Les Techniques du Boulevard


Pour ceux qui en ont perdu le souvenir, et pour d'autres, découvrir l'art et la manière de nouer un contact, c'est-à-dire d'harponner la Fifine convoitée .
La première règle consistait à ne jamais "Chasser seul ", non pas pour être protégé par un quelconque acolyte , non tout simplement pour s'en servir comme chambre d'Echo; explications:

Les demoiselles se promenaient presque toujours, par groupe de trois minimum mais souvent par quatre, et même plus . La composition du groupe était invariablement hétérogène la jolie au milieu et de part et d'autres les autres, plus ou moins tentantes, c'était au goût de chacun .
La position du chasseur avait aussi son importance, la plupart du temps les perrons de Cinéma, mais les meilleurs ceux de la Brasserie de PARIS, c'était le mien, la Brasserie le NORMANDY, face au RIALTO, et pour les YEYES d'alors le CLICHY, d'autres bien sur, chacun avait son préféré, mais changer d'affût n'était pas interdit, bien au contraire .
Les cheveux lissés à la Brillantine ROJA, d'autres avaient une préférence pour la Gomina , rassemblés sur la nuque,- les prisonniers de guerre ITALIENS avaient lancé cette mode qui faisait fureur- , aussi bien mis que possible, et cravaté, cela donnait un air Intello, ( pour se démarquer du milieu ouvrier ) .il suffisait alors d'être vigilant, et de repérer sa BICHE .
Les hardes de BICHES, elles nonchalantes, repéraient aussi mine de rien, le chasseur qui les ferait tomber, mais elles savaient ruser, et même user les meilleurs traqueurs d'alors .

Voila maintenant pourquoi il fallait être deux et pas seul. La BICHETTE repérée parmi ses camarades, il fallait établir le contact, et c'est la que l'amigo intervenait, en s'adressant à haute voix bien sur en faisant allusion à la BICHETTE visée, immanquablement cela provoquait une réaction, non pas de la Bichette mais de l'une de ses assistantes, ( la plus moche souvent ) .
Si la suerté était au rendez vous, un dialogue s'instaurait, le sujet n'avait aucune importance, il fallait seulement être patient, bien étudier sa future victime, la flatter cela allait de soi . Les assistantes elles s'ingéniaient à tout faire capoter, et pour cause, elles aussi auraient aimé se faire ….pardon tirer . et l'amigo dévoué, se chargeait alors de les occuper, toujours par des BROMAS .
Les haltes devant les vitrines étaient fréquentes, et j'ai toujours douté de l'intérêt que pouvaient avoir ces demoiselles, qui étaient la à la recherche de l'âme sœur, et non pour choisir quelques combinaisons, ou bas résille, c'était trop osé; pour ça il valait mieux venir seule , ou à deux maxi .

Le boulevard, héritage ROMAIN puis IBERE, sous les RAMBLAS, avec ABANITOS, et MANTILLES, était une véritable institution, qui avait ses règles et ses usages qu'il fallait bien connaître pour réussir une chasse . On n'était pas gagnant à tous les coups hélas cela aurait été trop beau, mais comme décrit plus haut si la BICHETTE avait fini par succomber, alors le groupe se scindait, la Belle, et son Nemrod devant, l'amigo, et les assistantes derrière, et va que je monte, et que je descends ce sacré Boulevard .
La première fois il n'était pas judicieux de le proposer, la précipitation n'était pas très appréciée, alors on se donnait rendez vous pour le lendemain, à telle heure, tel endroit etc …mais il arrivait aussi que la nuit portant conseil l'un ou l'autre des protagonistes pose un splendide RABBIT .et il valait mieux se faire oublier quelque temps du Boulevard, bref, si tout avait bien fonctionné, l'invitation à déguster quelques Chips, Moules, Escargot, s'imposait .

L'autre technique était de ranger sa Moto le long du trottoir et de la chevaucher d'un air blasé, et de capter l'œil intéressé d'une CONCHITA, en mal de Balade pétaradante; mieux encore, et la personne ne pouvait résister, c'était de faire pour ceux qui en possédait, un magnifique créneau avec la vieille Traction, le bras gauche sur la portière, et l'énorme chevalière à l'annulaire, attention elle était en bronze, poli, à l'extrême, et issue d'un vieil écrou de roue de Camion .
Aller à CANASTEL dans une Traction, la Classe, et que ne dirait elle pas le lendemain à l'embouteillage de la Brasserie ALGERIENNE, ou chez BASTOS, au bas de la Rampe VALLES, chez VIDAL et MANEGAT, et tiens même chez DARMON, vous savez celui qui à inspiré DARTY .

L'amigo avait fini par être largué, n'étant d'aucune utilité, mais il n'était pas exclu de le remettre en situation si l'aventure prenait fin, un amigo restait un amigo jusque ce que à son tour il se fasse Flinguer par INCARNACION, la Bigleuse de la CALERE .
Les duos qui se formaient de cette façon étaient innombrables, et ils avaient aussi pour avantage d'élargir son champ de SEÑORITAS, en mal de compagnie, et il suffisait alors de puiser dans les relations de cette demoiselle; cela ne se faisait pas toujours sans explications, plus ou moins mouvementées .
Une règle qu'il ne fallait en aucune circonstance transgresser sans courir les pires calamités , était de faire, tout et n'importe quoi avec la Señorita, mais en aucun cas l'engrosser, Mme VEIL, et autres créateurs de Pilules n'étaient pas encore d'actualité . Si l'irrémédiable avait été commis, il valait mieux s'empresser d'aller publier les Bans , et passer bon gré mal gré la bague au doigt de Feu la Mademoiselle. en effet, les frères, cousins, amis du Patio et autres savaient mettre la pression comme on dit, et il était quasi impossible d'échapper à la sanction .

Les Beaux LIONS que tout ORANAIS connaît on dû bien se marrer de ces histoires, qui débutaient au Boulevard, et se concrétisaient dans les Pinèdes de CANASTEL, mais comme à ORAN, tout était beau, et qu' il n'y avait pas que CANASTEL, certains préféraient la Côte 509, c'est au MURDJAJO . FALCON entre les Dunes ce n'était pas si mal, et bien d'autres lieux, mais chacun avait ses préférences .
Et vous quel était le votre ….. ?
Roger .