Notes
(24) Le mot est intéressant : si l'on parle de becque (ru, ruisseau), il s'agit d'un cours d'eau naturel : on ne se trouve donc pas en terrain de wateringues, asséché par la main de l'homme, où l'on rencontre les termes -dyck (de delven, creuser) et -gracht (de graven, creuser, fouir). Un vieil ouvrier des wateringues rencontré récemment à Looberghe près du Schardauwe Gracht m'a raconté qu'il avait jadis curé les watergangs à la main. Ce travail très pénible se faisait avec une longue bêche en bois, étroite et légèrement courbée vers l'avant, appelée schoate, et qu'on ne trouvait plus qu'en Belgique. La boue était rejetée sur les rives. Le soir, l'ouvrier rentrait trempé chez lui.
(25) Den Berchwech, le chemin de Bergues
: il s’agit de la route, bien chahutée près du village par l’autoroute, qui relie Bierne à Crochte, où elle rejoint et traverse l’antique Looweg.
(26) Steenmulne pourrait aussi se traduire par moulin de briques, steen signifiant certes pierre mais baksteen, parfois raccourci en steen, signifiant brique. Outre quatre moulins à vent sur pivot proches de Bergues, la Carte de Cassini, beaucoup plus tardive (XVIIIe, voir page 3 de "Mon village de Bierne"), signale un Mullevelt (champ du moulin) au carrefour de la route du château de Steene à Bergues avec celle de Bierne à Socx, au bord du Bierendyck. Sur la carte IGN 1 :25.000, on retrouve un Meulen veld houck dans l’angle formé par la voie express et la D 352 qui prolonge actuellement la Moordenaere Straete (rue du meurtrier à moins qu’il ne faille lire Moerenaere – auquel on aurait ajouté un d hypercorrect - Straete - rue des Moeres ou du marais – actuellement la plus haute rue piétonne
de Bierne – la Moordenaere Straete se continuant jadis le long de l’Hout Gracht et du Marais). La butte sur laquelle se trouve la maison de Monsieur et Madame Fruleux serait-elle un vestige de cet ancien moulin ? Monsieur Emile Delassus dit que la tradition familiale le place près de la ferme
de Louis Janssen. C'est beaucoup plus probable. Toutefois, l'absence d'article
paraît indiquer qu'il s'agit à l'époque d'un lieudit, ce que semble confirmer
la citation qui suit.
Dans l’HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE BERGUES-SAINT-WINOC de l’Abbé HARRAU, tome 1, page 324, on peut lire :
« 15. Autres seigneuries mouvant du Péron (de Bergues) : Lardier de Bergues (FF-214), Monswalle, Meulevelt (en note : Cour féodale avec bailli, échevins et homme de fief (arch. Mun. LL.-414)) ou Vicq à Bierne. En 1603, dame Marie Uphooge, douairière de Messire Henri de Vicq, seigneur d’Oosthove, à Nieppe, en fit don à son fils Henri de Vicq. Ce fief fut possédé par cette famille jusqu’en juillet 1771, époque à laquelle
Ghislain de Vicq, baron de Cumplig, s’en dessaisit. Bierenhof figure comme fief principal de cette terre. Cette seigneurie, tenue du Péron, comptait un foncier de 40 mesures avec trois arrière-fiefs. Le domaine, comprenant la ferme de Bierenhof, s’étendait dans les communes de
Bierne et de Steene et mesurait, en 1853, 29 hectares, 96 cent. de terre. Elle fut jusqu’à nos jours (Harrau édita son ouvrage en 1906) la propriété de la famille de Bavelaere. »
(27) tleen notez comme ailleurs l’accolement de l’article au nom : on
écrirait maintenant ‘t leen (pour het leen, le fief). Il
s’agissait donc d’une terre relevant d’une seigneurie, ce qui n’implique pas
forcément la noblesse de son exploitant.
(28) Nouveau Cloître, ici on ne précise plus hors les murs de Bergues. S’agit-il du même que celui qui est qualifié ainsi plus haut et que, dans son HISTOIRE de Bergues, l’abbé Harrau (cf. note 26 sur cette même page) appelle, page 170, « le Nouveau Cloître (abbaye des Victorines) ». S’il s’agit du Nouveau Cloître à l’intérieur de l’enceinte de Bergues, le plan de Bergues de Jacques de la Fontaine signale un Nieuwclooster
sur le flanc droit de l’église Saint-Martin. A la note 20 page 4, je signale que Stéphane Riem pense que le nouveau cloître hors les
murs est plutôt le cloître des Sœurs Noires de Rosendael, fondées en 1480 par Filips van
Haverskerke, doyen de Bergues-Saint-Winoc.
(29) De Hane signifie Le Coq.
(30) De Vate signifie la Mare, l’Abreuvoir. Le terrier de Bierne signale plusieurs fermes en ruines et de nouvelles constructions. N’oublions pas qu’il a été composé 9 ans seulement après la énième attaque
destructrice des troupes françaises cette fois sous le commandement du Maréchal de Thermes (1558) : le sac de Bergues ne laissa que 17 maisons debout ! On imagine les déprédations perpétrées dans les campagnes par une soldatesque sans foi ni loi ! Voir à ce sujet l’HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE BERGUES-SAINT-WINOC DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'A NOS JOURS (1906), par l’Abbé Harrau, tome 1 pp. 160-165. Le traitement réservé par les gens de chez nous aux soldats français capturés après la cinglante défaite infligée au Maréchal de Thermes devant Gravelines par le Comte d’Egmont fut à la mesure de cette barbarie : « les femmes, qui avaient vu massacrer leurs enfants et leurs maris, aveuglaient les malheureux captifs avec des aiguilles, les déchiraient avec les ongles et les dents. » (p. 165)