Notes
(7) Daeldijnghen : le terrier emploie les mots aeldingen (ici aeldijngen avec l'article de accolé) et hoirs pour désigner les héritiers. Quelle nuance de sens y avait-il donc entre les deux mots parfois utilisés tous deux côte à côte
(cf. item nnn et item zzzz) ? Le WESTVLAAMSCH IDIOTICON
(1873) du Chanoine De Bo nous explique page 4 : "La différence entre aalding et hoor (hoir) découle du fait que le premier (aalding) est l'ancien mot flamand qui désigne l'héritier selon les moeurs et usages de nos ancêtres païens ; l'autre mot (hoor ou hoir), de date ultérieure et d'origine étrangère, était un héritier selon des droits et des lois nouvellement introduites. Aalding resta le mot populaire, hoor (ou hoir) était le terme juridique."
Bien que le terrier semble employer les deux termes comme de parfaits synonymes, écrivant par exemple Daeldijghen dans les items b et e et Dhoirs dans l'item d, dans ma traduction, je laisserai le mot hoir(s) inchangé et utiliserai le mot héritier(s) pour aelding(en).
Le WOORDENBOEK DER NEDERLANDSCHE TAAL (WNT - un monument d'une
quarantaine de volumes qui en dit long sur la richesse de la langue de nos
ancêtres !), contredisant De Bo qui pensait le mot aalding(en) sorti de l'usage, signale que
le grand poète et linguiste Guido Gezelle (1830-1899), dans ses LOQUELA, dit l'avoir encore entendu à Bruges et à Roeselaere (Roulers).
Stefaan Riem résume de très intéressantes
considérations en m'écrivant : "Selon le WNT, le terme aaldingen peut
désigner tous les héritiers, bien qu'il me semble que certaines sources ne désignent par aaldingen que les héritiers qui ne sont pas des descendants
(les parents, les frères, les soeurs, les oncles, les tantes, les neveux,
les nièces, etc.). Par contre le terme juridique hoirs désigne exclusivement
les héritiers qui sont des descendants en ligne directe du défunt. Ainsi,
dans certaines sources, un
frère peut être un aalding mais ne peut pas être un hoir !"
(8) Le schelling valait un vingtième de livre et se divisait à son tour en 12
penningen (voir notes 12 et 14 sur cette page).
Le penning ou denier se divisait à son tour en 2 oboles ou 4 oorts, l'obole
valant deux oorts.
(9) Hofgracht : hof signifie cour, gracht, fossé. Le terme hof peut aussi bien désigner une cour de ferme et par extension une ferme (on dit souvent hofstede comme plus loin) que la cour d’un seigneur ou d’un prince.
(10) tDrevestick :
le champ de la drève. Le terme
drève désigne un chemin menant soit à un moulin, soit à une ferme, soit ici à la ferme domaniale (?) ou au manoir du Sieur susnommé. L’aide meunier chargé d’apporter les sacs au moulin s’appelait
(de)n driever (songez aussi à l’anglais to drive).
(11) Jor. signifie jonkheer. C’était la qualification des nobles non titrés au-dessous des chevaliers ; je traduis par gentilhomme. Le féminin est joncvrauwe (en néerlandais : jonkvrouw) que je traduis par damoiselle.
(12) Stefaan Riem ajoute en note : "L'en-tête du document a un jour été découpée. Puis on a rajouté un nouveau morceau de feuille avec un texte qui remplace l'original. Ce texte présente une graphie du XVIIIe siècle, si bien que nous ne pouvons être sûrs de l'authenticité des données sous c et d au verso de la feuille. Pour e seule la première ligne a fait l'objet de cette restauration. Dès la seconde ligne nous retrouvons le texte original."
(13) ‘tBierenhof : le
manoir de Bierne. Le cadastre de 1825 porte la mention Ferme du Chateau pour
désigner la ferme située dans la baille - aux fossés comblés sur un côté - accolée au château. Si ses douves sont toujours intactes sur le cadastre de 1825
(ci-contre), le château lui-même n'existe plus.
La ferme, appartenant
naguère à Pierre Fiers, a été achetée par le docteur Lalleman. Voir aussi note 21, page 5.
(14) La livre parisis (de Paris), normalement subdivisée en 20 sous parisis de douze deniers chacun, valait un quart de plus que la livre tournois (de Tours).
(15) L'expression néerlandaise est achter erfve rontsomme
bewaert. Erfve est une graphie d'erf (héritage). Stefaan Riem me signale que erfve "décrit toujours une sorte de terrain dont la nature
était différente des autres, le néerlandais actuel employant toujours le mot
erf pour désigner le ou les terrain(s) proches des bâtiments de la ferme."
L'expression gronden van erve signifiant anciennement (notamment dans les Coutumes de Bruxelles et de Bruges au tout début du XVIIe siècle) : bien immeubles non donnés ou
reçus en fief, j'ai traduit en conséquence. Reste le problème du mot achter (derrière),
que je traduis par arrière : il ne peut avoir de signification spatiale puisqu'il se trouverait en contradiction avec le terme rontsomme (tout autour).
Toutefois, le terme erve signifie également terrain enclos dépendant d'une maison ou d'un autre édifice. S'agirait-il ici de la baille attenante au château ?
(16) Penningen : le penning correspond à ce qu’on appelle en français le denier, terme également utilisé ici en k. On peut lire dans le GLOSSAIRE du Dr. Louis Lemaire : « Du latin : Denarius. Le denier était une monnaie romaine en argent valant originairement 10 as (Cf. le denier de César.) Les Gaulois et les Francs saliens avaient adopté le denier d’argent. Le sou de la loi salique se divisait en 40 deniers. Charlemagne créa le sou d’argent subdivisé en 12 deniers. Sous Pépin-le-Bref, le denier d’argent pesait 1 gr. 10 à 1 gr. 30 d’argent fin. La livre d’argent était de 20 sols de 12 deniers chacun. Le denier était donc la 240e partie de la livre. Sous Louis VIII furent battus des deniers tournois en billon qui valaient la 12e partie du sou. Ces deniers tournois valaient un quart de moins que les deniers parisis. Le denier de compte, monnaie fictive qui fut employée jusqu’à la Révolution, représentait le douzième du sol. » Le penning resta pendant quelques siècles la seule monnaie de l’Europe occidentale. Les valeurs supérieures comme la livre, le schelling étaient seulement des monnaies de compte. Le penning se déprécia au fil du temps. Au XIIIe siècle, il valait un douzième de gros (huitième partie de l’once, 3gr. 824) en Flandre. Au XVIe on remplaça l’argent par le cuivre. Le penning finit par n’être plus qu’une monnaie de compte, valant un douzième de stuiver (nom donné au début du XVe siècle à la plus grande monnaie d’argent) dans les Pays-Bas méridionaux.
(17) Joe… signifie jongvrauwe. C’est
le féminin de jonkheer : voir note 11. Je traduis par damoiselle.
(18) Den Steenwech, littéralement le chemin de pierre. Le terme désigne souvent une voie romaine ou une chaussée. Ici, il ne peut s’agir de voie romaine. Il s’agit donc d’une chaussée empierrée ou pavée mais laquelle ? La carte de Cassini, plus tardive, mentionne une chaussée de Bergues à Cassel. Mais elle ne passe pas sur le territoire de Bierne. Il s’agit sans doute de la route qui mène de la voie romaine Cassel-Mardyck à Bergues, qui passe entre Crochte et Steene et traverse Bierne, où elle prend le nom de Rue de l’Eglise. Cette rue était effectivement « chaussée ». Lors de sa dernière réfection, on a retrouvé les pavés sous le macadam.
Stefaan Riem me fait toutefois remarquer qu'on pourrait également traduire par
Chemin de Steene, ce qui ne change pas grand-chose à sa localisation. On pourrait objecter que la prononciation locale est Stiènewèg et qu'il semble donc manquer un -e dans la transcription, mais il est évident que l'auteur de notre terrier ne transcrit pas la langue populaire mais use du moyen-néerlandais en usage à l'époque.
(19) On ne rencontre pas le (pré)nom de Barbasaen dans le texte qui précède
: il n'est donc pas "susdit". Est-ce une erreur de lecture ? Sans doute pas. On trouve en effet par 2 fois le terme dans le
WOORDENBOEK DER TOPONYMIE de Karel de Flou (Gand, W. Siffer, 1914 – 18 volumes) : 1. het
Barbasaen leen : une rente sur la terre à Maldeghem – 2. Leenrente … ghenaemt
Barbasaen leen 1778 (Cout. Bourg Brug., 2, 599 = Rente de fief … appelée fief
Barbasaen. Il s’agit donc peut-être d’un certain type de rente – brabançonne ? voir plus loin - sur lequel je n’ai pas trouvé d’autres précisions. Il a bien existé un certain Barbasaen, membre du chapitre ou chanoine de Saint-Bavon à Gand, mais on ne voit pas ce qu’il viendrait faire ici. Le
WOORDENBOEK VAN DE FAMILIENAMEN IN BELGIË EN NOORD-FRANKRIJK de Frans Debrabandere (1993 – Gemeentekrediet) signale en 1396 un Niclaus Baerbesaen de Bruges, et précise que ce patronyme pourrait être une variante métathétique de Brabançon.
Dans l’ouvrage SOCX “Annales” des origines à nos jours, de Jean BONDUELLE, Annie BOUVIER et Marie-Claire GOZET, Houtland Editions, 2001, on trouve p. 26 : « 1546-47 : Barbesaen succède à son père Pierre VANDER NIEUWE sur le cinquante sixième fief tenu du Perron de Bergues : Vingt quatre mesures à Socx, puis son fils Gérard qui le laisse à son frère Corneille VANDER NIEUWE. » Or ce Pierre (Pieter dans l’original) VANDER NIEUWE apparaît quatre fois dans notre Terrier. Quant à Baerbesaen,
ici, c'est manifestement un prénom.