CONTENU DE L'OEUVRE
Reconnaissons-le, le titre donné à ma traduction de DE WARE KIJK OP... n'est pas d'une extrême gentillesse. Mais il a l'avantage de la brièveté et de l'exactitude. Après lecture, chacun s'ébahira avec moi d'avoir cru si longtemps
les billevesées qui remplissent les livres d'histoire. Le sous-titre est plus explicite : Retour aux sources et réécriture du premier millénaire d'histoire de l'Europe du nord-ouest.
Lors de ma découverte de De Mythe van de Normannen in Nederland (Le mythe des Normands aux Pays-Bas), je
compris d'emblée la supériorité de ce type d'historiographie, solidement établie sur une connaissance intégrale des sources,
ce qui n'a rien d'étonnant de la part d'un archiviste doublé d'un bourreau de
travail. Je commandai aussitôt la grande oeuvre à laquelle il faisait référence, Vraagstukken in de historische geografie van Nederland (Problèmes de géographie historique des Pays-Bas) et ne tardai pas à comprendre qu'il s'agissait du livre historique du siècle.
Des "histoires" à l'Histoire en est la version revue et largement complétée au terme de toute une vie de travail. Les deux tiers de l'oeuvre ont du reste été publiés après le décès de Delahaye par la Fondation Delahaye.
On y trouve plus de mille citations commentées des sources, ce qui en fait une mine tant pour les profanes que pour les historiens, lesquels en ignorent de toute évidence une bonne partie.
Le tome I s'ouvre sur la réinterprétation de la Germania de Tacite qu'on peut lire intégralement sur ce site. Delahaye donne ensuite les sources de la ville de Noyon, l'authentique Noviomagus carolingien. Il étudie ensuite la Batua, qui est le Béthunois et non la Betuwe, puis la Frise, située à l'époque en Flandre et en Artois, avant la migration des Frisons vers le nord au Xe siècle. Il réécrit enfin la véritable histoire de Nimègue qui se
croyait, bien à tort, le Noviomagus carolingien.
En réponse à la prétention exorbitante et infondée des toponymistes à posséder les clés de l'histoire, le tome II commence par exposer longuement les règles fort méconnues de la toponymie. Il prouve ensuite que la Germania était la Flandre française (cf. la carte de la page précédente) puis
écrit l'histoire des peuples voisins qui habitaient la Frisia (Flandre), la Saxonia
(derrière le Litus Saxonicum) et la Dania (Normandie).
Le tome III étudie l'abbaye de Saint Willibrord, qui se trouvait à Eperlecques et non à Echternach, et situe l'ensemble de ses biens dans un contexte cohérent, dénonçant de ce fait le manque d'esprit critique mais surtout la malhonnêteté intellectuelle qui consiste à passer à la trappe la quasi totalité des toponymes : le fait de ne pouvoir en localiser,
à la louche, que quelques-uns aurait dû conduire des historiens sérieux à se demander s'ils cherchaient bien dans les bonnes régions...
Quelles que soient leurs raisons, les transgressions sont incontestables.
Or, pays inondé n'a pas d'histoire. Fort de ses nombreux travaux d'archiviste sur la poldérisation en Nord-Brabant, notamment son volumineux Vossemeer, land van 1000 Heren (1969 - 696 pages 19x26 cm), Delahaye reconstitue l'évolution, au cours du premier millénaire, de toute la zone littorale inondable qui va de la Frise actuelle aux collines de l'Artois. Il y inclut bien sûr le delta du Renus/Escaut dont tous les textes des Anciens situent les bouches, maintenant atterries, en face du Kent. Il rassemble enfin les plus explicites de ces textes en un dernier survol.
Un index portant sur les trois volumes vient clore l'ouvrage : il comporte 115 pages
à deux colonnes et permet au lecteur de naviguer dans cette oeuvre monumentale.
A mon sens, cet ouvrage, qui représente une véritable révolution copernicienne dans l'historiographie du premier millénaire, et qui, par cela même, est impubliable dans les circuits normaux contrôlés par les historiens "officiels", d'où sa publication par le traducteur, a forcément sa place dans la bibliothèque de tout historien et de tout amateur d'histoire.