ORAN 2003

L'histoire d'un Pèlerinage





Qui n'a pas rêvé de revoir un jour Santa Cruz ?... d'aller retrouver son immeuble, son école, sa rue... en un mot sa jeunesse ou son enfance ?
Quelles que soient nos opinions, nous y avons tous songé, certains ont fait le pas comme quelques amis de VO en 1983, d'autres attendent des circonstances plus favorables ? La plupart hésitent entre le désir et la crainte de la déception. On les comprend.
Tous nous avons eu les yeux rivés sur l'écran de télé à l'occasion du voyage à Oran du Président Chirac en Mars 2003 avec le secret espoir de "chiper" une image de notre passé.
Bien avant ce voyage, un de mes amis, José BUENO, un ancien de La Marine, avait jeté les bases d'un voyage pèlerinage avecd'autres anciens de son quartier. Et tous les amis fréquentant le groupe des VO y avaient été conviés mais un seul a cédé à l'appel des sirènes: Roland (Justico) GARCIA.
En fait au delà de nos risques de déception, nous avions aussi une certaine crainte de l'insécurité permanente encore en Algérie, même si l'Oranais est peu atteint.
A preuve, nos inquiétudes tant que nous n'avions pas de nouvelles de nos amis. Etaient-ils bien arrivés ? Comment se déroulait le séjour ? Dans le même temps les journeaux télévisés nous parlaient d'enlèvement de touristes au Sahara...!

Et pour tromper cette attente, l'un de nous bien connu pour son humour et ses "mistos" nous a bombardé de messages du plus mauvais goût...! jugez en plutôt, avec ce premier article du 30 avril:

Avis à tous les zoraniens ! ... ceci est un message de la plus haute importance ,promis sans doute à de multiples rebondissements...

Voici la copie d'un article inquietant paru hier dans le journal de la Willaya d'Oran ,le "Wahran J'dida"  :

"  Où est passé le car des pélerins du souvenir ?

Accueillis la veille à l'aéroport de La Senia par les youyous délirants de toutes les fatmas qui ont gardé un souvenir ému de leur emploi de "bonnes" dans l' "Algérie de papa", les Visiteurs Oranais , venus chez nous à la recherche de parfums du passé et d'images sépias d'une terre qui les a vu naître , se sont volatilisés dans la nature alors que les plus hautes autorités de la Municipalité d'El Lahouari , anciennement "La Marine", avaient convoqué  les meilleurs marchands de brochettes ,calentica et autres spécialités de sardines à l'escabèche pour fêter le retour au pays de ses plus vieux habitants dont les origines remontent aux temps héroïques des combats entre Barberousse et les compatriotes de Cervantès ! Où est donc passé le charter de ces sympathiques  sexagénaires en proie aux délicieux tourments de la nostalgie d'un Eldorado africain ? Notre téléphone arabe local nous a informés qu'on les avait vus du côté de l'ancienne rue de l'Aqueduc , à la recherche sans doute des très anciennes et troublantes émotions qui les ont fait devenir un jour de vrais hommes... un de nos correspondants des hauteurs de l'ex-Gambetta nous signale également qu'un car de pieds noirs (ce qui ,mathématiquement entre nous, n'est pas grand'chose !) a été aperçu au dessus du lieu dit autrefois "La Cueva del Agua" , aujourd'hui sinistre repaire de requins de tous bords et autres pêcheurs en eaux troubles..Enfin avant d'alerter les autorités "compétentes" sur une éventuelle prise d'otages de la part d'islamistes mal rasés , rassurons nos lecteurs en leur proposant cette hypothèse plus vraisemblable : nos chers visiteurs de la mémoire retrouvée seront sûrement allés du côté de La Corniche piquer une tête dans les eaux de la plage  déjà tièdes en cette saison,entre plastiques et tranches de melons, les yeux embués par le souvenir d'une fameuse Miss Trouville dont la plastique impeccable fit tourner la tête de plus d'un jeune estivant à la fin des années 50 ...! Hé oui ces pieds noirs , quels amoureux de la mer et de ses créatures! ce sont de vrais "ould bledi"!!!

Enfin ,dès qu'il nous sera possible nous transmettrons à nos chers lecteurs la suite des péripéties de ce charter de touristes pas tout à fait comme les autres et vraiment épris de ce qui reste de mieux dans notre Wahran Beya..

Votre fidèle et dévoué Bako El Misthou



Vous avez bien sûr compris que notre Bako El Misthou s'en prend à tout ce qui bouge quelle que soit la couleur des pieds et sans aucun égard envers les religions et leurs fidèles de tous nords. D'ailleurs il insiste et le 1° mai publie un nouvel article:

Amis Zoraniens...

...vous avez sans doute pu lire comme moi dans le remarquable quotidien "Wahran J'dida " l'évolution des évènements concernant le Voyage Organisé par José et les siens , voyage qui tourne à l'odyssée si l'on en croit les différents correspondants du journal d'Oran dont les derniers échos viennent de me parvenir et dont je vous envoie ici la fidèle copie  :

" Pas de nouvelles du car du pélerinage !

Après vérifications faites auprès des Maîtres Nageurs diplômés de l'Université du Petit Lac", il s'avère qu'aucun car , hormis les vieux poussifs de la SOTAC ,n'est venu déposer sur les rivages encombrés  de notre Corniche cette pacifique expédition de vieux oranais tremblants d'émotion devant le premier carrico de torraicos venu ...aussi l'inquietude commence-t-elle à grandir au sein de la communauté du quartier d'El Lahouari , et ce d'autant plus que des rumeurs circulent sur la présence de groupes de barbus dans notre région , décidés ,les falsos, à faire un coup médiatique en enlevant ces "roumis" qui viennent,disent-ils, s'imbiber d'anisettes devant les mosquées, contre les murs desquelles ils n'hésitent pas ensuite à soulager leur vessie distendue par l'âge....

..Dernière minute : il se confirme bien que le charter en question  a été détourné et emmené du côté de la Montagne des Lions ,lieu inhospitalier s'il en est et truffé de grottes ! où même "Azrin" il pourrait pas les trouver!!!...d'ailleurs des messages viennent d'arriver déjà réclamant , avant toute rançon, que l'on envoie d'urgence des piles (hélas introuvables en ces moments de longue pénurie que nous traversons!) pour le pacemaker d'un de ces vieux de La Marine ,un certain "Justico" (sûrement un pseudonyme d'un personnage haut placé ), ainsi que du produit dégrippant pour la prothèse coincée d'un autre vieux  ,appelé Joseph Bon , qui ne peut plus se déplacer que sur le dos d'un de ses compatriotes moins rassis !!! Ainsi une fois de plus les évènements rattrapent ces braves gens ayant sauvé leur vie autrefois en sautant dans la première pastera venue ; et ,hélas, il est déjà des mauvaises langues pour dire , ces chiens , que c'est bien fait pour eux et que ça leur fera les pieds (noirs bien sûr!)...enfin comme d'habitude la police et les forces armées ont quadrillé la zone et la chasse à ces "fous d'Allah"  (Allah el Adhim nous ! garde!!) s'est organisée, on peut être sûr qu'ils seront bientôt retro uvés ,"sourire kabyle" aux lèvres, et nos chers amis touristes délivrés dans la joie et le bonheur d'avoir passé quelques moments forts dans le djebel ,là tout près de la mer qui les a si longtemps bercés dans leur jeunesse!!! 

Votre fidèle et dévoué Bako El Misthou



Entre temps heutreusement, un ami nous faisait part de nouvelles plus réconfortantes, mais s'agissait-il bien du même grpupe .

Aujourd'hui, nous sommes montés à Santa Cruz où nous avons rencontrés un groupe de pieds-noirs en visite. Un jeune membre d'une troupe de théâtre oranaise, accompagné des percussions d'une derbouka a entamé une complainte de raï. Il a adapté les paroles aux circonstances et souhaitait la bienvenue -"Bienvenue en nos coeurs"- à ses compatriotes exilés de l'autre côté de la Méditerranée. Une dame se faisait, au fur et à mesure, traduire les paroles par un jeune qui l'accompagnait. Et puis, à un moment, elle a éclaté en sanglots. Autre chose, je fais partie d'une association "Bel Horizon de Santa Cruz" qui vient d'éditer un livre sur l'histoire de la ville. Il a été présenté au salon du livre de Paris et sera prochainement en vente en France. Bien le bonjour à tous et à toutes. (deuzacet@yahoo.fr)


Mais notre diabolique journaliste continue à nous inquiéter:

        ...Amis zoraniens qui manifestez quelque interêt aux péripéties d'un voyage pour le moins mouvementé de nos chers viejos de La Marine , tous des caballeros dans ces circonstances dramatiques qui ont entouré leur pélerinage du souvenir , je ne saurais résister plus longtemps au plaisir de vous communiquer les dernières ,et bonnes surtout, nouvelles lues ce matin , grâce à la magie du Net, dans le journal désormais connu de tous , je veux dire  "Wahran d'jedida" , dont voici la fidèle copie:
      " Les nouveaux lions d'Oran
 
Chers lecteurs , nous avons la joie de vous informer que nos sympathiques vieux frères de l'ancienne Marine , aujourd'hui El Lahouari, quartier flambant neuf aux multiples fontaines devant lesquelles nous assistons chaque jour à de belles "joutes verbales "entre nos dames venues faire leur plein de bidon d'eau (presque) potable, eh bien ces frères oranais de toujours ont su magnifiquement se tirer d'affaire , sans l'aide de nos vaillantes troupes de "Libération" et ce grâce à un de ces stratagèmes que n'aurait pas désavoué l'antique Ulysse ,ou ,plus près de nouzôtres ,l'"ingénieux hidalgo" Miguel de Cervantes évadé à maintes reprises des geoles algéroises !!! oui , il s'est trouvé parmi ce petit groupe de pieds noirs , comme toujours en la circonstance , un être au dessus du lot , un leader , un caïd quoi, qui a su amadouer l'hostilité des féroces barbus décidés à "faire couler le sang du roumi", comme ils disent : surnommé "pataloca", en raison d'une prothèse à la jamb! e qui le gêne par temps humide, ce valeureux frère de La Marine , par sa sympathie et sa tchatche naturelles , a  su captiver l'attention de ses geoliers en leur racontant son enfance passée sur les quais du vieux port de Wahran, ses parties de pitchac (il avait encore toutes ses jambes notre frère!), ses plongeons du haut du "rocher de la vieille" et ses pêches formidables, tellement qu'on l'avait surnommé " le roi de la moralla" (assavoir si c'est vrai !?  "la bola " étant le sport favori de nos compatriotes...)! ...puis voyant tout le parti qu'il pouvait tirer de cette situation devant un auditoire aussi crédule (plus "boudjedis" qu'eux tu meurs,ouallah !) il s'est mis à chanter ce champion de la tchatche toutes catégories : alors là ,l'auditoire ,barbu mais béat d'admiration , s'est endormi pour de bon (assavoir ce qu'il a dû leur chanter!) ...ce que voyant , le second de "pata loca" ,au pacemaker défaillant, le frère Justico , s'est empressé d'aller faire ramasser toutes les kalachnikovs par ses compagnons de La (glorieuse, hak arbi!!) Marine, et fissa , entre lentisque et margaillons, ils ont dévalé la "montagne des lions" pour arriver sains et saufs  parmi nous!!! alors moi ,Bako El Misthou , rédacteur en chef de ce journal, je pose cette question :  dans cette fameuse montagne , qui c'étaient les vrais lions ? ,sinon nos vieux frères venus à la recherche du temps passé et de la mémoire retrouvée (inch'allah , ils la perdent pas trop vite en rentrant !)... "


Evidemment tout cela relève de la plaisanterie et nous aide à passer le temps en attendant le retour de nos amis, mais certains d'entre nous qui s'y intéressaient peu auparavant se mettent à lire la presse oranaise sur le web et nous en donnent des extraits:

Relevé ce soir sur le quotidien d oran, nos amis sont ils dans le coup????????

 

DIDIER

 

 

Une démolition de constructions illicites dégénère

La RN 4 bloquée et des véhicules saccagés à Oran

 

La RN 4 a été bloquée, hier, et des échauffourées ont éclaté entre une centaine de citoyens et des éléments des services de sécurité à Sidi El-Bachir, localité distante de quelques kilomètres d’Oran. La situation a dégénéré quand des engins des services techniques de la daïra de Bir El-Djir ont commencé, aux environs de 9 heures, à démolir des constructions illicites au lieu-dit «ferme Hadj Tayeb», dans cette localité. Les citoyens qui ont refusé, dans un premier temps, de quitter leurs habitations de fortune ont lancé des projectiles en direction des forces de l’ordre qui ont riposté en lançant des bombes de gaz lacrymogène.

Jusqu’à 18 heures hier, la route était toujours bloquée obligeant les automobilistes à rebrousser chemin. Un peu plutôt, plusieurs véhicules, des bus et poids lourds, notamment, ont été saccagés par les protestataires qui lançaient toutes sortes de projectiles. Certaines sources parlent de blessés légers parmi les automobilistes et les protestataires. La RN 4, une autoroute à grande circulation, a été totalement fermée à la circulation. Les protestataires armés de pierres ont placé en travers de la chaussée des pneus et autres barrières pour empêcher les automobilistes de passer. Aux environs de 17 heures, et devant une foule déchaînée de citoyens, dont certains étaient munis d’armes blanches, les services de l’ordre ont préféré ne pas intervenir «pour éviter le pire», nous dit-on.

Au niveau du site où les démolitions ont eu lieu, des dizaines de femmes, enfants en bas âge, des adolescents et des personnes âgées se sont regroupés criant à l’«injustice». «On est ici depuis 1994. On a acheté ces lots de terrain. Ils n’ont pas le droit de nous déloger de cette façon. On est des Algériens comme les autres», s’écrie un jeune, la trentaine. Et une mère de famille d’ajouter: «Les responsables prennent des décisions de manière arbitraire sans se soucier de notre devenir. On vivait déjà dans des conditions précaires. On n’avait pas besoin de ça». Un groupe de jeunes qui ne cachaient pas leur colère s’écrient: «On n’a pas où aller. On est sans travail, sans eau, sans gaz... sans aucune commodité. On n’a que ce toit et on refuse de quitter les lieux». D’autres protestataires menacent de recourir à d’autres actions de protestation, aujourd’hui même. «On va tenir un sit-in devant l’APC de Bir El-Djir et la daïra pour amener les autorités locales à prendre en charge nos doléances», déclarent-ils. Les citoyens mécontents qui incriminent les responsables locaux soulignent qu’à aucun moment on ne leur a signifié l’interdiction d’ériger des constructions sur le site. «Pourquoi on vient aujourd’hui nous dire qu’on ne devait pas bâtir en dur. On est démunis et la plupart d’entre nous ont dû s’endetter pour construire ces habitations de fortune», raconte amère une mère de famille. Les citoyens qui disent ne pas comprendre cette décision de démolition soulignent que les autorités locales ne leur offrent aucune autre alternative: ni recasement, ni relogement, ni encore dédommagement. «Normalement, les services concernés devaient chercher une solution qui peut convenir à toutes les parties. On occupe ces lieux depuis plus de 8 ans et on est prêts à payer pour avoir ces terrains», indiquent des citoyens.

Sofiane M





Ne vous laissez pas abuser par ces fables et lisez plutôt le message du retour puis la page de reportage de José:


Et oui nos VO sont revenus de leur pèlerinage aux sources...
J'ai eu José au téléphone pour un long entretien que je résume en peu de mots:
Accueil officiel et enthousiaste mais très "encadré"
L'expression "Vous êtes ici chez vous" est le leitmotiv mais pour ceux de la Marine il n'y a plus de "chez nous", le quartier étant pratiquement entièrement rasé. Justico a vu une colline à la place de son quartier et José encore plus triste a vu un tas de pierres à l'emplacement de sa maison !
Tout est méconnaissable la ville est devenue
tentaculaire  et l'on ne reconnaît pas grand chose. Pourtant partout où ils sont passé les gens étaient heureux de les voir et les ont accueillis à bras ouvert. Les anciens de la Marine leur ont parlé en espagnol pour faire passer leur message en toute discrétion.
 
Il faut maintenant que nos amis "récupèrent" avant de pouvoir nous en parler plus en détail après que l'émotion soit retombée.
 
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