Notes
(112) Coudekercke, Coudekerque : il s’agit évidemment de l’actuel
Coudekerque-village. Je ne suis pas du tout convaincu que Coudekerque signifie, comme le croient les toponymistes en chambre, l’église froide, ce qui me paraît assez idiot, or nos ancêtres ne l’étaient pas. Je verrais plutôt dans coud (voir aussi note 120, page 19) une variante côtière du hout de Houtgracht qu’on retrouve dans
Houthem et qui provient par westingwaeonisme de honte, chenal de marée, Coudekerque se situant et sur l’ancien accès à la mer des Moëres et, plus nettement encore, sur le cours ancien du Koedyck à qui il emprunte probablement la première partie de son nom. Coudekerque signifie donc très probablement "Eglise du Chenal". Certains géographes disent du reste que le village de Coudekerque est bâti sur une « inversion de relief » : à l’époque de la formation des dunes actuelles, vers la fin du premier millénaire de notre ère, l’ancien chenal s’est ensablé ; ses rives constituées essentiellement d’un amoncellement de roseaux (riet) fanés se sont affaissées du fait du pourrissement puis du dessèchement desdits roseaux, le chenal n’étant plus ou mal en eau ; de ce fait l’ancien chenal, ensablé et échappant de ce fait à l’affaissement qui affectait ses rives, a fini par être plus haut que celles-ci. Stefaan Riem
me suggère une autre étymologie possible : kouterkerke (littéralement (église de la culture). Kouter, provenant du latin cultura
et qui a donné les La Couture des pays d'expression romane, désigne un endroit essarté ou défriché mis en culture. Si l'on pouvait mettre en évidence dans le paysage des centuriations romaines, cette étymologie en prendrait une pertinence particulière. En attendant, l'assiette du lieu me fait
plutôt pencher pour l'explication donnée plus haut.
Je soupçonne également le Koe dyck de Sanderus (l’étymologie populaire en ayant fait le watergang de la vache !), qui longeait le Craihof - lequel levait peut-être un octroi sur les mariniers qui l’empruntaient - d’être un fossé du chenal. Sur la carte de Sanderus, relié à la Colme et recevant des émissaires aussi importants que De lange gracht, le Rietvliet et De Noort Gracht, le Koe dyck se jette
maintenant près de Dunkerque dans le canal Bergues-Dunkerque, mais devait
sans doute jadis longer Coudekerque-Village où il rejoignait l'exutoire des
Moëres. Sur la carte IGN au 1:25.000 deux watergangs qui convergent au Muile Veld, près du Centre équestre de Cappelle-la-Grande, portent le nom de Coe Dyck. La fin de leur cours a manifestement été retouchée par les actuelles wateringues. Pour Coe Dyck, voir aussi note 52, page 10.
L’abbé Harrau (tome II, page 236) mentionne parmi les propriétés de l’abbaye de Saint-Winoc « La seigneurie de
Couthove « qui était de fort anchienne (sic !) juridiction ». En 1511 était bailli Robert le Moer. « Les prélats de Saint-Winnocq y mettent un prévost, de sorte que maintenant elle est seigneurie et prévosté. » Dans le nom de cette seigneurie on retrouve l’élément
cout/coud précité.
(113) Tzynen huusvelde waert : je traduis le waert comme dans
‘k gaon (h)uuswaort (je rentre chez moi). Huusvelde, qu’on retrouve à plusieurs reprises et qui signifie littéralement
plaine de la maison, semble désigner le terrain qui porte et entoure la maison.
(114) Spint : je trouve chez DE BO « mesure de céréales faisant deux achtendeelen ». A
achtendeel DE BO dit qu’il s’agit de la huitième partie d’un sac, le sac faisant environ un hectolitre et demi. Les « hectolitres » de blé que j’ai porté sur mon dos dans ma jeunesse faisaient 80 kilos, ce qui mettrait donc le sac à 120 kilos. A l’époque où je jouais au portefaix, il y avait bien des sacs de 100 kg. mais aucun de 120, du moins en céréales. Mon père a porté des sacs d’aliments pour bétail (Dari) qui faisaient plus de 120 kg. Le
spint ferait donc environ 30 litres.
Stefaan Riem m'écrit que, selon P. Vandewalle, le spint de la châtellenie de Bergues contenait 36,25 litres. Toutefois cet auteur fait également référence à une publication de Bigwood qui attribue au spint de Bergues une contenance de 34,79 litres.
(115) Anderwarf vercoisterende
persoone ghenaempt Jan SOBRIJ : littéralement une autre fois personne se
subtituant appelée Jan SOBRIJ. Ce vercoisterende serait-il une variante
locale du participe présent de verkoesteren qui signifie retaper, rafraîchir, entretenir,
maintenir. Ma traduction, hautement conjecturale, suppose que Jan SOBRIJ s'est substitué à Cornelys DE BRUNE pour le paiement de la rente
via la douairière de Diego DE HEROSCO.
(116) Ten huusvelde : littéralement au champ ou à la
plaine à la maison. Den huusvelde (ou
Huusvelt) signifie le champ ou la plaine à la
maison.
(117) Theinleidekin : le mot semble composé de l’article neutre accolé
‘t, du mot moyen néerlandais hein, clôture, séparation, que l’on trouve chez KILIAAN et de
leide qu’on trouve chez VERDAM en composition avec beke, leidebeke signifiant becque séparative. On retrouve ce leide/leet dans Nieuwerleet, Nieurlet (le nouveau canal).
Stefaan Riem m'écrit : "Compte tenu de la description de ces trois mesures, il se peut que ce canal séparatif se jette dans un cours d'eau plus important proche de la ferme. Détail intéressant pour situer ces 10 mesures à l'est de l'église de Coudekerque."
(118) Wal : douves est
peut-être un mot un peu trop noble pour le wal flamand (prononcé wol) : il s’agit du tour d’eau qui entoure certaines fermes. Le mot vient du latin vallum qui a aussi donné circonvallation.
(119) Kerckwech, chemin de l’église. Il s’agissait souvent d’une sente assez étroite permettant à des piétons de rejoindre le plus directement possible l’église. On y trouvait souvent des stapstiëns (littéralement pierres de pas) : en passant de l’une à l’autre, on évitait d’arriver tout crotté à l’église. Ces chemins, comme bien d’autres, ont souvent été privatisés puis annexés et labourés par les fermiers riverains dans l’indifférence ou la complaisance générales.