Titre : Mythes & Histoire
 
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Le terrier de Bierne - 1567 - p. 6


 

Le même Kerls (biffé) du fait de son épouse comme susdit via Dederick BUEDINS

12 deniers par an assis sur la ferme vétuste que l’on appelle de Vate au nord de l’assignement susdit, jouxtant au sud la route et à l’ouest le fief de ma damoiselle veuve de Jan DABBIT susdite.

(m) Gillis STONAERT (on a ajouté au-dessus : Pieter Cornelis PIERLAEY par achat, et encore au-dessus : modo Guillaemes ROMMEL par achat) via Pieter DE HANE dit ALSTEEN31 et Andries VAN BIERNE

seize livres parisis par an sur une ferme (littéralement place) ammaisonnée avec onze mesures moins32 un quartier de terre. D’abord au Ten huusvelde33 neuf mesures de terre en diverses pièces s’étendant au sud jusqu’à la becque, l’extrémité nord longeant la route qui mène à Steenmulne, le côté est jouxtant les terres du nouveau cloître (den nieuwen clooster) et [du ?] presbytère de Bierne et le côté ouest la terre de ma damoiselle veuve de Jan DABBIT.

Item encore sept quartiers de terre attenants, sis au nord de la petite route susdite, entre trois routes, s’étendant au sud jusqu’à la route vers Steenmulne, l’extrémité nord jouxtant la route sur (le long du) le Hondtgracht34, le côté ouest la petite route venant du sud vers le Hondtgracht, et le côté est les terres de Jacob PIERIN.

Et cet assignement susdit doit aussi au curé35 de la paroisse de Bierne une rasière36 de blé par an moins [un] demi spyndekin37. Et de tout ceci il y a dans le tiroir de l’église une vieille lettre munie de sceau qu’il est plus que temps de renouveler.

Texte original :

De zelve Kerls (doorgehaald) Andries ter cauze van zynen wyve als vooren over Dederyck BUEDINS xij d. siaers ligghende vp de verouderde hofstede die men heet de Vate, benoorden van tvoorgaende assignement, bezuuden an de strate ende bewesten den leene van myn joncvrauwe relicta van Jan DABBIT voorseyt.

(m) Gillis STONAERT (hierboven staat: Pieter Cornelis PIERLAEY bij coope, en daarboven: modo Guillaemes ROMMEL bij coope) over Pieter DE HANE ghezeit ALSTEEN ende Andries VAN BIERNE zesthien ponden parisis siaers vp een behuusde stede met elleven ghemeten preter een vierendeel landts. Eerst Ten huusvelde, neghen ghemeten lands in diverschen sticken, streckende zuut ieghens de beke, den noorthendt ieghens de straete loopende naer Steenmulne, doostzyde zydende ieghen de landen vanden nieuwen clooster ende presbiterie van Bieren ende westzyde ieghen tlandt van mejoncvrauwe relicta van Jan DABBIT Item noch zeven vierendeel landts daeran benoorden over tvoornomde straetkin ligghende tusschen drie straten, streckende zuut ieghen de strate naer Steenmulne, den noorthent ieghens de strate op de Hondtgracht de westzyde ieghen tstraetkin van zuuden commende naer de Hondtgracht ende an de oostzyde es gelandt Jacob PIERIN Ende dit voorgaende assignement ghelt oock den prochiepape van Bieren een raziere tarwen siaers preter half spyndekin. Ende van al dezen es in de kerckelade eenen ouden bezeghelden brief die meer dan tydt es te vernieuwen.


 

Notes

(31) Alsteen, littéralement tout pierre !

(32) Le texte original donne preter, mot dont Verdam me dit qu'il signifie garde forestier ou champêtre, ce qui ne peut être le cas ici. Les gens instruits connaissant tous le latin, il se peut qu'il s’agisse du latin praeter prononcé preter. Hélas, dans ma première version, je n'avais pas choisi la bonne traduction de ce mot dont le sens premier est excepté, hormis. Stefaan Riem me signale que le paléographe qu'il est a souvent rencontré ce mot et toujours avec la signification de moins. J'ai corrigé en conséquence.

(33) Ten huusveldte, littéralement au champ ou à la plaine de la maison.

(34) De Hondtgracht : ce toponyme est extrêmement intéressant. Il confirme en effet ce que je subodore depuis longtemps, à savoir que ce que l’on appelle aujourd’hui Houtgracht (apparemment canal ou watergang au bois), a été l’objet d’un westingwaeonisme : on appelle ainsi le phénomène de la suppression du n dans notre flamand : comparez Dixmudela bouche du fossé - et Dendermondela bouche du Dender -, ou le néerlandais stondse tenait debout – et le flamand stoeg, etc. –. Il provient en réalité de Hontegracht, watergang du chenal de marée. Dans le n° 333 de la REVUE DU NORD Archéologie, page 67, l’archéologue Philippe Ducrocq, se pose la question : « Hout Gracht (chenal de marée ?) ». Le terrier de Bierne lui répond oui. A des époques très reculées, avant l’apparition des dunes et l’édification des digues, remontant l’antique Gersta – site de l’actuel canal Bergues-Dunkerque – et la dépression du Koe Dyck d’une part et le Deullaert de l’autre, la marée devait très probablement remonter l’actuel Houtgracht. On retrouve cet élément Hontechenal de marée notamment pour l’Escaut occidental, toujours appelé ainsi sur les cartes de la Belgique, et dans le nom d’Hondschoote qui signifie éminence (de 5 à 9 mètres) du chenal de marée. Ce chenal était l’accès au port d’Hondschoote, devenu fluvial entre-temps, et qu’on a malheureusement comblé en 1969. On le retrouve un peu plus loin sur les cartes d’Etat major sous la forme Le Chien, un cuistre ayant éprouvé le besoin de traduire De Honte (le chenal de marée) comme de hond (le chien) : il est criminel de traduire les toponymes !!! Il faut dire à sa décharge que le "savantissime" Gijsseling ne fait pas mieux dans son TOPONYMISCH WOORDENBOEK en deux gros volumes et que l’Office de tourisme d’Hondschoote décroche haut la main la timbale en traduisant le nom de sa ville par « enclos des Huns » !!!! Tant qu’à faire, yourte serait plus poétique ! Mieux ! il n’en démord pas malgré plusieurs courriels de ma part. A Warhem, à côté du lieudit De Honte (à la côte 0), stupidement traduit par Le Chien, on trouve ‘t Kamtje, la petite crête (3 mètres) qui en constituait la rive. Toute une série de cartes françaises – même la célèbre carte de Cassini - traduisent ‘t Kamtje aussi stupidement par Le Peigne, kam signifiant certes crête mais aussi peigne en flamand ; quant au diminutif -tje, on l’ignore !

(35) Curé se dit paster en flamand actuel. Le terrier emploie le terme prochiepape. On précise prochiepape (pape de paroisse) parce que le mot pape désigne aussi les moines : on appelait par exemple Witte Papen les Moines Augustins. On retrouve l'élément pape dans la toponymie locale (il y a un Papeveldchamp du curé ou des moines – à Cappelle-la-Grande et des Pape MoerenMoeres du curé ou des moines - près d’Hondschoote) et sur une des cloches du carillon d’Esquelbecq. Le terme a parfois été utilisé comme injure par les Protestants : songez à papiste !

(36) Le GLOSSAIRE du Dr. Lemaire (p. 167) nous apprend que « La rasière de Bergues équivalait à 144 litres, 1 soit 64 pots à la bière. (Mais ici il ne s’agit pas de bière.) […] D’après l’arrêté préfectoral de l’an X (donc beaucoup plus tard !) elle valait 14 décalitres, 410 pour les grains […]. En 1709 une rasière de Bergues pesait en froment 212 livres. »

(37) A spende, spinde, spijnde, spynd (dont le présent spyndekin est un diminutif), le MIDDELNEDERLANDS WOORDENBOEK de Verdam (La Haye, Martinus Nijhoff, 1932) donne la définition suivante (je traduis) 1. distribution de nourriture aux indigents, dons de charité, aumône ; également ce qui est distribué. 2. cellier ou réserve de nourriture ; armoire à provisions, armoire. A Winnezeele, on emploie le mot au diminutif (prononcé spyndeghe) pour désigner un petit garde-manger recouvert de fin grillage moustiquaire – contre les insectes et les souris – disposé dans la cave. Toutefois, à en juger par le sous-titre du présent Terrier, il est plus que probable qu’il s’agit ici d’une mesure de grain (voir note 102, page 18), le spint, faisant une trentaine de litres. L’item xxx emploie le même mot pour désigner une mesure d’avoine.). Stefaan Riem me signale que P. Vandewalle assigne une contenance de 36,25 litres au spint de la châtellenie de Bergues, tout en faisant référence à une publication de Bigwood qui opte pour 34,79. Mais pourquoi le diminutif ?

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