Le 11 Novembre à Oran


C'était pour lui une journée importante .

 

Levé comme d'habitude, il cherchait ses chaussures, celles de cérémonies, noires bien sur, il s'employait avec énergie et le fameux cirage LION NOIR, à leur donner le meilleur éclat .

 

Le costume, le seul du reste sombre, était lui aussi retiré du placard, ou il pendait entre quelques sachets de Boules de Naphtaline . Apres brossage, et mis à s'aérer quelques minutes, il allait épingler sur le côté gauche ses médailles .

 

L'ordre était immuable, d'abord la Médaille Militaire à titre posthume de son frère JEAN tué, dans la forêt de l'ARGONNE qu'il disait, ensuite  sa Médaille d'ancien Combattant, et une à laquelle il vouait une certaine tendresse, celle décernée par le roi de SERBIE .

 

Oui JOSEPH, mon père avait été enrôlé comme Chasseur Alpin alors qu'il venait d'accomplir ses vingt ans , et immédiatement envoyé en villégiature au célèbre Détroit des DARDANELLES   Les DARDANELLES, il ne  savait même pas ou ça se trouvait, et il ignorait qu'il allait combattre non pas des BOCHES comme il disait mais des TURCS .

 

Certes il avait immédiatement compris à l'épreuve du feu que ce ne serait pas une partie de plaisir, avare de confidences, et moi curieux d'apprendre comment on faisait la guerre, j'avais au bout de quelques années réussi non sans mal à compiler quelques uns de ses souvenirs .

 

Mon père me disait le fanatisme avec lequel les fantassins TURCS, bardés de leurs plus beaux atours, se ruaient sur les lignes FRANCAISES, méprisant la mort, la défiant même ! .

 

le Chasseur ALPIN n'à jamais chaussé une paire de Skis, mais il à vu du Pays: l'ALBANIE, la SERBIE, la aussi rien ne lui à été épargné.

 

En dehors de ses quelques amis, deux ou trois au plus avec lesquels il savourait ses anisettes quotidiennes, mon père n'avait pas d'activités militantes d'ancien combattant .Comme chaque année donc il allait rejoindre les anciens des DARDANELLES, ou il avait été inscrit d'office par un féru du Culte du Souvenir CORSE de surcroît, et quelque chose dans l'administration Préfectorale .

 

Le rassemblement se faisait alors Place d'ARMES, et la dernière fois que mon Père à commémoré l'armistice, il avait été désigné avec un autre ancien à porter la Gerbe au Monument aux Morts de l'avenue LOUBET .

Notre Photographe local qui exposait et vendait ensuite les Photos  Rue PHILIPPE avait de nombreuse fois fixé sur la Pellicule de son vieux LEICA mon père tenant fièrement cette fameuse Gerbe .

 

Le Drapeau des Anciens des DARDANELLES, claquait au petit vent d'automne il rappelait les Combats, les Citations, et les rescapés nombreux à porter les traces de ces tueries étaient eux sous la Bannière des Gueules Cassées. Plus très jeunes, et pas davantage toniques, ces anciens des DARDANELLES retrouvaient en ce jour de commémoration une nouvelle énergie .

 

Le Dépôt de gerbe était un moment émouvant, les larmes coulaient sur les joues de mon papa, lors de la sonnerie aux morts, j'en étais tout ému,

 

Dans une petite boîte dorment les Décorations qui ne seront jamais plus portées, et qui pourra encore se souvenir qu'elles avaient été gagnées par JOSEPH mon père .

 

 

Roger ALFONSI .