Titre : Mythes & Histoire
 
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Le terrier de Bierne - 1567 - p. 13


 

pp Les héritiers de Jan VANDEN ZWENE avec leurs consorts (on a ajouté  au-dessus : modo Andries DE ROUCK) via Thomaes VANDEN TUPRE

10 schellings 2 deniers par an sur une  mesure et demie de terre s’étendant avec son extrémité sud et son côté ouest jusqu’au Hofgracht van den Rode Camere75, l’extrémité nord jouxtant la pièce où se trouve le Marants brigghe76, et de Vutwech van den Rode Camere77 et autres voisins de la route vers la ville de Bergues, longeant avec son côté est le Zijtlak78

Et cette même terre doit à l’église et à la chaire79 de Bierne 12 deniers chacune.

qq Les mêmes héritiers que précédemment via le Thomaes susdit

6 deniers par an sur quatre mesures et demie de terrain ou à peu près, s’étendant au sud jusqu’à une ferme dépourvue de maison jadis appelée Hughe Craems80, l’extrémité nord et le côté ouest jouxtant les hoirs susdits, jouxtant avec son côté est la terre de la St.-Janshuus (Maison Saint-Jean) à Bergues. Et cet assignement doit à l’église 6 deniers et à la chaire de Bierne, 3 schellings 6 deniers et un demi quarreau d’avoine par an.

rr Les mêmes héritiers que précédemment via le Thomaes susdit

2 schellings par an sur une mesure de terre appelée depuis des temps anciens de Wulpe81, s’étendant à l’est jusqu’à la terre du nouveau cloître hors de Bergues, et à l’ouest jusqu’à la terre des héritiers susdits, jouxtant avec son côté sud la terre des der Madaleene hors de Bergues et la terre de Franchoys VAN HEYMSDALE et avec son côté nord la ferme d’Hughe CRAEMS80 et la terre des hoirs susdits.

Cette même terre doit 12 deniers par an à l’église de Bierne.

Texte original :

pp Daeldinghen Jans VANDER ZWENE met huerlieder complicen (hierboven staat: modo Andries DE ROUCK) over Thomaes VANDEN TUPRE x s. ij d. siaers vp j1/2 ghemet lands, streckende metter zuudhent ende westzyde jeghens de Hofgracht vanden Rode Camere, de noorthent jeghens stick daere Marantsbrigghe inne ligghet ende es de Vutwech van den Rode Camere ende andere ghebuere ter strate naer de steide van Berghen, zydende metter oostzyde jeghens de Zijtlak. Ende dit zelve landt ghelt de kercke ende de cupe16 van Bieren elc xij d..

qq De zelve aldinghen alsvooren over Thomaes voorseyt vj d. siaers vp iiij… ghemeten lands ofte daerontrent, streckende zuudt tot een onbehuusde hofsteide, wylneer ghenaempt Hughe Craems, de noorthent ende westzyde jeghen daeldinghen voorseyt, zydende metter oostzyde jeghen tlandt van St.-Janshuus te Berghen. Ende dit assignement ghelt de kercke vj d. ende cupe van Bieren iij s. vj d. ende een half quartiere eyven siaers.

rr De zelve aeldinghen alsvooren over Thomaes voorseyt ij s. siaers vp j ghemet lands, ghenaempt de Wulpe van ouden tyden, streckende oost totten lande vanden nyewen cloostre buuten Berghen ende west totten lande der aeldinghen voorseyt, zydende metter zuudzyde jeghen tlandt der Madaleene buuten Berghen ende tlandt van Franchoys VAN HEYMSDALE ende de noortzyde jeghens Hughe CRAEMS hofsteide ende tlandt der aeldinghen voorseyt. Dit zelve landt ghelt de kercke van Bieren xij d. siaers.


 

Notes

(76) Marants brigghe, le pont Marants. Sur la carte de Sanderus, si l’on va de Roo Cam[er] à Bergues, on doit passer un affluent du watergang parallèle au canal Bergues-Dunkerque. Ce pont en permettait peut-être le franchissement. D’après l’Abbé Harrau (tome II, page 37), il existait à Bergues une Marant straete. Ce personnage avait donc une rue à son nom, nom qui provient sans doute de Marant, village du canton de Campagne-lez-Hesdin. Il s’agit probablement de Guillaume III Marant, 27e abbé de l’abbaye de Saint-Winoc, mort avant 1315. Il semble qu’évêques, abbés et abbesses aient déployé une certaine activité pontonnière et routière : on connaît le Pont De Visscher, appelé dans Sanderus Bisscop Brugge (Pont de l’évêque, sans doute Jan De Visscher, quatrième évêque du diocèse d’Ypres fondé en 1559 – la famille De Visscher était très présente dans la région : Jacques 1er Piscis (= De Visscher) notamment, mort en 1338 fut le 31e Abbé de Saint-Winoc à Bergues). Ce pont, qui assurait à l’Yper Straete (Route d’Ypres) le franchissement du Scheltvliet, permettait également aux gens de l’Abbaye de Saint-Winoc de rejoindre la villa de ‘s Abshof (= Château ou Ferme de l’Abbé) à Quaedypre. Jean de Visschere, évêque d’Ypres de 1611 à 1613, était originaire de Bergues-Saint-Winoc (cf. Harrau, tome II, page 301-302). Un cuistre a stupidement traduit Visschersbrugge (Pont De Visschere) par Pont à poissons (!). La carte IGN au 1:25.000 signale un second Pont à poissons, tout aussi stupide, franchissant le Langhe Gracht près d’Armbouts-Cappel. Sanderus semble l’appeler Den Steendam, ce qui paraît exclure un lien avec le De Visscher ci-dessus mais qui sait ? Il existe enfin un Pont l’Abbesse franchissant la Colme entre Capelle-Brouck et Millam. Par ailleurs quelques routes et chemins, notamment à Crochte, portent toujours le nom de route de l’abbaye ou des moines (par exemple l’Abedie Straete et la Meuninck Straete).

(77) De Vutwech van den Rode Camere signifie l'issue ou la sortie de la Rode Camere. Cf. note 75, page 12.

(78) Zijtlak, on pourrait penser à l’hydronyme Laque ou Laquette, fréquent dans nos régions et signifiant ru ou canal d'assèchement, zijt correspondant au flamand zyd, côté. Mais le remarquable plan de Bergues réalisé par Jacobus de la Fontaine pour la FLANDRIA ILLUSTRATA de Sanderus nous fournit la forme, de Zydlage et la situe très clairement : il s’agit du watergang parallèle à la rive gauche du canal Bergues-Dunkerque. Dans mon flamand winnezeelois, où la voie d’eau est plus rare et le watergang inexistant, le mot zy(d)lage désigne le bas-côté, l’accotement d’une route ou d’un chemin. Il reste que le terme lake est tout à fait à sa place ici, s'agissant du watergang collecteur des eaux d'assèchement, parallèle au canal de navigation.

(79) Cupe : tablant sur mon flamand, j'avais d'abord pensé que cupe, qui signifie littéralement cuve, désigne ici, comme parfois dans l'usage populaire, la chaire et qu'il s’agissait sans doute d’une contribution destinée à payer l’hébergement et les frais des prédicateurs recrutés par exemple pour la Neuvaine de Saint Géry. Il est assez curieux que cette redevance n’apparaisse pas dans la première partie du terrier.

Tout en m'écrivant : "Tu peux avoir raison !" Stefaan Riem me renvoie à sa note 16 dans la revue WESTHOEK : "cupe : municipalité." Le mot peut aussi désigner la cité qui forme le coeur ancien d'une ville, ce qui ne saurait être le cas ici.

(80) Hughe Craems signifie peut-être, vu le s de génitif de Craems, d’Hughes Craem, ce que confirme la suite. Il faut dire qu'en flamand on ajoute volontiers un -s aux patronymes, une famille étant presque toujours constituée de plusieurs membres. L'absence de maison dans cette ferme tient peut-être aux ravages et déprédations des armées françaises. La première fois, WESTHOEK imprime l'expression en italique gras comme tous les toponymes, le seconde fois en majuscules comme les noms propres.

(81) De Wulpe : le mot welp, welpe, wulp(e), wolp(e) désigne, en moyen néerlandais, le petit d’un chien, d’un ours, d’un loup, d’un renard. Il existe aussi un wulp qui signifie courlis. S’agit-il du nom d’un ancien propriétaire ? Enfin le toponyme n’est pas isolé puisqu’il existe un village de Wulpen en Flandre Occidentale : Wulpis en 1089 de wel = source ? et apa = eau. Cette étymologie de Wulpen pourrait fort bien s’appliquer ici, d'autant que mon flamand connaît toujours le mot welleplekke pour un endroit humide d'une prairie où l'eau ne cesse de sourdre.

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