Titre : Mythes & Histoire
 
images/protect.gif
images/menu_top.jpg
images/menu_bot.jpg
images/protect.gif
images/expose_top.gif

Le terrier de Bierne - 1567 - p. 18


 

Coudekerque112

Heinderijck TACKOEN (on a ajouté au-dessus : Mailliaert DE BAVELAERE) via monseigneur Joos VAN HALEWYNE, chevalier

3 schellings 6 deniers par an sur quatre mesures de terre avec un coin biscornu allant vers sa propriété113, s’étendant au sud et au nord contre la terre de l’Heinderycx susdit, jouxtant avec son côté est les terres de l’Heinderyck susdit, de Maertin BRONDE et d’autres encore, et avec son extrémité ouest la terre de Glaude CORTEWILLE. Et sur cette même terre, le presbytère de Bierne a droit à un spint114 de blé par an.

nnn Antheunis VANDEN WALLE  via Jacob GHIBBIN(on a ajouté en marge : Maintenant par achat Cornelys DE BRUNE fils de Caerle [résidant] à Duunckercke, aux hoirs et héritiers d'Hendric DAMMAN en l'an 85 ; et dessous : nouveau substitut115 appelé Jan SOBRIJ, modo la douairière de monseigneur HEROSCO ; et on a ajouté en écriture moderne : Diego DE HEROSCO)

6 livres parisis par an sur dix mesures de terre sises à l’est de l’église de Coudekercke, à la ferme où habite l’Antheunis susdit, et en diverses pièces.

D’abord trois mesures de terre au [lieudit] Ten huusvelde116, s’étendant au sud jusqu’au petit canal séparatif (theinleidekin)117, et au nord contre la terre de l’Antheunis susdit, jouxtant avec son côté ouest une mesure que l’on trouve ci-après dans ce même assignement, et avec son côté est la terre de Pieter PIETERS avec les siens, et aboutissant également contre les douves118 de den Huusvelde116 susdit.

Item trois mesures un peu plus ou un peu moins au sud du petit canal séparatif (leidekin) susdit, s’étendant à l’est jusqu’à la route, et à l’ouest contre la terre de ma damoiselle la veuve et les enfants d’Olivier VANDEN PODEME, jouxtant avec son côté sud la petite route.

Item encore deux mesures un peu ou un peu moins s’étendant à l’est contre la terre de l’Antheunis susdit, et l’extrémité ouest contre la terre du presbytère et de la Table des pauvres de Coudekercke, l’extrémité sud jouxtant la terre des héritiers de Pieter DE BRUNE, et la mesure suivante dans l’assignement.

Item encore une mesure s’étendant à l'est le long du Huusvelt116 susdit, et à l’ouest contre la terre du presbytère de Coudekercke, jouxtant avec son côté sud le petit canal séparatif (heinleedekin) susdit et avec son extrémité nord les héritiers susdits de Pieter DE BRUNE avec le Chemin de l’église (Kerckwech)119.

Texte original :

Coudekercke

Heinderijck TACKOEN (hierboven staat: Mailliaert DE BAVELAERE) over minnen heer Joos VAN HALEWYNE, ruddere, iij s. vj d. siaers vp vier ghemeten landts met eenen crommen houcke gaende tzynen huusvelde waert, streckende zuut ende noort ieghen Heinderycx voorseyts landt, zydende metter oostzyde ieghen de landen vanden voornomden Heinderyck, Maertin BRONDE ende meer andre ende metter westzyde ieghen tlandt van Glaude CORTEWILLE. Ende vp dit zelve landt heeft de presbiterie van Bieren een spynt tarwen siaers.

nnn Antheunis VANDEN WALLE over Jacob GHIBBIN (in margine: Nu bij coope Cornelys DE BRUNE fs. Caerle tot Duunckercke jeghens dhoirs ende aeldinghen Hendric DAMMAN int jaer 85, en daaronder: anderwarf vercoisterende persoone ghenaempt Jan SOBRIJ, modo de douagiere van mijnheere HEROSCO, en toegevoegd in modern schrift: Diego DE HEROSCO) over Jacob GHIBBIN vj £ parisis siaers vp thien ghemeten landts, ligghende oost vander kercke van Coudekercke, ter steide daer Antheunis voorseyt woont ende in diversche sticken.

Eerst drie ghemeten landts Ten huusvelde, streckende zuut ieghen theinleidekin ende noort ieghens Antheunis voorseyt landt, zydende metter westzyde ieghens een ghemet, hier naer int zelve assignement ende metter oostzyde ieghens tlandt van Pieter PIETERS cum suis, abouteerende oock ieghen den wal vanden noornomden Huusvelde.

Item drie ghemeten lytel min of meer bezuuden an tvoornomde leidekin, streckende oost ieghen de straete ende west ieghen tlandt van mejoncvrauwe de weduwe ende kynderen Oliviers VANDEN PODEME, zydende metter zuutzyde ieghen tstraetkin.

Item noch twee ghemeten lytel min of meer, streckende oost ieghens Antheunis voorseyt landt ende de westhent ieghen tlandt der presbiterie ende disch van Coudekercke, de zuutzyde ieghen tlandt der aeldynghen van Pieter DE BRUNE ende dit naer volghende ghemet int assignement.

Item noch een ghemet, streckende oost an tvoornomde Huusvelt ende west ieghen tlandt der presbiterie van Coudekercke, zydende metter zuutzyde ieghens tvoornomde heinleedekin ende de noortzyde ieghens de voornomde aeldijnghen van Pieter DE BRUNE metten Kerckwech.


 

Notes

(112) Coudekercke, Coudekerque : il s’agit évidemment de l’actuel Coudekerque-village. Je ne suis pas du tout convaincu que Coudekerque signifie, comme le croient les toponymistes en chambre, l’église froide, ce qui me paraît assez idiot, or nos ancêtres ne l’étaient pas. Je verrais plutôt dans coud (voir aussi note 120, page 19) une variante côtière du hout de Houtgracht qu’on retrouve dans Houthem et qui provient par westingwaeonisme de honte, chenal de marée, Coudekerque se situant et sur l’ancien accès à la mer des Moëres et, plus nettement encore, sur le cours ancien du Koedyck à qui il emprunte probablement la première partie de son nom. Coudekerque signifie donc très probablement "Eglise du Chenal". Certains géographes disent du reste que le village de Coudekerque est bâti sur une « inversion de relief » : à l’époque de la formation des dunes actuelles, vers la fin du premier millénaire de notre ère, l’ancien chenal s’est ensablé ; ses rives constituées essentiellement d’un amoncellement de roseaux (riet) fanés se sont affaissées du fait du pourrissement puis du dessèchement desdits roseaux, le chenal n’étant plus ou mal en eau ; de ce fait l’ancien chenal, ensablé et échappant de ce fait à l’affaissement qui affectait ses rives, a fini par être plus haut que celles-ci. Stefaan Riem me suggère une autre étymologie possible : kouterkerke (littéralement (église de la culture). Kouter, provenant du latin cultura et qui a donné les La Couture des pays d'expression romane, désigne un endroit essarté ou défriché mis en culture. Si l'on pouvait mettre en évidence dans le paysage des centuriations romaines, cette étymologie en prendrait une pertinence particulière. En attendant, l'assiette du lieu me fait plutôt pencher pour l'explication donnée plus haut.

Je soupçonne également le Koe dyck de Sanderus (l’étymologie populaire en ayant fait le watergang de la vache !), qui longeait le Craihof - lequel levait peut-être un octroi sur les mariniers qui l’empruntaient - d’être un fossé du chenal. Sur la carte de Sanderus, relié à la Colme et recevant des émissaires aussi importants que De lange gracht, le Rietvliet et De Noort Gracht, le Koe dyck se jette maintenant près de Dunkerque dans le canal Bergues-Dunkerque, mais devait sans doute jadis longer Coudekerque-Village où il rejoignait l'exutoire des Moëres. Sur la carte IGN au 1:25.000 deux watergangs qui convergent au Muile Veld, près du Centre équestre de Cappelle-la-Grande, portent le nom de Coe Dyck. La fin de leur cours a manifestement été retouchée par les actuelles wateringues. Pour Coe Dyck, voir aussi note 52, page 10.

L’abbé Harrau (tome II, page 236) mentionne parmi les propriétés de l’abbaye de Saint-Winoc « La seigneurie de Couthove « qui était de fort anchienne (sic !) juridiction ». En 1511 était bailli Robert le Moer. « Les prélats de Saint-Winnocq y mettent un prévost, de sorte que maintenant elle est seigneurie et prévosté. » Dans le nom de cette seigneurie on retrouve l’élément cout/coud précité.

(113) Tzynen huusvelde waert : je traduis le waert comme dans ‘k gaon (h)uuswaort (je rentre chez moi). Huusvelde, qu’on retrouve à plusieurs reprises et qui signifie littéralement plaine de la maison, semble désigner le terrain qui porte et entoure la maison.

(114) Spint : je trouve chez DE BO « mesure de céréales faisant deux achtendeelen ». A achtendeel DE BO dit qu’il s’agit de la huitième partie d’un sac, le sac faisant environ un hectolitre et demi. Les « hectolitres » de blé que j’ai porté sur mon dos dans ma jeunesse faisaient 80 kilos, ce qui mettrait donc le sac à 120 kilos. A l’époque où je jouais au portefaix, il y avait bien des sacs de 100 kg. mais aucun de 120, du moins en céréales. Mon père a porté des sacs d’aliments pour bétail (Dari) qui faisaient plus de 120 kg. Le spint ferait donc environ 30 litres.

Stefaan Riem m'écrit que, selon P. Vandewalle, le spint de la châtellenie de Bergues contenait 36,25 litres. Toutefois cet auteur fait également référence à une publication de Bigwood qui attribue au spint de Bergues une contenance de 34,79 litres.

(115) Anderwarf vercoisterende persoone ghenaempt Jan SOBRIJ : littéralement une autre fois personne se subtituant appelée Jan SOBRIJ. Ce vercoisterende serait-il une variante locale du participe présent de verkoesteren qui signifie retaper, rafraîchir, entretenir, maintenir. Ma traduction, hautement conjecturale, suppose que Jan SOBRIJ s'est substitué à Cornelys DE BRUNE pour le paiement de la rente via la douairière de Diego DE HEROSCO.

(116) Ten huusvelde : littéralement au champ ou à la plaine à la maison. Den huusvelde (ou Huusvelt) signifie le champ ou la plaine à la maison.

(117) Theinleidekin : le mot semble composé de l’article neutre accolé ‘t, du mot moyen néerlandais hein, clôture, séparation, que l’on trouve chez KILIAAN et de leide qu’on trouve chez VERDAM en composition avec beke, leidebeke signifiant becque séparative. On retrouve ce leide/leet dans Nieuwerleet, Nieurlet (le nouveau canal).

Stefaan Riem m'écrit : "Compte tenu de la description de ces trois mesures, il se peut que ce canal séparatif se jette dans un cours d'eau plus important proche de la ferme. Détail intéressant pour situer ces 10 mesures à l'est de l'église de Coudekerque."

(118) Wal : douves est peut-être un mot un peu trop noble pour le wal flamand (prononcé wol) : il s’agit du tour d’eau qui entoure certaines fermes. Le mot vient du latin vallum qui a aussi donné circonvallation.

(119) Kerckwech, chemin de l’église. Il s’agissait souvent d’une sente assez étroite permettant à des piétons de rejoindre le plus directement possible l’église. On y trouvait souvent des stapstiëns (littéralement pierres de pas) : en passant de l’une à l’autre, on évitait d’arriver tout crotté à l’église. Ces chemins, comme bien d’autres, ont souvent été privatisés puis annexés et labourés par les fermiers riverains dans l’indifférence ou la complaisance générales.

images/expose_bot.gif
Vers page précédentef  Vers le haut de la Page  Vers la page suivante