoir bien voulu relire ma traduction et de l'avoir enrichie de savantes rectifications et de judicieux commentaires.

(1) Le traducteur de ce texte, Jacques Fermaut, ayant été chargé, au décès de l’Abbé Lauwerier, de trier ses papiers, y a trouvé un Cueilloir très ancien, dont la lecture aurait exigé une solide connaissance de la paléographie. Mesurant son importance et craignant qu’il ne disparaisse, il a suggéré à l’Abbé Lowyck, doyen de Bergues à l’époque, de confier ce document en dépôt aux archives municipales de Bergues. Ce Cueilloir était un recueil des revenus de la table des pauvres de Bierne. C’était donc probablement l’ancêtre du présent Terrier. Ayant feuilleté ce Cueilloir, Mademoiselle Vergriete, ancienne archiviste de Bergues, lui a signalé qu’on y trouvait des pièces datant du XIVe siècle. Il s’agit sans doute du document ou de l’ensemble de documents souvent cité dans le présent terrier comme étant dans le tiroir de l’église.

(2) Le texte original comporte l’expression latine ad causam uxoris, du fait de son épouse, ce qui signifie sans doute que l’épouse dudit DE KNAEC avait apporté cette pièce de terre dans sa corbeille de mariage.

(3) Je traduis over par via. Il faut sans doute comprendre que Cornelis DE KNAEC est le propriétaire et à ce titre redevable de la somme qui suit mais que cette somme est payée par l’exploitant Olivier DE BAVELAERE ; l’inverse me semble moins probable. Stefaan Riem confirme cette interprétation, le document même en apportant la preuve. On trouve en effet à l'assignement v : "Maître Winnock LAMMINS et hoirs de l’enfant de Fransoys LOEIJE via Passchier DEJONGHE 3 livres parisis par an sur leur ferme etc." ce qui indique très clairement que la ferme appartenait aux premiers nommés. Et Stefaan Riem de s'interroger : "L'auteur aurait-il considéré over comme synonyme de modo ?" Il ajoute : "Il convient toutefois de rester prudent car si l'on considère que ce sont les personnes nommées en second qui payaient à la Table des pauvres, on constate que sur quelque 101 items, on n'en trouve que 11 où les propriétaires payent eux-mêmes une redevance à la Table des pauvres."

(4) Selon le GLOSSAIRE du Dr. Louis Lemaire, la mesure de Bergues, valable dans toute la châtellenie, correspondait à 44 ares, 04. A Cassel, elle correspondait à 35 ares, 30 ou 35 ares, 80. Originaire de Winnezeele, je sais que cette différence subsiste. A Winnezeele, dans mon Droogland natal, si mes souvenirs sont bons, la mesure faisait 33 ares. Au départ, la mesure (gemet ou moate en flamand) désignait la surface qu’un homme pouvait labourer en un jour avec un cheval : plus la terre était lourde, plus la mesure était donc petite. Le français employait le terme journal qui dit bien ce qu’il veut dire.

Stefaan Riem me donne "un aperçu des mesures de longueur et de contenance employées dans la Châtellenie de Cassel sous l’Ancien Régime :

A : l’aune = 0,62 m.

B : le pied = 0,2962 m.

C : la verge carrée = 0,00353 ha ; 100 verges carrées font une mesure.

D : la mesure de blé : 1 rasière = 160,1 litres ou 156,43 litres selon Bigwood.

E : la mesure d’avoine : 1 rasière = 179,037 litres (Bigwood).

F : la mesure de liquides : 1 pinte = 1,11 litres ; 2 pintes = 1 pot.

G : la mesure de poids : 1 livre = 0,430 kilo."

Cet aperçu est emprunté à P. VANDEWALLE, Oude maten, gewichten en muntstelsels in Vlaanderen, Brabant en Limburg (Belgisch Centrum voor landelijke geschiedenis, publicatie nr. 82, Gent 1984) et est consultable sur Internet. On y trouve également des données concernant les châtellenies voisines.

(5) Comme on le verra par la suite Bieren noordt over de Colme – Bierne nord au-delà de la Colme), il y a tout lieu de rester circonspect devant les mentions de points cardinaux. Tout se passe comme si l’orientation sur l’ouest repérée par l’historien Albert Delahaye chez les auteurs de l’Antiquité (leur nord est notre ouest et les autres points cardinaux se décalent de même), était toujours en usage. Ainsi, les églises sont censées être tournées vers l’orient, or celle de Bierne, comme toutes les autres dans la région, vise plutôt le nord que l’est. N'oublions pas que le soleil ne se lève à l'est qu'aux équinoxes ! L'aberration atteint 45° aux solstices ! Avant l'invention de la boussole, tout dépend donc de l'époque où l'on observe le lever du soleil pour déterminer l'est. Mon ami Max Deswarte m'apprend que "le côté nord se dit dans les textes français vers mer, ce qui correspond plutôt à l'ouest."

(6) Littéralement, Pont situé à un demi-mille de Bergues. Il s'agit de l'actuel Petit Millebrugge, dont le premier élément a donc été mal interprété. Disons une fois pour toutes que s’il est intéressant de connaître la signification des toponymes, il est criminel de les traduire sur les panneaux et sur les cartes, toute traduction, même exacte, étant une trahison, les connotations des mots étant toujours différentes d’une langue à l’autre. Il faut toujours laisser les toponymes en l’état ! Ainsi, l’appellation utilisée de nos jours, Chemin vert traduit mal Groene Dreve, la dreve étant quelque chose de différent du weg (chemin). Voir note 10, page 3.

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