Notes
(20) Den nieuwen cloostere buuten Berghen, le nouveau cloître hors les murs de Bergues :
il s'agit du Nouveau Cloître des Victorines sur
lequel l’HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE BERGUES-SAINT-WINOC par l’Abbé Harrau (Bergues, Barbez-Denys, 1912), tome II pages 247 à 250 nous apporte des précisions
données ci-après.
Stefaan Riem pense quant à lui qu'il ne s'agit pas de l' « Abbaye des Victorines ou Nouveau Cloître (1248-1792)
» mais du Nouveau Cloître des Soeurs Noires de Rosendael (je supprime
volontairement le stupide tréma).
Dans son introduction au Terrier de Bierne dans la revue WESTHOEK, dont je ne disposais pas quand j'ai rédigé ces notes, Stefaan Riem précise (je traduis) :
« Nous retrouvons aussi dans le Terrier mention de communautés monacales. C’est ainsi qu’on mentionne souvent des terrains du « nouveau cloître hors de Bergues ». Il s’agit plus probablement ici du cloître des Sœurs Noires de Rosendael, fondées en 1480 par Filips van
Haverskerke, doyen de Bergues-Saint-Winoc, que du nouveau cloître né du
béguinage mais reconstruit en 1383 à l’intérieur de la ville. »
Et il illustre son propos par la
note suivante : K. Papin, « Van onprofittelicken en ledegaers ». Mobiliteit
en immobiliteit : de stedelijke bevolking binnen de instellingen van Sint-Winoksbergen tijdens de Bourgondische periode, Université de Gand, mémoire de licence sous la direction du prof. Docteur W. Prevenier,
1992, p. 119-120.
D'après les savantes RECHERCHES HISTORIQUES SUR LA VILLE DE BERGUES EN FLANDRE de Louis Debaecker, il
se pourrait bien que ce soit l'Abbé Harrau qui ait raison :
ÉTABLISSEMENTS RELIGIEUX. - EGLISES, ABBAYES, COUVENTS.
Avant la révolution française, il y avait à Bergues, dix édifices religieux, savoir : deux églises paroissiales, l'une sous l'invocation de St-Martin, l'autre sous celle de St-Pierre ; deux abbayes, celle de St-Winoc et celle des filles de St-Victor, appelée vulgairement le nouveau cloître ; cinq couvents, les dominicains, les capucins, les capucines-pénitentes, les annonciades et les soeurs noires ; enfin un ermitage.(p. 175)
ABBAYE DES FILLES DE SAINT-VICTOR – Cette maison, fondée par Marguerite, comtesse de Flandre, suivait la règle de St-Augustin. Elle était primitivement située hors de la ville, mais en 1381 les religieuses se retirèrent dans l'enceinte de Bergues, à cause des guerres qui infestaient le pays. L'abbaye fut entièrement reconstruite en 1761 ; de là date son nom vulgaire de Nouveau-Cloître.
Le magistrat avait coutume d'assister par députés aux enterrements et installations des abbesses et offrait aux nouvelles élues des vins d'honneur avec un bijou d'une valeur qui variait de 150 à 240 livres parisis. L'évêque diocésain les consacrait. (p. 189)
Noms des Abbesses
1254. Marguerite De Bane.
1270. Béatrix.
1301. Une dame de la noble maison de Melun.
1347. Cathérine De Salm.
1361. Marguerite Paeldynck.
.... Marie Boiscamp.
1408. Une dame de la noble maison de Luxembourg.
1414. Catherine Hélin.
1429. Catherine Belles.
1443. Catherine Lauwers.
1448. Pétronille De Visschere.
1457. Marie Craye.
1459. Jeanne Roeridere.
1484. Marie Huisch.
1492. Marie Pollar.
1519. Antoinette Boudols.
1519. Marguerite Sucrivers.
1526. Marguerite De Warhem.
1534. Cathérine Sucrivers.
1540. Jeanne Bekaerts.
1580. Judoce De Zuytpeene.
1587. Marie Raes.
1588. Anne De Wulf.
1597. Marie Raes.
1604. Barbe De Ruddere.
1624. Marie De Wulf. ..... Anne Hardevuyst.
1663. Adrienne-Caroline de Fiennes.
1668. Marie-Claire De Héricourt.
1679. Marie-Thérèse Christiaens.
1691. Marie-Joseph Maes.
1720. Marie-Claire De Lieras.
1735. Madame De Berneville.
1736. Madame De Berneville, soeur de la précédente.
1750. Madame Avare.
1770. Madame Boye. (p. 190-191)
Voici ce qu'écrit l'Abbé Harrau des Victorines : « La Maison des Victorines, fondée à Spycker en 1227, sous le vocable de Sainte Elisabeth, par les soins de Guillaume, seigneur de cette terre, et Isabeau, son épouse, apparaît dès le principe comme un établissement hospitalier, desservi par des filles béguines. En 1248, Marguerite, comtesse de Flandre, transféra cette communauté dans un immeuble (Eckerstorre – curieux ! le toponyme signifie la Tour du Necker – ou Hecker -,
qui existe toujours !) sis sous les murs de Bergues, entre la porte de Bierne et la porte du Sud. » (La porte du Sud est sans doute la Porte de Cassel). Le cloître fut brûlé par les Anglais en 1383 et les religieuses hébergées dans Bergues. Harrau se demande s’il fut reconstruit au même endroit ou transféré intra muros.
Tome II, page 249, l’abbé Harrau apporte en note quelques précisions intéressantes
sur le nouveau Cloître des Victorines : « Le couvent du Nouveau-Cloître avait deux sorties, l’une par une drève formant la rive sud de l’Houtgracht et débouchant au pont établi sur le waetergang, un peu à l’ouest du Cappelgracht
; l’autre par une drève donnant accès à la witte straete (route de Cassel). Le pont de l’Houtgracht (canal de Bierne) était à l’usage et à charge du Nouveau-Cloître. »
Constatez au passage qu'Harrau prolonge l'Houtgracht jusqu’à Bergues. Le Bieren Dyck puis le Nouveau Bieren Dyck seraient donc tous deux des prolongations en droite ligne de la Craene Beke en provenance de Crochte. La récente carte IGN au 1 :25000 a modifié les données de l’ancienne carte d’Etat major qui donnait, elle,
comme l'abbé Harrau, la séquence rectiligne Craene Becque, Bierendyck et Nouveau Bierendyck.
Elle se conforme en cela au cadastre de Bierne de 1825 qui appelle Bieren Dyck, le watergang qui
continue la Craene Beke à partir de l'Helle Straete, oblique à gauche pour rejoindre l'Houtgracht,
lequel coupe profondément la base de l'ancienne presqu'île de Bierne,
puis, passant au pied de la Chapelle de Sainte Apolline, gagne Bergues. Elle appelle Nouveau Bieren dyck le watergang qui,
se détachant du Bieren Dyck au niveau de la route de Socx désormais coupée par l'autoroute, passe dans le bas-fonds qu'on envisage de rendre à la nature en l'ennoyant à nouveau. L'appellation Nouveau Bieren dyck semble bien indiquer un
deuxième stade de creusement et une mise en culture plus tardive de ces terres très basses.
Pour échapper à ces flottements dans l'attribution des noms, on peut imaginer le scénario suivant (consultez le cadastre de Bierne page
cinq de Mon village de Bierne) : la Craene Beke devait au départ s'écouler naturellement par la dépression du futur Nouveau Bieren Dyck de la carte IGN au 1:25000 puis obliquer vers la gauche en direction du silo pour rejoindre la Gersta (l'actuel canal Bergues-Dunkerque) : tous les ans, son ancien cours y est du reste inondé ! Quant à l'Houtgracht/Hontegracht, il ne devait pas dépasser la dépression appelée Le Marais. Peut-être pour assurer à Bierne une voie navigable, ou pour protéger ses flancs est et sud, ou pour pallier les problèmes d'écoulement de l'Houtgracht par le Canal de Steene, écoulement perturbé par le creusement du Canal de la Colme qui croisait sa liaison avec la dépression du Coe Dyck, ou pour toute autre raison encore, on a décidé de couper profondément le pied de l'ancienne presqu'île de Bierne, côté Steene,
et de continuer ainsi l'Houtgracht jusqu'au Bieren Dyck (Fossé de Bierne),
cours inférieur artificiel, depuis la Helle Straete, de la
Craene Beke,
rejoignant Bergues en longeant le village puis la
route et en coupant l'ancien exutoire
vers le silo. Le bas-fonds du futur Nouveau Bieren Dyck était au départ sans doute abandonné aux marais. Par la suite, on a creusé le Nouveau Bieren Dyck,
afin de cultiver les terres basses qu'on veut maintenant rendre à la nature. La station de pompage de l'Houtgracht (voir photo du bas page 12 du site de Bierne), capable d'évacuer six mètres-cubes
par seconde, donne une idée des débits arrivant de Crochte, Socx, Steene, Quaedypre, l'Haeghe Meulen et Bierne en période de crue.
(21) caucheteur : le patronyme Caucheteur/Caucheteux étant fréquent dans nos régions,
Frans Debrabandere le traduit par fabricant de chaussettes mais que vient faire le eygen (propre) devant ?
Le DICTIONNAIRE ROUCHI-FRANCAIS de Gabriel-Antoine HECART (p. 103) donne la
définition suivante du verbe "caucheter : chausseter, chauler, immerger les
grains dans une eau de chaux. - semer de la chaux sur un terrain". Notre ALLEYN
aurait-il amendé le terrain en le chaulant ? Ce serait l'occasion pour moi de
rappeler deux proverbes locaux : "La chaux enrichit le père et ruine le fils."
et "Chauler sans fumer, c'est se ruiner sans s'en douter."
Mais le contexte ne plaide en faveur d'aucune de ces deux interprétations puisqu'il semble dire que ledit ALLEYN était caucheteur du fait de son achat.
Consulté, Stefaan Riem me répond : "Le mot illustre la grande influence du français sur la langue flamande de
la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle. Mais j'ai quelques doutes quant à l'exactitude de la transcription du mot. Au cours de
la transcription et du dépouillement d'une liste de conscription d'Ypres de 1645 (publiée depuis en collaboration avec Pieter Donche dans la revue VLAAMSE STAM,
année 40, n° 3, mai-juin 2004), j'ai eu à faire
à un certain nombre de noms de métiers français. On y rencontrait également ce mot dans l'expression suivante breuillieur de cauche et dans le composé cauchforier. Après bien des recherches, nous en vînmes à la conclusion qu'il fallait lire canche et non cauche ! En écriture ancienne, le n et le u sont parfois très difficiles à distinguer. Nous avons fini par traduire breuillieur de canche par meunier de petite avoine (smeel : fromental ?) et canchforier par fournisseur de petite avoine. Vu cette expérience, je suis porté à suspecter ici aussi une lecture erronée et à lui préférer cancheteur. Comment accorder cette interprétation avec le contexte, mystère ! Deux suggestions en forme d'interrogation : quelqu'un aurait-il acheté ces 4 mesures de terres aux hoirs de Bouden Alleijn. S'agissait-il du manufacturier local (eygen) de smeel (petite avoine) ? Ou était-il l'auteur (eygen) de cet ajout ultérieur et faut-il concevoir caucheteur comme une contraction de co-acheteur ?
"
(22) Relicta, participe passé du verbe latin relinquo, is, relinquere, reliqui, relictum, signifie laissée, abandonnée. L’item ggg montre qu’il s’agit d’un synonyme de weduwe, veuve (Voir note
95, page 16). Mais pourquoi deux termes ? Par ailleurs le hun, leur, semble bien se rapporter à la damoiselle susdite et à Jan DABBIT.
Stefaan Riem m'écrit : "S'il y avait une différence de signification entre relicta et weduwe, on pourrait suggérer prudemment que "relicta" désigne la veuve avant le partage des biens (boedelscheiding). Cette situation avait des conséquences administratives et financières qui n'étaient pas sans importance pour la Table des pauvres. Toutefois, en l'absence de preuves scientifiques, je préfère continuer à considérer que le mot relicta désigne la veuve tout court."
(23) modo, par le moyen de, par l'intermédiaire de, est sans doute un équivalent de over, via. Voir aussi note 3.