Titre : Mythes & Histoire
 
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Le terrier de Bierne - 1567 - p. 8


 

(r) Jacob PIEREN, Cornelis DE KNAECK du fait de son épouse (on a ajouté au-dessus : maintenant Jooris RAPE) et autres,

5 schellings par an sur huit mesures de terre atteignant au sud de Hondtgracht, au nord le fief de Jan LYSEN, jouxtant avec son côté est la route venant du sud vers de Halfmylebrigghe (le Petit Millebrugge) et avec son côté ouest la terre (on a écrit à côté : de Jan SCARE - biffé -) des héritiers d’Olivier SCARE.

(s) Damoiselle veuve et enfants d’Olivier VANDER PODEME (on a ajouté au-dessus : modo Mailliaert DE BAVELARE) via Olivier DE BAVELARE

5 schellings par an sur une mesure et demie de terre dans de Scadecorenbelck42 et à côté de la ferme appelée Bakelroot, s’étendant au sud contre le fief de Colaert VANDEN KERCHOVE du fait de son épouse, et au nord le long de den Steenwech (la chaussée), et de la petite route menant à Steenmulne, le côté ouest jouxtant la damoiselle et enfants susdits

(t) La même damoiselle et enfants d’Olivier VANDER PODEME (on a ajouté au-dessus : les hoirs et héritiers de Jan VERTEGANS) via Olivier DE BAVELARE

3 schellings 6 deniers par an sur trois mesures de terre ou à peu près appelées jadis de Distelmeet43 sises dans les Twaelf Ghemeten (Douze Mesures), s’étendant à l’est et à l’ouest contre la terre de la damoiselle et enfants susdits, jouxtant par son côté sud la terre de Joris VERTEGANS et par son côté nord le fief de Colaert VANDEN KERCHOVE du fait de son épouse.

v Maître Winnock LAMMINS et les héritiers de l’enfant de Fransoys LOEIJE (on a ajouté au-dessus : Mattheeus WILLEINS modo les hoirs de Fransoys HOCKET) via Passchier DEJONGHE 

3 livres parisis par an sur leur ferme avec 24 mesures de terre avec tous les biens meubles s’y trouvant, cloués, maçonnés ou enracinés44.

x Le même (on a ajouté au-dessus : vt supra - comme ci-dessus -) via Isabeele VANDER EEKE

10 schelles (terme courant en moyen-néerlandais pour schellings) 6 deniers sur une pièce de terre au tColommevelt45 s’étendant au sud avec son côté est jouxtant la terre de maître Winnock et hoirs susdits, et nord la terre de la Table des pauvres de Saint Martin à Bergues et la terre …, jouxtant avec son côté ouest avec une excroissance en forme de petite hache la terre de Jan STONAERT fils de Jan et hoirs de Jan DABBIT.

Bierne nord46 par-delà la Colme

y Andries VANDER CLYTE et consorts (on a  ajouté au-dessus : Hendric TACCOEN modo maître Jacques VAN CAPPELE) via Roelandt DE VISCH

8 schellings par an sur une petite pièce de terre s’étendant à l’est le long de la ferme d'Andries et les siens susdits, le côté ouest longeant den Waterganck47 menant à den Craijhove48, le côté sud jouxtant le même Andries que ci-dessus, et attenant avec le côté nord à la terre de Joos VAN HONDEGHEEM, Heinderyck MATHEUS et autres.

Texte original :

(r) Jacob PIEREN, Cornelis DE KNAECK ad causam uxoris (hier boven staat: nu Jooris RAPE) ende andere v s. siaers vp achte ghemeten landts, streckende zuut op de Hondtgracht ende noort ieghen tleen van Jan LYSEN, zydende metter oostzijde ieghens de strate commende van zuuden naer de Halfmylebrigghe ende metter westzyde ieghen tlandt (hierna staat: van Jan SCARE - doorgehaald-) vande aeldinghen van Olivier SCARE.

s Joncvrauwe relicta ende kynderen van Olivier VANDERPODEME (hierboven staat: modo Mailliaert DE BAVELARE) over Olivier DE BAVELARE v s. siaers vp onderhalf ghemet landts in de Scadecorenbelck ende aldernaest de hoofsteide ghenaempt Bakelroot, streckende zuut ieghens tleen van Colaert VANDEN KERCHOVE ad causam uxoris ende noort ieghen den Steenwech ende es tstraetkin loopende naer Steenmulne, de westzyde ieghen de voornomde joncvrauwe ende kynderen.

t De zelve joncvrauwe ende kynderen Oliviers VANDER PODEME (hierboven staat: dhoirs ende aeldinghen Jan VERTEGANS) over Oliver DE BAVELARE iij s. vj d. siaers vp drie ghemeten landts of daer outrent, van ouden tyden ghenaempt de Distelmeet, ligghende in de Twaelf Ghemeten, streckende oost ende west ieghen tlandt van de joncvrauwe ende kynderen voorseyt, zydende metter zuutzyde ieghens tland van Joris VERTEGANS ende de noortzyde ieghen tleen van Colaert VANDEN KERCHOVE ad causam uxoris.

v Meester Winnock LAMMINS ende daeldijnghen vanden kynde van Fransoys LOEIJE (hierboven staat: Mattheeus WILLEINS modo dhoirs Fransois HOCKET) over Passchier DE JONCHE iij £ parisis siaers vp huerleder stede met xxiiijtich ghemeten landts met alle de catheelen daervp staende naghelvast, mortelvast ende wortelvast.

x De zelve (hierboven staat: vt supra) over Isabeele VANDER EEKE x s. vj d. siaers vp een stick landts an tColommevelt, streckende zuut metter oostzyde ieghen tlandt van meester Winnock ende aeldynghen voorseyt ende noort ieghens tlandt vanden disch van Synte Maertins te Berghe ende tlandt ... zydende metter westzyde met een hapkin ieghens tlandt van Jan STONAERT fs. Jans ende daeldynghen van Jan DABBIT.

Bieren noordt over de Colme

y Andries VANDER CLYTE met zyn medepleghers (hierboven staat: Hendric TACCOEN modo mr. Jacques VAN CAPPELE) over Roelandt DE VISCH viij s. siaers vp een sticxkin landts streckende oost ieghens de hofstede van Andries, cum suis, voorseyt, de westhendt ieghen den Waterganck loopende naer den Craijhove, de zuutzyde de zelve Andries als vooren en zydende metter noortzyde ieghens tlandt van Joos VAN HONDEGHEEM, Heinderyck MATHEUS ende andere.


 

Notes

(42) Scadecoren belck : le premier élément n’est pas facile à comprendre, il semble être le nom d’une mauvaise herbe qui fait tort (schade) au blé (koren). Pour Scadeboom (Eerneghem) le WOORDENBOEK DER TOPONYMIE de Karel de Flou donne la curieuse explication, « un arbre de type féodal ». Schade peut également être une forme de schaduw, ombre. Mais tout cela ne nous avance guère. Il existe également un mot schadde (mais qui comporte un d de trop) qui signifie motte de bruyère tourbeuse mais on ne voit pas bien le lien avec koren/blé.

Consulté, Stefaan Riem, me répond, avec sa modestie habituelle, que n'étant pas spécialiste de l'explication des toponymes, il avance prudemment l'explication suivante : "Il existe une sorte d'herbe qui pousse sans problèmes à l'ombre et qu'on appelle schaduwgras (Poa nemoralis ou pâturin des forêts) dont notre scadekoren pourrait être un synonyme, vu l'influence néfaste de la présence de schaduwgras sur le blé."

Il faut dire que le néerlandophone a la tâche très facilitée par le fait qu'il lui suffit de transcrire et, vu que le moyen-néerlandais est aussi du néerlandais, de laisser très souvent au néerlandophone moderne le soin de comprendre. Le traducteur français doit expliquer davantage !

Par contre le second terme, souvent prononcé avec un è long et sans le l, est d’un emploi courant et désigne une prairie enclose.

(43) Distelmeet signifie prairie ou pré de fauche aux chardons. Si l’on compare, on s’aperçoit que cette terre supporte peu de rente ; je m'étais demandé si, vu son nom, elle n'était pas de mauvais rapport. Stefaan Riem m'écrit : "Je ne pense pas qu'il faille chercher une relation entre la rente (souvent perpétuelle) de 3 schellings 6 deniers par an sur trois mesures de terre ou à peu près et la nature du terrain. Il peut s'agir d'une rente ancienne, très dévaluée par l'inflation. Le fait qu'on semble douter de la superficie exacte et qu'on évoque l'ancienneté du nom plaide en ce sens."

(44) Catheelen daerop staende, naghelvast, mortelvast ende wortelvast, cette expression pittoresque se traduit littéralement par : les biens meubles qui s’y trouvent, fixés par clous, fixés par mortier et fixés par racines.

(45) tColommevelt : littéralement la plaine aux colonnes : s’agit-il des restes d’un édifice ancien comportant des colonnes, de colonnes ou pylônes marquant l’entrée d’une ferme ? Dans le flamand actuel, veld désigne la plaine cultivée. Le mot désignait au départ la bruyère, la plaine inculte, puis les communaux. Il serait fort intéressant de pouvoir situer ce velt ! Monsieur Delassus le place entre l’église et le Bierenhof (ancienne ferme Pierre Fiers). Mon ami Max Deswarte se demande s'il ne faut pas plutôt lire Colmevelt, champ de la Colme. Il y a, dit-il, à Arques un Avelt, champ de l'Aa.

(46) Voilà un nord qui me paraît bien plus à l’ouest !

(47) C’est ainsi qu’écrit le terrier. On écrit maintenant watergang. On est frappé lors de la consultation des cartes anciennes par le fait que les voies d’eau sont scrupuleusement notées mais qu’on ignore souvent la plupart des routes : c’est que, n’étant pour la plupart ni pavées ni même empierrées, elles étaient impraticables une bonne partie de l’année, d’où le recours à la moindre voie d’eau. La liste des fluvii navigabiles (cours d’eau navigables) sur la carte de Sanderus mentionne en particulier outre la Colme, le Houtgracht, etc.

(48) Den Craijhove : il existe un Craijhof à Cappelle-la-Grande qu’on retrouve sur la carte du Bergenambacht dans la FLANDRIA ILLUSTRATA (1641-1644) ou le VERHEERLIJKT VLAANDEREN de Sanderus (mais avec l’article neutre : Het Craihof). C’est sans doute celui-là. Sanderus le situe près du watergang De Koe Dyck. Le mot n’a sans doute rien à voir avec kraai, corbeau, comme le disent avec beaucoup d’aplomb la majorité des toponymistes en chambre. Avec son bon sens paysan, un fermier de Craywick me faisait remarquer que là où il n’y a pas d’arbres, il n’y a pas non plus de corbeaux ! Si, comme il faut toujours le faire, on en juge sur place, où ces deux lieux sont situés sur de légères éminences, une motte fossoyée pour le Craihof cappellois, peut-être un reste de dune fossile pour Craywick, au bord du watergang appelé Haven, port -, je penserais plutôt à une racine kraag, col, bourrelet, ou à une variante côtière de Crochte, et des Crocqs et Croquets picards, désignant une hauteur (10 m pour Crochte dont le nom n'a donc rien à voir avec crypte comme on le dit dans ce village) assez souvent sablonneuse et en bordure de mer. En effet en flamand côtier, comme en anglais (ex. : flamand dag, jour, anglais day), par palatalisation, le g (dont le ch est la sourde) devient y : cf. Oye pour Hoog, ou Hooidreve (sur le Looweg vers Hondschoote, évidemment traduit Drève des Foins - hooi = foin - par un cuistre local qui n’a pas l’air de savoir que les foins se cultivent dans les bas-fonds ! - alors qu’il s’agit d’une Hoogdreve, Drève de la hauteur, ce qui se vérifie sur place). A moins qu’il ne faille penser au crag (gallois creag) désignant des sables ou calcaires coquilliers (un lien avec le français craie ?). En breton krag signifie grès. En tout cas, nous restons toujours dans le même registre, tous ces mots ayant probablement la même racine. L’élément kraai/craey est extrêmement productif en toponymie. Le WOORDENBOEK DER TOPONYMIE de Karel De Flou en remplit vingt pages. Il signale six Kraaihof ou Craeyhof : un à Aremboutscapelle-capelle (maintenant Cappelle-la-Grande, ex-annexe d’Aremboutscapelle), un le long du Loovaart à Loo, un à Looberghe, un à Pervijze, un à Furnes-Beoosterpoort, un à Zegerscappel (sur la carte IGN 1 :25.000 dans l’angle formé par la petite route remontant l’Yser et celle qui se dirige vers Arnèke).

Stefaan Riem me rappelle qu'il existe un mot kraai désignant une sorte de bateau jadis surtout en usage en Suède et au Danemark. Toutefois si, en dépit de sa connotation géographique, on pouvait appliquer cette étymologie au Craywick longé par le watergang appelé Haven (port), cela paraît peu probable pour quelques autres. Il me signale également l'existence d'un mot krag qui désigne une île flottante formée de détritus et de roseaux comme il en existait dans les bas-fonds de Clairmarais ou une langue de terre entourée d'eau, le verbe kraggen signifiant draguer et déposer la boue sur cette langue de terre de façon à la surélever. Les légères éminences constatées aux deux endroits évoqués semblent plaider en faveur de cette suggestion et de la mienne (mais si la croupe qui porte Craywick est bien une dune fossile, la mienne s'impose seule). Si les toponymistes se dépêchent de voir des patronymes dans une foule de noms de lieux, ce qui les dispense de chercher plus avant, je pense quant à moi que, si les patronymes ne sont pas à exclure totalement, face à la fugacité des hommes même les plus illustres, la permanence et l'évidence des réalités géographiques ont dû leur donner une part non négligeable dans la formation des toponymes. Encore faut-il se donner la peine d'aller voir sur place !

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