Notes
(134) Herzeele : Dans son TOPONYMISCH WOORDENBOEK (tome
I, p.
488), Gysseling explique ce toponyme de la façon suivante : "germanique
harja "armée" + sali "maison ne comportant qu'une pièce"." Pourquoi pas ?
Mais je n'en jurerais pas. Herzeele fut jadis résidence de l'évêque de
Thérouanne et de ce fait seigneurie épiscopale.
(135) En néerlandais dam signifie batardeau destiné à empêcher l’entrée de la marée à l’intérieur des terres : pensez à Amsterdam, Rotterdam, Damme etc. La Flandre française connaît peu d’emplois de ce genre : Wattendam et peut-être Waldam. Mon ami Max Deswarte me signale "un Grand Dam dans la Forêt de Nieppe, den grooten Dam sur la Bourre canalisée avec une petite écluse",
mais il est fort probable qu'il s'agisse là du type
de dam que je définis ci-après et que Stefaan Riem a souvent
rencontré dans les vieux registres de vente de Poperinge. En flamand de chez
nous, le mot dam désigne le ponceau franchissant le fossé
pour donner accès au champ :
en fait, il ne s'agit pas d'un véritable ponceau mais d'une espèce de batardeau percé d'un gros drain pour l'écoulement de l'eau du fossé. Ce dam peut d'ailleurs fort bien, là où l'eau n'a
pas à s'écouler, sur une ligne de partage des eaux par exemple, être carrément un batardeau non percé barrant le fossé. Stefaan Riem m'écrit : "Tu suggères qu'il s'agit d'un pont, mais alors on aurait sans doute écrit Maeycken Spaens Brigghe." Il révèle par là qu'il n'est pas comme moi un rural,
ce que j'aurais mauvaise grâce à lui reprocher : tous les ruraux de Flandre savent que le dam correspond bien à ce que je décris et n'a rien d'un brigghe (pont)
: il n'y a pas un fermier qui n'ait à en emprunter un ou plusieurs chaque
jour pour se rendre aux champs. S'il faut franchir un fossé pour se rendre
chez Maeycken, cela peut fort bien se faire par un dam. S'il s'agissait
d'une becque, alors seulement on pourrait parler d'un brigghe.
On comprend bien pourquoi les Coutumes du Franc de Brugge, citées par Stefaan Riem, (1628) interdisent à chacun d'établir un dam dans un watergang ou
une voie d'eau importante ou ne les rétrécisse : un dam étant un batardeau percé, l'écoulement de cours d'eau aussi considérables en serait irrémédiablement perturbé !
(136) Maeycken SPAENS dam : SPAENS –, écrit ainsi, signifierait espagnol ... en néerlandais moderne ! Mais en néerlandais de l'époque, on aurait écrit Spaensch ! Ne cédons donc pas à l'espagnolite : ce n'est certainement pas le sens de ce patronyme. Il existe par contre en moyen néerlandais un mot spaen qui signifie fine latte de bois ou cuiller en bois : c'est certainement l'origine de ce sobriquet devenu patronyme. Quant au s final, c'est peut-être un s de génitif, auquel cas le patronyme devrait se lire SPAEN. Il est vrai qu'en flamand, on ajoute fréquemment un s
aux patronymes.
(137) Mersch, shortening pour meersch, pré situé dans le lit majeur d’un cours d’eau, régulièrement enrichi par le limon des crues et d’où l’on tire le meilleur des foins, quelquefois même deux coupes voire plus par an, la seconde s’appelant en flamand
amat (regain).
(138) Wormhout : Dans son TOPONYMISCH WOORDENBOEK (tome
II, p. 1090), Gysseling, qui n'est pas à une ânerie près, explique ce toponyme de la façon suivante : "germanique
wurmi, "ver, serpent" + hulta, "bois"". De mémoire d'homme il n'y a jamais
eu de serpents en Flandre. Restent les vers ! Mais l'explication bois
vermoulu est du dernier burlesque. En période de transgression, Wormhout se situait à l'embouchure de l'Yser et de la Peene : une carte de Michel Rouche le montre très nettement. Worm
est un élément connu qui entre en composition dans plusieurs toponymes et
qui désigne une certaine sorte de terrain, essentiellement constituée de
bruyère, lande ou brande. Wormhout signifie donc :
bois de la lande.
(139) Pour une fois, notre terrier écrit bien Bierne - et non Bieren -, graphie qui correspond à la prononciation flamande locale.
(140) Witstraete, on serait tenté de traduire par route ou
rue blanche, mais le moyen néerlandais connaît aussi un mot wit qui est une variante de
wijt, wied, wiet, wide et qui signifie large ; c’est sans doute la signification de ce
wit. Si on se réfère à la carte de Cassini, bien plus tardive, on constate qu’il s’agit d’une route empierrée bordée d’arbres qui, fort curieusement, est souvent doublée par une route non empierrée
(pour les cavaliers ?). L’HISTOIRE DE BERGUES de l’abbé Harrau mentionne (tome II, p. 37) une
Witte straete, route de Bergues à Cassel.
(141) S’il s’agit du prévôt de la Prévôté Saint-Winoc, celle-ci figure sur la carte de Sanderus, au sud de
Wormhout, de l’autre côté de la Peene (sur la rive droite).
(142) tgerstland signifie terre à orge mais mon atavisme paysan me dit qu’un fermier se garde bien de pratiquer toujours la même culture sur la même parcelle.
Stefaan Riem estime pourtant que c'est la bonne traduction : il suggère que
Vedast avait peut-être semé de l'orge l'année de la rédaction du terrier. La
revue WESTHOEK est de cet avis : elle n'imprime pas le mot en italique gras
comme elle le fait pour les toponymes et ne lui met pas de majuscule. Pour elle,
c'est donc un nom commun.
Ou faut-il lire geersland, terre à herbe, prairie ? Ou geestland, terre haute et aride souvent sablonneuse ? La carte IGN au 1:25.000 place un Geersveld à Steene : un geer (prononcé giër) est un sillon plus court dans un champ triangulaire ou trapézoïdal (picard :
court tour).
(143) Socx : Bien curieux toponyme dont les formes les
plus anciennes seraient Chocas (1067) Schokes (1206), Scokas (1218).
Gysseling l'orthographie Soks et renvoie à Chocques qu'il explique ainsi :
"Roman (< celtique) tsukka "souche", dont choque est la forme picarde."
Comme disent les Italiens "se non e vero e bene trovato !" (si ce
n'est pas
vrai, c'est bien trouvé !). Avec son église Saint-Léger perchée à trente
mètres, ce village bénéficie d'un vue exceptionnelle sur le Blootland.
Quant à le faire naître d'une souche !!!
Albert Delahaye a magistralement démontré (voir la première partie de ce site), que la Germania
de Tacite, ne peut absolument pas se confondre avec l'Allemagne
! TOUTES les cartes anciennes de la seule Flandre illustrent et confirment son
propos (voir la carte de Blaeu et son commentaire, page 5 du site de Bierne). Hélas, la Germania de Tacite a été découverte en 1425 à l'Abbaye d'Hersfeld - Allemagne, Hessen-Kassel, province de Fulda - ce qui rendait quasiment inévitable son application, erronée, à l'Allemagne du XVe siècle ! La Germanie de Tacite et des Anciens ne dépassait guère le sud de la Belgique au nord, la région de Trèves et de Cologne à l'est
et couvrait la totalité de la Flandre, de l'Artois et du Boulonnais. Aussi peut-on s'esclaffer de voir situer les Chauci/Chauques dans le duché d'Oldenbourg et le territoire de Brême, ville qui tient du reste son nom de Brêmes-lez-Ardres, comme Hambourg tient le sien d'Hames-Boucres,
suite à l'émigration, sous la pression franque, des Saxons du Litus Saxonicum (grosso modo la Côte d'Opale
et son arrière-pays, où pullulent les toponymes en -thun).
Il faut donc voir dans le
nom de Socx un vestige des Chauci/Chauques et dans celui de Quaedypre un vestige des
Quadi/Quades.
De même qu'il voit dans Marconne un vestige onomastique
des Marcomans qui luttèrent avec les Quades contre
Marc-Aurèle (161-180) près du Danuvius qui, dans ce contexte,
est l'Aisne et non le Danube - ne vous récriez pas : l'archéologie prête unanimement à la vallée de l'Aisne des colons de la civilisation dite "danubienne" -, Delahaye situe
à Choques et à Socx les Chauci/Chauques qui, avec leurs bateaux, semèrent l'insécurité sur les côtes du Nord de la Gaule de 172 à 174, ruinant villes et villages (Aelius Spartianus, Didius Iulianus, I. 7).
Les tribus anciennes étant fort souvent attestées en des lieux parfois fort distants les uns des autres (c'est le cas des Vénètes, des Volsques, des Boïens, etc.) et les migrations germaniques (les fameuses Völkerwanderungen
dont les Allemands font leurs choux gras) ayant été une fois pour
toutes renvoyées au royaume des fables par Delahaye, imaginer que les
Chauci/Chauques aient occupé, outre Choques, le site exceptionnel de Socx, directement en relation avec la mer par la Gersta
n'a rien d'aventureux : c'est du reste, je le rappelle, ce que fait le génial Delahaye.
A la même époque, en 170 plus précisément, les Catti/C(h)attes, notamment du Mont-des-Cats, firent une intrusion en Gaule Belgique, qui, rappelons-le, n'était pas la Belgique actuelle, sa frontière sud étant la vallée de la Marne !
Quand on sait qu'Albert Delahaye a établi irréfutablement que les Bataves (Béthune
est une de leurs reliques) n'ont rien à voir avec les Pays-Bas mais se confondent plus ou moins avec les picardophones ultérieurs - le picard étant bien plus proche du latin que le français, ce qui n'a rien d'étonnant vu la longue présence batave dans les armées romaines et jusque dans la garde prétorienne - on constate qu'il y a bien des choses à revoir dans notre lecture des classiques.
De même les Frisons antiques n'ont rien à voir avec la Frise actuelle puisqu'ils habitaient la zone côtière
au nord de Boulogne et la Flandre, où les situent encore unanimement les Chansons de geste !
Quand se décidera-t-on enfin à lire le Galilée du XXe siècle, Albert Delahaye
?
L'ayant lu, le docteur et agrégée de grammaire Eve-Marie Halba (voir note
ci-dessous), alors que la Chanson de Doon de Mayence situe Vauclère dans la Danemarche -
Marche des Dani de Normandie ! -, aurait su qu'il ne s'agissait pas du
Danemark (où aucun Romain n'a jamais mis le pied ni importé le toponyme
latin de vallis clara). Elle aurait songé à la forêt de Vauclair
et à l'abbaye du même nom : non loin de Laon, du Chemin des Dames et des anciennes
résidences carolingiennes de Corbeny et de Samoussy, Samoussy où Bertrade de Laon
alias Berthe au grand pied accoucha probablement de Charlemagne. Elle aurait
vu dans la Saissogne la Saxe originelle, celle du Litus Saxonicum : en un
mot, elle aurait disposé de la clef spatiale des
Chansons de Geste ! Comme son article ne se proposait pas de localiser et que les
idées de Delahaye n'ont pas assez percé pour rectifier l'opinion commune, on
aurait mauvaise grâce à lui faire le moindre reproche.
Note : Revue du Nord n° 360-361 pp. 305-320. Je précise que ce passionnant article qui s'intitulait "Le "Nord"
dans l'imaginaire des personnages épiques. Etude de la notion d'étranger
dans la geste de Doon de Mayence" n'avait aucunement pour objectif de
situer.