Notes
(76) Marants brigghe, le pont Marants. Sur la carte de Sanderus, si l’on va de Roo Cam[er] à Bergues, on doit passer un affluent du watergang parallèle au canal Bergues-Dunkerque. Ce pont en permettait peut-être le franchissement. D’après l’Abbé Harrau (tome II, page 37), il existait à Bergues une Marant straete. Ce personnage avait donc une rue à son nom, nom qui provient sans doute de Marant, village du canton de Campagne-lez-Hesdin. Il s’agit probablement de Guillaume III Marant, 27e abbé de l’abbaye de Saint-Winoc, mort avant 1315. Il semble qu’évêques,
abbés et abbesses aient déployé une certaine activité pontonnière et routière : on connaît le Pont De Visscher, appelé dans Sanderus Bisscop Brugge (Pont de l’évêque, sans doute Jan De Visscher, quatrième évêque du diocèse d’Ypres fondé en 1559 – la famille De Visscher était très présente dans la région : Jacques 1er Piscis (= De Visscher) notamment, mort en 1338 fut le 31e Abbé de Saint-Winoc à Bergues). Ce pont, qui assurait à l’Yper Straete (Route d’Ypres) le franchissement du Scheltvliet, permettait également aux gens de l’Abbaye de Saint-Winoc de rejoindre la villa de ‘s Abshof (= Château ou Ferme de l’Abbé) à Quaedypre. Jean de Visschere, évêque d’Ypres de 1611 à 1613, était originaire de Bergues-Saint-Winoc (cf. Harrau, tome II, page 301-302). Un cuistre a stupidement traduit Visschersbrugge
(Pont De Visschere) par Pont à poissons
(!). La carte IGN au 1:25.000 signale un second Pont à poissons, tout aussi stupide, franchissant le Langhe Gracht près d’Armbouts-Cappel. Sanderus semble l’appeler Den Steendam, ce qui paraît exclure un lien avec le De Visscher ci-dessus mais qui sait ? Il existe enfin un Pont l’Abbesse franchissant la Colme entre Capelle-Brouck et Millam. Par ailleurs quelques routes et chemins, notamment à Crochte, portent toujours le nom de route de l’abbaye ou des moines (par exemple l’Abedie Straete et la Meuninck Straete).
(77) De Vutwech van den Rode Camere signifie l'issue ou la sortie de la Rode Camere.
Cf. note 75, page 12.
(78) Zijtlak, on pourrait penser à l’hydronyme Laque ou Laquette, fréquent dans nos régions
et signifiant ru ou canal d'assèchement, zijt correspondant au flamand zyd, côté. Mais le remarquable plan de Bergues réalisé par Jacobus de la Fontaine pour la FLANDRIA ILLUSTRATA de Sanderus nous fournit
la forme, de Zydlage et la situe très clairement : il s’agit du watergang parallèle à la rive gauche du canal Bergues-Dunkerque. Dans mon flamand winnezeelois, où la voie d’eau est plus rare et le watergang inexistant, le mot zy(d)lage désigne le bas-côté, l’accotement d’une route ou d’un chemin. Il reste que le terme lake est tout à fait à sa place ici, s'agissant du watergang collecteur des eaux d'assèchement, parallèle au canal de navigation.
(79) Cupe : tablant sur mon flamand, j'avais d'abord pensé que cupe, qui signifie littéralement cuve, désigne ici,
comme parfois dans l'usage populaire, la chaire et qu'il s’agissait sans doute d’une contribution destinée à payer l’hébergement et les frais des prédicateurs recrutés par exemple pour la Neuvaine de Saint Géry. Il est assez curieux que cette redevance n’apparaisse pas dans la première partie du terrier.
Tout en m'écrivant : "Tu peux avoir raison !" Stefaan Riem me renvoie à sa note 16 dans
la revue WESTHOEK
: "cupe : municipalité." Le mot peut aussi désigner la cité qui forme le coeur ancien d'une ville,
ce qui ne saurait être le cas ici.
(80) Hughe Craems signifie peut-être, vu le s de génitif de Craems, d’Hughes Craem, ce que confirme la suite.
Il faut dire qu'en flamand on ajoute volontiers un -s aux patronymes, une
famille étant presque toujours constituée de plusieurs membres. L'absence de
maison dans cette ferme tient peut-être aux ravages et déprédations des
armées françaises. La première
fois, WESTHOEK imprime l'expression en italique gras comme tous les
toponymes, le seconde fois en majuscules comme les noms propres.
(81) De Wulpe : le mot welp, welpe, wulp(e), wolp(e) désigne, en moyen néerlandais, le petit d’un chien, d’un ours, d’un loup, d’un renard. Il existe aussi un wulp qui signifie courlis. S’agit-il du nom d’un ancien propriétaire ? Enfin le toponyme n’est pas isolé puisqu’il existe un village de Wulpen en Flandre Occidentale : Wulpis en 1089 de wel = source ? et apa = eau. Cette étymologie de Wulpen pourrait fort bien s’appliquer ici, d'autant que mon flamand connaît toujours le mot welleplekke pour un endroit humide d'une prairie où l'eau ne cesse de sourdre.