ORAN 2003

L'histoire d'un Pèlerinage





Le Récit de José



Où sont mes racines……




" on peut acheter un séjour pour aller à Oran Mais pas acheter un rêve" Je l'ai pourtant réalisé...........José.

L'idée a germé.
Marignane : lundi 28 avril, 08 h 30 les premiers amis arrivent déjà, ils ont peur de louper l'embarquement….. Tout a commencé en octobre 2002 où, à l'occasion du rassemblement de la J.U-D.B, nous nous retrouvons la veille, tous amis du quartier de la Marine, pour mieux profiter de cette rencontre annuelle. Pour organiser cette seconde rencontre, j'avais décidé en accord avec certains de créer une Amicale, baptisée "Le Familia" du nom du seul cinéma de quartier. J'ai alors émis un souhait: celui de retourner à Oran, pour effectuer un séjour. Cette idée a vite trouvé ceux qui partageaient comme moi ce rêve : revoir Oran après plus de 40 ans. Le projet était lancé…! Nous nous sommes retrouvés 35 à effectuer le voyage. (22 au départ de Marseille -Provence, 12 au départ de Paris, et un arrivant la veille au départ de Benidorm, depuis l'Espagne.)

Le voyage.
Décollage à 11h40 de Marignane , alors que les "parisiens" partaient à 13h…rendez vous étant pris à Oran-la Sénia, de manière à ce que le "Groupe" soit constitué…..
Marignane-Aéroport : Que dire des sentiments qui occupaient l'esprit de mes amis… Je les connaissais pour la plupart: des amis d'enfance du quartier; les retrouvailles toujours chaleureuses donnaient l'ambiance, chacun était confiant. Ils avaient comme moi hâte de sentir l'avion décoller, pour commencer ce rêve.....
Je rassure en précisant qu'il y avait même des "étrangers "six, pour être précis qui n'étaient pas originaires des bas quartiers, mais de la ville ou du plateau Saint-Michel. Très vite je me suis aperçu que notre groupe allait bénéficier d'avantages par rapport aux autres voyageurs, par la qualité de l'accueil d'Air -Algérie; nous étions traités à part y compris au moment de l'embarquement où nous avons été priés de faire une file séparée…et embarquement en premier…Claro!!…..

Étonnement
Arrivée à la Sénia 12h 10 (heure algérienne). A peine débarqués, autre mesure de faveur à la douane, qui ne fut qu'une simple formalité. Il convient de préciser que Mohamed Afane avec qui j'avais traité les conditions de séjour lors d'une rencontre à Marseille en février, accompagné de Aïcha Afane, sa sœur, gérante de l'agence de voyage "Maghreb-Tourisme" étaient présents à notre arrivée, ce qui a contribué à faciliter nos démarches.
Ce premier accueil fût des plus chaleureux, le chef de la douane précisant " Vous êtes ici chez vous je vous souhaite la bienvenue" le ton était donné: des mots empreints d'une grande simplicité et de gentillesse que nous allions entendre souvent tout au long du séjour…
Tous réunis, nous attendions les Parisiens, en prenant des rafraîchissements au bar. Je buvais un café à Oran . Une sensation étrange, mes yeux étaient grands ouverts je regardais partout comme pour voir je ne sais quoi; nous étions tous assez excités. 15 h les Parisiens arrivent, nouvelles retrouvailles accompagnées d'exubérance como siempré
Un car nous attend dehors, et notre voyage peut commencer en terre oranaise. Une nouvelle route puis autoroute, nous allons de surprises en surprises ne reconnaissant rien………une immense ville s'offrait à nous et nous nous sentions dans ces premiers kilomètres des étrangers…… dans une ville étrangère. Nous ne savions pas où nous étions, traversant de nouveaux quartiers, apercevant même des couples d'amoureux tendrement enlacés cachés sous des arbres à l'entrée d'Oran: une "découverte" qui n'a échappé à personne …
Enfin en point de mire là, au fond, le front de mer, puis le port et tout en haut Santa-Cruz. Ouf !!! cette fois nous sommes bien à Oran…..chacun se précipitant pour vite régaler ses yeux….reconnaître les premières rues et les bâtiments; au passage, le théâtre de verdure …l'émotion incontestablement est au rendez-vous……..

Nous suivons la route du port puis empruntons la corniche….traversée de Monte Christo, l'Escargot, le Rocher de la Vieille, Mers-el Kébir, difficile de reconnaître "La Marsa "d'autant que nous traversons cette si charmante station au bord de la mer, non pas comme jadis, mais par une nouvelle route bordée d'un grand mur... Enfin là vue sur les plages ……….
Là encore l'émotion est grande; quel régal pour les yeux ! chacun allant de son commentaire
-Michel tu te souviens lorsqu'on se baignait à Bouisseville…ça devait être là euh non là plutôt, putain! comme ça a changé je ne reconnais pas……..……
ou encore un peu plus tard à Ain -El Turck !
-Tazle, et le Beau séjour! tu crois qu'il existe toujours………(une guinguette au bord de mer en 1960) mais comment reconnaître les lieux....?
Au loin le phare du Cap Falcon toujours majestueux…et nous voilà arrivés aux Coralès à l'hôtel "El Paradiso", très agréable et très confortable, neuf, au bord de la mer. Au loin ce sont ' les Andalouses que l'on devine . Une surprise nous attend, une petite réception organisée à notre intention, thé à la menthe claro, dattes, pâtisserie du pays rien de tel pour nous remettre de notre première émotion.



La Marine.
Le lendemain matin direction Oran ( chaque jour ainsi nous avons emprunté la corniche oranaise et à chaque fois le même régal des yeux ), pour notre première visite : celle des bas quartiers, le car s'est arrêté à la place Kléber . Premier contact avec de vieux oranais prévenus de notre arrivée et qui étaient là pour nous souhaiter la bienvenue, ils ne nous ont pas quittés de la journée certains trop heureux de pouvoir enfin converser dans la langue de la Marine "l'espagnol" que certains comme "Hamani" maîtrisaient parfaitement :
- :"Que alégria, hoy es un dia de fiesta ahora vivo al pueblo pero antes vivia plaça de la Perla" (*) reconnaissant au passage certains d'entre nous
.

La place Kléber n'avait pas beaucoup changée à part un manque d'entretien évident au niveau de la propreté ce qui ensuite de manière générale sera constaté partout, avec des endroits encore plus mal entretenus où jonchés ici et là de tas ordures. En ville la rue d'Arzew ou encore de manière plus significative l'avenue Loubet ont encore bien belle apparence avec des arbres peints en blanc jusqu'à la moitié des troncs, c'est l'avenue qui a été en particulier, empruntée par Jacques Chirac il y a peu; pour les autres artères, il ne reste que peu de marques de l'effort fait par la municipalité: elles ont déjà disparu. Mais revenons à la Marine

- Tristesse .
Le bd Oudinot quelques bars sont à présent des cafés; beaucoup de rideaux de commerce sont encore fermés et une constatation s'impose à tous : le nombre de personnes qui circulent,. Le quartier à quadruplé de population, on dénombre beaucoup de pauvreté rien qu'aux habits portés… Tout en se promenant plusieurs oranais nous lancent avec des sourires des mots de bienvenue qui nous réjouissent !

Saint Louis est devenu un quartier pauvre, c'est une évidence. Si quelques copains ont la chance de retrouver leurs maisons et même de rencontrer certains voisins, en revanche d'autres comme Roland dit Justico ou moi-même allons connaître une terrible désillusion et par la même éprouver une grande tristesse: la maison, celle de notre jeunesse, complètement cassée, effondrée ou démolie; il ne reste que quelques blocs de murs à terre. Pour d'autres qui habitaient la rue de l'Arsenal , pire encore la rue elle-même a disparu!!, il ne reste qu'un bout de chemin de pierre. La Calère, le ou l'un des plus vieux quartiers d'Oran a complètement sombré; à sa place reste une colline avec des arbustes qui ont poussé, donnant un côté sauvage à ce lieu si familier autrefois,

En venant à la Calère, Sféfanie accomplissait un "rêve…" elle avait ouvert son appareil photo pour figer cet instant tant attendu, prendre la maison de Joseph son Père, mais hélas elle n'était plus là.. très émue, elle a alors religieusement ramassé de la terre, comme un ultime souvenir. Il demeure encore quelques maisons mais qui ne tiendront pas longtemps à mon sens sur le plateau du Jardin Welsfor. Toutes les maisons et places de la rue d'Orléans ont été rasées…il ne reste plus que la place et l'école Emerat entourée là encore de végétation sauvage: bien triste décor qu'offre la Marine à présent.
Derrière le cinéma Familia où s e trouvent toujours les mêmes sièges rouges, un grand nombre de maisons se sont effondré par vieillissement ou achèvent d'être abattues par précautions et sécurité. Seuls quelques bâtiments de trois étages ont été construits à la hauteur environ de "feue la place Pologne".
L'église Saint-Louis est totalement vide: plus d'orgues, il ne reste que le balcon en bois où se produisait la chorale. Les chapelles sont murées, l'église ancienne et première cathédrale 'Oran n'est plus qu'habitée par des pigeons et de pauvres gens démunies, como decia Hamani" :Son genté del monte muy pobre no tienen na pa comer sin techo an venido acqui y nadien dicen algo pero ace pena de ver esta eglesia asi.."(**)

La ville. Après la Marine, la ville , où grouille une population encore plus importante que partout ailleurs , la rue Michelet a gardé son esprit de rue de marché, les senteurs des épices embaument la rue, les marchands ambulants foisonnent, les pickpockets devaient être en grève comme le faisait remarquer Djeloul à moins que ce soit la présence des deux policiers en civil qui veillent à chacun de nos déplacements, nous accompagnant partout..... parfois c'était "étouffant" car nous n'étions pas complètement libres de nos mouvements .
Après la visite de Jacques Chirac le premier groupe de visiteurs qui arrivait à Oran devait absolument être protégé…telles sont….les informations que nous avions reçues expliquant la présence assez dissuasive par ailleurs de nos deux sympa "gardes du corps"



Cimetière
Le lendemain visite du cimetière de Tamashouet ………
Nous avons rencontré le responsable , il déplore que rien n'ait été fait par les autorités françaises alors que c'est un domaine Français . Le cimetière se trouve dans un état lamentable, il est très difficile de retrouver un emplacement …il n'existe plus aucun balisage donc les recherches deviennent difficiles voire impossibles. Il n'y a qu'un seul gardien, pauvre homme âgé de surcroît; il ne peut rendre service à tout le monde et d'ailleurs il n'est pas là pour ça
. Le responsable ne dispose d'aucun moyen il le déplore d'ailleurs . Dresser un constat des lieux rien de plus facile: c'est l'abandon total…..parfois il devient compliqué de distinguer des tombes sous l'herbe, voire les arbustes sauvages qui ont poussé. Ajoutons je ne sais combien de tombes qui ont été abîmées voire profanées , c'est la vision la plus négative que nous garderons de ce séjour . Il est grand temps que les responsables politiques traitent ce dossier; que ce cimetière comme celui du cimetière américains soit enfin digne . Pour l'anecdote l'entrée et l'allée principale avaient elles aussi reçue un coup de neuf…lors de la visite du Président de la République

Santa Cruz, Arzew et les environs.
Sujet de grande satisfaction la Basilique de Santa Cruz que nous sommes allés visiter. Grâce a une association celle de "Bel Horizon". La basilique est très bien entretenue, sa peinture blanche se distingue au loin , des visite guidées sont organisées y compris le fort. La nuit c'est un spectacle car tout le site est illuminé

Nous avons effectué une visite de Port aux Poules, c'est certainement le lieu qui a le moins changé et qui reste propre, une qualité rare... Car partout ailleurs ce n'est vraiment pas le cas
La place d'Arzew est méconnaissable, le complexe de pétrochimie a enlevé tout le charme de cette ville dont l'expansion est impressionnante

Nous avons traversé plusieurs villages , toujours des constructions.....
A Sidi Chami nous avons échangé avec des anciens très heureux de nous voir.

J'ai effectué une visite au quartier Juif d'Oran, comme partout ailleurs le vieux bâti ne va pas tenir longtemps: la rue de Suez par exemple est amputée de moitié. L'entrée de l'Alliance ne ressemble plus à rien.....

... En revanche le Casino de Canastel et cette merveilleuse côte Ouest oranais garde tout son charme

Le dernier soir l'Evèque d'Oran Monseigneur Alphonse Georger (accompagné d'un garde du corps: il faut dire que son prédécesseur avait connu une fin terrible) a tenu à venir à l'hôtel, accompagné de trois sœurs, pour partager notre dernier repas. Une visite sympa.


Il nous est aussi arrivé de répondre à une invitation dans un appartement chic, pas bien loin des anciens établissement Darmon proche de la place d'armes. Les propriétaires tenaient à marquer leur grande satisfaction de retrouver des pieds-noirs oranais en nous offrant un "couscous royal ", une marque de gentillessse très appréciée, et on peut ajouter nous nous sommes régalés !


Tous nos amis ont pu aller visiter leurs quartiers, du plateau Saint-Michel en passant par Saint-Antoine ou Boullanger et Gambetta par exemple. Je n'inventerai rien en précisant que tous partageaient les mêmes sentiments que moi, ceux de constater par certains endroits les mêmes motifs de désolation et de tristesse, chez eux, dans les quartiers de leur jeunesse.



Oran 2003
Oran a beaucoup changé, c'est une ville en pleine expansion qui compte au moins 2.000.000 d'habitants. Des chantiers de construction d'immeubles ou maisons sont innombrables et partout, aussi bien dans les villages proches que dans la ville ou de nouveaux quartiers sont apparus, il existe un problème d'hygiène. C'est incontestable, les articles de presse locale en font état et le déplorent. Il y a aussi de la misère.............je ne saurais préciser si c'est plus ou moins que dans toutes les villes surpeuplées mais elle existe.. les jeunes gamins venant à notre rencontre à la Marine notamment n'hésitaient pas à demander dinar! dinar! d'autres visa ! visa!
Ils ne connaissent sans doute pas toute la signification de la demande, ce sont les restes de la visite du Président: ils avaient dû entendre les plus grands s'exprimer de la sorte lors de son passage......
La tragédie du vieux bâti s'ajoute au crucial problème de l'eau potable depuis des années. Il est cependant juste de signaler que le problème de l'eau se résorbe peu à peu grâce aux efforts faits par la ville. Depuis ces deux dernières années, Oran se revitalise, de nouveaux projets ont abouti, des hôpitaux dont un nouveau CHU, un palais des congrès.. bien d'autres infrastructures.. tout un renouveau ,un bien incontestable pour la ville.

Mes racines.
Autrefois Oran l'Andalouse, elle est appelée maintenant Oran " El Bahia " ce qui signifie " La Belle".........elle pourrait l'être..............!.
Mes racines.............. elles restent la-bas mais je ne sais pas si hier je les ai retrouvées.....
elles ne sont plus celles de ma jeunesse...................

texte de José Bueno
Reportage photo de Stéfanie Gauché-Fossey
et Roland(Justico) Garcia


Lucien Molto qui participait à ce pèlerinage avec son épouse, en a ramené une photo de la maison de sa naissance au 15 de la rue de la vieille Casbah:





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