Notes
(120) Stefaan Riem m'écrit : "Tout à la fin de l'assignement
nnn, on rencontre pour la première fois un détail qui impliquerait que le nom de personne mentionné après over (traduit ici par via) serait le propriétaire des terrains et non le locataire (comme supposé en note 3 page 2). On ne rencontre d'ailleurs ce Jacob GHIBBIN nulle part ailleurs dans le Terrier. Aurait-il ultérieurement vendu sa propriété à Antheunis VANDEN WALLE (qui y habite et y possède des terrains en 1567), tout en restant redevable de cette messe héréditaire ? Détail curieux que l'étude du Cueilloir permettrait peut-être d'élucider."
(121) ...lint : les
trois points indiquent une portion de mot illisible. L'élément
lint ne permet guère de deviner de quoi il s'agit.
(122) Up den houck vanden zacke : j'avais d'abord donné
au mot zacke le sens du zaak moderne, affaire, commerce. Mais Stefaan Riem me signale que ce mot signifie cul-de-sac (zak signifie sac en néerlandais),
impasse. Il doit s'agir de l'actuelle Rue du Port, laquelle franchit le Pont Saint-Jean et gagne le quai dudit port.
(123) Synte Jans Brigghe
: le Pont Saint Jean porte toujours son nom. C'est le premier pont après la porte d'eau amont,
permettant de franchir le bras de la Colme qui pénètre dans Bergues près de
la Porte de Dunkerque.
Observez bien les quais qui enserrent ce bras de la Colme : vous
vous apercevrez qu'ils ont été fortement surélevés au fil des sacs et des
reconstructions successifs de la ville, car on aperçoit un peu au-dessus de
l'eau et des pierres dotées de creux pour les gaffes des bateliers,
de grandes pierres qui coiffaient les quais primitifs, beaucoup moins élevés. Le plan de
Bergues de Jacobus de la Fontaine nous montre une ville de Bergues sillonnée de canaux, hélas comblés ou recouverts depuis.
(124) Ingelsche Spueye signifie littéralement écluse de chasse anglaise. Elle figure dans SANDERUS sur l’excellent plan de Bergues de Jacobus de la Fontaine sur un canal, maintenant recouvert, qui longeait, semble-t-il, l’actuelle Rue Anglaise. Mon ami Max Deswarte s'interroge avec juste raison : "Ingelsche Spueye : pourquoi anglaise ? Il y a à Sint-Jans Cappel une Ingelsch dreve, un Ingelshof à Pitgam, à Hazebrouck le lieu dit Tir Anglais, auberge en lisière de la forêt de Nieppe que j'ai trouvée sous la forme Ingelsch Schoot dans un vieil Indicateur de 1835 ..."
Hélas ! il se garde de répondre ! Il est vrai que le préfixe ing(h)e est extrêmement productif (il occupe une dizaine de pages chez De Flou. Verdam y voit un équivalent de eng, étroit. Dans notre flamand, il se confond avec iënlsch, angélique : c'est ainsi qu'on parle d' "iënlsche maniere", adresse angélique (le français dirait diabolique !). Il faut dire que les mots sont voisins : je ne sais plus quel pape voyant de beaux esclaves anglais blonds s'était écrié : "Non sunt Angli sed
angeli" (ce ne sont pas des Anglais mais des anges). Il faut dire que c'était
avant la Guerre de Cent Ans !
(125) On m’excusera de supprimer systématiquement l’inutile et stupide tréma qu’on a ajouté sur le
e de Quaedypre, comme à d’autres noms de localités, et qui ne correspond à rien.
Rappelons que comme dans Bierne, le e indique que la voyelle qui précède
est longue ou pure.
Comme toujours champion des explications professorales
à la louche, le "savant" Gysseling, dans son TOPONYMISCH WOORDENBOEK, à la
référence KWAADIEPER (tome I, p. 583), affirme : Germ. kwaeda
"mauvais>petit" + Ieper, la ville d'Ypres. (sic et resic ! car on se demande
bien ce qu'Ypres vient faire ici !).
Dans NOMS DE LIEUX DU NORD-PAS-DE-CALAIS (éditions Bonneton, p. 74 et 142), Denise Poulet fait
d'"Ypres le nom de la rivière qui traverse le village", ce que n'étaye aucun
document ni aucune carte, pour la bonne raison qu'aucune rivière ni becque ni même ru digne de ce nom ne traverse ce village situé sur une hauteur ! A la rubrique Ieper (Ypres) le GIDS VOOR VLAANDEREN (éditions Lannoo 1997)
s'interroge : Ieper de iep (orme tortillard). Dans le cas de Quaedypre, on se demanderait ce que vient faire le quaed.
J'ai lu quelque part que l'élément ieper/ypre signifiait port. Faudrait-il
donc comprendre mauvais ou petit port ? Quand on consulte les cadastres des communes riveraines de ce
que j'appelle l'ancien golfe de Bergues, on ne peut manquer d'être frappé par les
"appendices" de Quaedypre et de Socx qui atteignent ledit golfe (cf. page 4 de Mon village de Bierne dans le présent site et la note 132), un peu comme si chacune de ces agglomérations avait jadis tenu mordicus à se ménager un débouché sur la Mer Germanique (cf. La carte de Blaeu
et son commentaire, page 5 du site de Bierne). Serait-ce une incitation à prendre en considération cette dernière explication ?
Le Chanoine Deswarte croyait repérer un camp romain parallèle au côté gauche de l'église de Quaedypre, laquelle domine largement
(29 mètres !) le Blootland ou plat pays inondable : à l'époque des transgressions dunkerquiennes, pouvait-on s'embarquer un
ou deux kilomètres plus bas ?
Il faut sans doute voir dans
l'élément Quaed les
Quadi/Quades, longtemps confondus avec les
Suèves (entre autres de Zouafques, Zweveghem et Zwevezeele ?) !
Quaedypre signifie donc probablement : "port des Quades". Delahaye
relie d'ailleurs également Quaedypre aux Quadi/Quades. Voir ci-après la note
143.
(126) jor : est-ce une abréviation de junior ? Ou une erreur de lecture pour jer (jonckheer, gentilhomme) ?
(127) Heere van Assonvael, seigneur d'Assonvael. Faut-il y reconnaître le patronyme Dassonville
? Une ferme Dassonville se
situe entre la Colme et l'Oude Gracht sur un axe est/ouest et entre la Groene Dreve et le
Canal de Steene sur un axe nord/sud, à cheval
sur la limite entre Bierne et Steene. Ce
Canal de Steene est le prolongement de la dépression du Coe Dyck aboutissant
au bas-fonds appelé Verloren Cost - coût ou investissement perdu
! -
dépression qui passe au nord de l'église de Steene et atteint presque le Château
de Steenbourg construit par Vigoureux de Rape (est-ce un parent du Joris de
notre terrier ?). Près de Steene, côté Steenbourg, des fouilles sont en cours sur sa rive.
(128) Pazijvelycke : Stefaan Riem explique :
"La table des pauvres possède bien cette rente, mais d'une façon passive - je comprends : non effective -. En fait il faut croire que la Table des pauvres de Quaedypre n'avait pas payé cette rente depuis un temps non précisé. Avec un certain humour, l'auteur du terrier précise qu'on demande chaque année au pauvriseur de Quaedypre de payer son dû. L'ajout en marge - ici entre parenthèses - montre qu'il s'est décidé par la suite à
le faire."
(129) Heescht : j'y avais vu un bel exemple de forme hypercorrecte pour le mot néerlandais eist < eisen, exiger, dans une région où depuis la nuit des temps on ignore le h initial, quitte à l'ajouter là où il est inutile !
Stefaan Riem me signale que cette graphie était habituelle en Flandre, la forme
eisen étant propre aux Pays-Bas. Le haut-allemand, possède la forme heischen. Rappelons que notre flamand n'en dérive en aucune façon, le haut-allemand étant
une variante plutôt aberrante (par ses Lautverschiebungen ou mutations
consonantiques : t>tz, p>pf/f, etc.) du germanique originel dont le flamand est beaucoup plus proche.
Stefaan Riem pense que le h initial a disparu de la prononciation flamande sous l'influence du h muet français. Je me permets d'en douter. Voici en effet, la plus ancienne phrase en ancien-néerlandais connue, écrite vers 1100 par un moine flamand, peut-être originaire des environs de Saint-Omer, pour essayer une nouvelle plume : Hebban olla uogala nestas bigunnan hinase hi(c) e)nda thu uuat unbidan uue nu, à laquelle il avait pris soin d'ajouter sa traduction latine : Abent omnes uolucres nidos inceptos nisi ego et tu. Quid expectamus nu(nc). (= Tous les oiseaux ont commencé des nids hormis moi et toi. Qu'attendons-nous donc !). Cette phrase montre assez que le h posait
déjà des problèmes à nos ancêtres bien avant qu'on puisse parler d'une influence française : en néerlandais hic devrait s'écrire sans
h, en latin Abent devrait s'écrire avec !
(130) Dischmeester signifie littéralement maître de la Table des pauvres, en français
pauvriseur. Dans les églises de Pitgam et de Warhem entre autres, on trouve des pierres tombales de
dischmeesters ou pauvriseurs.
(131) Dans la publication du Terrier dans la Revue WESTHOEK, une note 24 précise : hormis la note en marge, ce texte a été
biffé.
(132) Het Coudthof pourrait bien signifier la ferme du chenal, ce qui conduirait à la situer dans ce que la carte IGN au 1 :25.000 appelle
le Bas de Quaedypre, où l’on note entre le Faubourg de Cassel et le
Pont De Visscher, stupidement appelé Pont à Poissons, une dépression débouchant sur le
Schelf Vliet (Schelf par assimilation avec le v qui suit ; en réalité
Schelt Vliet, watergang qui sert de limite – scheiden =
séparer - entre Quaedypre et les communes voisines) et se situant entre 1 et 2 mètres.
Sur la rive droite dudit Schelf Vliet, on voit encore très nettement un tronçon
de digue destiné à protéger la partie basse du Faubourg de Cassel. L’élément
Coud/Cout/Koud/Kout est extrêmement productif en toponymie : il occupe 17 pages dans le WOORDENBOEK DER TOPONYMIE de Karel de Flou. De Flou mentionne un
Couthof à Arnèke, un autre à Eringhem, un autre à Drincham (lequel se situe effectivement dans le vallon
très encaissé du
Trog – le pétrin ! - ), un autre à Hondschoote, un autre à
Proven, un autre à Watou, un autre à Rousbrugge-Haringe. N’ayant sans doute pas eu connaissance de notre Terrier, il ignore celui de
Quaedypre. Je ne crois pas qu’il faille relier kout à kouter (< latin
cultura : terrain cultivé qui a donné Couture dans les langues romanes). Voir aussi note
112, page 18, et 52, page 10.
(133) Looden Poorte semble signifier au premier abord la
porte – souvent de ville – de plomb, ce qui n’est guère satisfaisant. On pourrait aussi traduire
porte lourde comme du plomb mais ça n’est guère mieux. La porte d’une maison se dit
deur, le mot poort est réservé aux grands-portes des villes, aux
portails des granges, etc. La carte IGN au 1:25.000 nous donne une Loot Poorte ferme située sur le territoire de
Quaedypre, à droite de la D 916 vers Wormhout, entre le Klap Houck et le
Bon Coin d’une part et le Cheval Noir et le Byssaert d’autre part.).