Mon Univers .

 

Lorsque je suis rentré chez lui je devais avoir Sept ou Huit ans et j'habitais St PIERRE

mon père avait été quelques jours plus tôt Rue des Juifs acheter quelques rognures de

Gruyère avançé, et même plus, puisqu'il y avait des Asticots .

 

Du pain rassis, de l'eau ( saumatre d'alors ) un vieux chiffon, un seau, des Cannes à

Pêche emboitables, Virolles en laiton SVP, du Crin de Crinière de Cheval pour moi et

des Boyaux de Tortues pour mon Père, c'était en quelques sorte ce qui se faisait de

mieux en matière de Lignes de Pêche, dixit Mr ARDIOT vendeur de Matériels de Pêche .

 

Par la Rue ARAGO, Rue d'ARZEW, le Bd des quarante Mêtres du Stade TURENNE

nous avions longé la voie ferrée, le Ravin Blanc, pour nous retrouver CUEVA del AGUA .

 

Voilà c'était  la premiere fois que j'accédais sur les Terre Pleins du PORT, et je

trouvais tout démeusuré, mon regard se focalisait sur les Cargos uniformément de

couleur noire, et ligne de flottaison rouge , mais le but était de pêcher et bien vite je

suivais les conseils du Père à monter les Cannes .

 

La CUEVA del AGUA d'alors ...il n'y avait pas le PEDREGAL, la Jetée de Pierres, mais

un ambrion d'amas de gros cailloux, et les Bains PERSONNEAUX tout de suite apres

les poissons certes il y en avait et même beaucoup, et les boulettes de BROMEDGE

étaient vite avalées .

 

Ma premiere expérience s'était soldée par ...disons une pleine réussite de MORAILLE

et un Fiasco quant à vouloir sortir VIDRIADES, SARGUES, ou autre, les GABOTES

GIRELLES finissaient par me lasser .et mon père n'était mieux loti .

 

Rentrés en fin d'apres midi, j'avais beaucoup insisté pour que ma Mère cuisine ma

pêche, mais c'était lui demander l'impossible, la MORAILLE était si petite .enfin elle

avait été accomodée en soupe et pressée au PRESSOIR à Purée, la Moulinette de

Mr MANTELET, la MOULINEX si vous préférez n'avait pas encore été inventée, ou du

moins elle n'était pas encore connue sous notre lattitude .

 

Depuis ce mémorable jour, je n'ai plus jamais céssé de rêver, à mon PORT, et de m'enhardir, à aller le découvrir .

 

Avec les années, j'ai appris à le connaître, mais il y avait toujours quelque chose de

nouveau .

 

A partir du Quai LAMOUNE que j'empruntais à pieds j'accédais sur la grande Jetée et

presque à son extrémité là ou se situait le premier Phare délimitant l'entrée du port les

Bains du FAROLE, , ils étaient constitués de Chalands immergés de cordes tendues

depuis les quatre coins pour en délimiter l'accés .

 

La guinguette des Bains du FAROLE, avec les premieres CHIPS de ma jeune existance .

 

La JETEE constituée d'énormes Cubes de Béton posés sur un lit de Rochers était un

inexpugnable refuge de MEROUS, MURENES, les SARGUES, VIDRIADES, elles ne

recherchaient que les vers ou les Moules abondants sur les paroies, recouvertes

d'une algue verte que nous appelions Laitues glissantes à souhaît .

 

L'accés à la Grande JETEE se faisait aussi par des passeurs, qui louaient leur service

depuis la plupart des Quais, et tout particulièrement ce lui de la TRANSAT que nous

appelerions plus tard le Quai de l'Horloge .

 

La Bande c'est à dire mes amis, traversions souvent le port depuis le Quai à charbon

à la Nage, en trainant une bouée avec un fond constitué par un couvercle de Baquet

avec nos fringues, nos ALMUERZOS - ( Casse croute ), un quignon de pain, et quelques gouttes d'huile d'Olives .et les FIGUES du Jardin de CANO puisque nous

descendions par le Ravin de La MINA .

 

Le quai LAMOUNE, et son Fort, accueillaient quelques unités légères de la ROYALE

des SOUS MARIN, surtout des AVISOS, des Cols BLEUS partout et pompons Rouges

en prime .

 

La Capitainerie était juste en face avec sa tour, et amarrés ses fameuses Vedettes

toujours Noires, qui allaient au devant des Cargos, avec le PILOTE de Service, qui se

livrait à un périlleux exercice de grimpette par gros temps .

 

Sur cette portion de quai il y avait aussi au Nord la Flottille des Remorqueurs avec la

Célèbre Mouette peinte sur la cheminée, Jo LASRY, entre autres c'était connu

sur la partie Sud il y avait les Clubs Nautiques, le ROWING, Le CVO, l'importante flottille des PALANGRIERS, des plaisançiers qui jouxtait celle des Pros, les LLAMPARAS, prononçez en IBERE, c'est plus authentique les LAMPAROS quoi .avec

leurs Lampes à Acétylène .

 

Posséder un Palangrier était le rêve de tout bon citoyen local, et il n'était pas l'apanage

de ceux qui roulaient en ROSALIE, ou en CHENARD et WALKER, mais bel et bien

des plus humbles qui se saignaient aux quatre veines pour ,le matérialiser

 

Certains Palangriers étaient une possession commune, le COIFFEUR, avec le MECANO de chez CITROEN, le POSTIER mon Tonton PIERRE, avec le MACON etc

la co propriété immobiliere ça devait être pour bien plus tard .le Co propriétaire MECANO  était recommandé même si les GOYOT, BAUDOIN, étaient réputés pour

leurs robustesses .

 

La PESCATERIAS, rien de plus beau  que la palette incomparable de nos poissons

SAMONETES,  GAMBAS, les rouges n'étaient pas prisés, seules les ROSES étaient

vendues, les autres on en faisait cadeaux  RAPHAEL à MICHELET en donnait en prime à ma Mama .

 

A l'automne l'arrivée des Bateaux qui levaient la MADRAGUE de KRISTEL avec BACORETTES, BONITES, THONS, et la vente directe ou l'on était fier de porter

par la queue une belle BONITE que ma mère salerait et presserait entre deux

briques, pour en faire ensuite d'excellentes entrées .

 

Apres la pêcherie la Sableuse , le Ventru bateau qui suçait à longueur d'année face

à KRISTEL le sable dont pas un seul immeuble ORANAIS ne peut se targuer ne pas

en avoir dans ses entrailles .

 

La Gare, oui c'est là qu'elle se tenait avant que ne soit édifiée celle qui nous était si familière du Plateau St MICHEL, maintenant elle ne servait plus qu'aux transits de marchandises, et surtout de l'ALFA en provenance du KREIDER,  KRALFALLA ,SAIDA ,

 

Le Quai SCHIAFFINO, les Entrepôts à toiture de tuiles rouges, ses CARGOS aux

cheminées étroites et hautes qui deversaient inlassablement leurs Frets, portés par

une fourmillière de DOCKERS, les Chalands suppléaient souvent à l'encombrement

des quais .

 

Un DOCKER... il était invariablement recouvert d'un Sac de Jute qu'il portait comme

une Pèlerine en Hiver et sur l'épaule en été, ce sac lui servait aussi à amortir la charge

portée, et de couche au moment de la récupération, ou de la sieste .

 

Nos DOCKERS arrivaient tôt le matin depuis le Village Nègre ils decendaient à pieds

le long de la Rampe VALLES, et l'escalier de bois des PONTS et CHAUSSEES pour

s'inscrire à l'embauche .

 

Le QUAI de la TRANSAT, certainement le plus connu, puisque c'est depuis ce quai

que partaient nos bons Fonctionnaires chaque été, se refaire une Santé à VICHY, non

sans avoir quelques mois plus tôt fait d'interminables Queues Bd GALLIENI pour

réserver leur passage .précisément à la TRANSAT .

 

Les plus beaux, ils me fascinaient, car ils ils étaient imposants, et élégants, l'EL MANSOUR, d'abord, et le VILLE d'ORAN ensuite, cheminées trapues et profilées Bi

Colore, Blan et Noir un Panache de fumée au Départ, à l'arrivée, la CORNE comme

on disait alors la Sirène, les mouchoirs qui s'agittaient pour saluer le départ .

 

Le Halage par les remorqueurs était déja à lui seul un spectacle, dont je ne me lassais

pas, le sillage d'écume, et souvent une escorte de quelques plaisanciers sur Palangriers, voiliers .

 

Le Quai BEAUPUY, avec sa rampe d'accés depuis la route du Port, et l'imposante

batisse du SILO à Grains .qui déversait le Blé Dur dans la soute des Cargos, et

aspirait le Blé Tendre à d'autres moments de l'année cela s'appelait la SOUDURE .

le dur pour le Pates, le Tendre pour notre pain, l'AMASSADO avait ma préférence .

 

Le Quai BEAUPUY était aussi le siege de la plupart des Transitaires, MORY, MARTAL

INGLADA, DUPIN et beaucoup d'autres, ces sociétés tres actives avaient aussi à traiter avec l'OFALAC pour l'exportation des Primeurs sévèrement sélectionnés ( déja )

ah ces Belles THOMSON, ces ARTICHAUTS Violets du SIG  .

 

Le Quai à Charbons son infrastructure métallique les Bennes énormes qui puisaient

dans les entrailles des CHARBONNIERS, ce charbon qui alimenterait l'usine à GAZ

du Ravin de La MINA, et de GAMBETTA . mais qui servait aussi à alimenter les

bateaux qui relachaient avant ou apres un voyage en  ASIE, ou MOYEN ORIENT .

 

Le QUAI Le BORGNE, il m'était sympathique par ce que nous pouvions jouer le Dimanche sur le REFFALLONIQUO......un Stick permettant la mise à sec de chalands

et autres remorqueurs pour réparations Calfatages, Peinture, il s'enfonçait dans l'eau

en pente douce moussue, et graissée, pour nous c'était un TOBOGGAN, tout trouvé

 

Le  REFFALLONICO, était aussi le repaire de grosses DORADES, et SARGUES qui

attendaient que l'on déverse les résidus des grattages de Coques de CHALANDS car

ils étaient assurés de s'empiffrer de VERS, NEREIDES si vous préférez .mais ces

succulents poissons avaient d'un commun accord décidé de ne jamais mordre à un

hameçon ....! même forgé .le désepoir, de les voir narguer l'appat .

 

Le Parc à MOUTONS, attraction saisonniere, des milliers d'OVINS, descendaient la route du Port durant la nuit laissant leurs traces sur les Pavets, ils arrivaient par étapes

succéssives et à Pattes, of course depuis les Hauts Plateaux, faisant ou défaisant suivant les années des fortunes .

 

Les Moutonniers s'amarraient pres du Quai à Charbon, et avalaient leur cargaison

depuis des rampes, un Bêlement, et une odeur envahissaient  la scene .

 

Les Futailles à elles seules  occupaient la quasi totalité de l'avant port, le và et vient de Camions à Bandages Caoutchouc et à Chaines  bruyants déchargés par des rampes

fixées sur l'arrière n'étaient pas sans danger, et nombreux ont été les Dockers victimes

de graves accidents .

 

Depuis le quai, élinguées ces Futailles étaient hissées sur les PINARDIERS, en direction de PORT VENDRES l'odeur de vinasse remplaçait celle des OVINS .mais ce

n'était pas mieux .

 

Les DIMANCHES, pour ceux qui ne pouvaient s'offrir la SOTAC pour aller à BOUISSEVILLE, AIN El TURK, CAP FALCON ou autre il y avait le Port, sur les traditionnels tabourets en Toile Montures en bois en forme d' X nombreux sont ceux

qui venaient se délasser, tremper leurs lignes, et rêver, en voyant partir le Ville d'ORAN ou l'El MANSOUR .

 

Le Port , la découverte, de tout ce qui peut se vendre s'acheter, les Couleurs d'abord

les senteurs, une exposition permanente, chipper quelques oranges en partence du

Blé au Silo pour nourrir la Poule de Mme SACAMUELAS, les Cartettes que nous pêchions avec des salabres de Fil de Fer .

 

L'argent de pôche, d'ados astucieux consistait à racler les quais avec un SALABRE

Epuisette pour les Béotiens, à pêcher les Crevettes, et ensuite à les proposer le

Dimanche dans des Cornets de Papier, devant la pêcherie, aux PESCADORES

du Dimanche .

 

Le Port avait aussi la ressource de nous offrir sur les pentes de la route du Port des

Capres, car il y avait beaucoup de Capriers .

 

Les PETROLIERS, comment ne pas les nommer, ALGERONOPHTE traitait elle les

goudrons qui servaient à l'enrobage des rues routes, le traitement laissait échapper

l'odeur caractéristique qui nous ferait fuir aujourd'hui  je crois que c'est la que DEDE

est venu récupérer quelques bidons pour Calfater sa PASTERA ..

 

Le départ chaque soir vers dix huit heures des Chalutiers, Lamparos, Palagangriers

ne pouvait passer inaperçue, le Boum Boum des Moteurs suffisait à lui seul, et telle

une Armada prête à l'assaut la flotte s'égaillait dans tous les sens pour se perdre à

l'horizon, et se manifester à nouveau au petit matin toujours de la même façon .

 

Septembre, était le moment choisi par les enfants pour pêcher à l'entrée du PORT

la PALOMINE, avec la boule de sable; et la Mie de Pain, pour les Adultes, et une

ligne enroulée autour d'une Boîte de conserve à laquelle on avait fixé un manche

c'était la traque du GOLPHARE ...! poisson LIMON de belle taille, et à la chair tres

estimée, qui faisait certaines incursions .

 

Allez tant pis pour vous si vous n'avez pas connu mon UNIVERS, il est ma richesse

mais j'espère vous l'avoir fait partager avec ces quelques lignes .

 

Je m'en retourne .....par la virtualité .

 

Roger .