Ste Clotilde


l'Histoire



Vous souvenez vous de ce petit village sur la corniche, aux portes d'Oran, à l'entrée de la baie de Mers el Kébir ?
Je ne doute pas que ce nom vous soit familier, mais en connaissez vous toute l'histoire ?
C'est Maryse SAUREL, fille du bâtonnier Gaston GANDOLPHE et soeur de Gaston Jean Yves Gandolphe, qui nous permet de redécouvrir ce village qu'elle a bien connu puisqu'elle y a passé son enfance, à l'aide de documents historiques et de photos familiales.




L'origine du village de Ste Clotilde

Le village de Ste Clotilde est situé à la sortie d'Oran sur la route de la corniche, en direction de Mers el Kébir. Il fut créé par le vicomte Garbé, qui fut aussi Préfet et Maire d'Oran (voir par ailleurs liste des maires). Le vicomte Charles Théodore Garbé est né en 1814, il est le fils d'un officier d'Empire, et s'est beaucoup intéressé au développement de la région et particulièrement de la baie de Mers El Kébir où il créa un dispensaire pour les indigènes. C'est là d'ailleurs qu'il contracta le typhus, maladie dont il mourût le 7 avril 1868 à l'hopital militaire d'Oran.

Pour en revenir à Ste Clotilde, il avait tout mis en oeuvre pour assurer le développement de ce village. Nous en voulons pour preuve un document officiel: l'acte de vente d'une propriété qui devint ultérieurement la maison de la famille Gandolphe.
Nous apprenons par cet acte, que le vicomte Garbé avait fait promesse de vente verbale à M Viala de Sorbier, sans prix, mais aux conditions expresses de le défricher et d'y édifier un logement d'une chambre, d'un terrain sis à "l'Amphithéatre de Mers el Kébir". Cette promesse de vente était faite "dans le but de hater le peuplement du village de Ste Clotilde, et de faire acquérir de l'importance à ce village" ainsi que cela est expréssément noté dans l'acte de vente.

Le vicomte semblait être propriétaire d'un lot de terrains beaucoup plus important à cet endroit. Le 18 juin 1867, la Société de L'Union Africaine se rend adjudicataire de l'ensemble de l'amphithéatre de Kébir pour une somme de 150.050 F. mais ne respecte pas les clauses de l'adjudication, ce qui provoque une vente aux enchères de l'ensemble du lot le 14 Juin 1869 pour le prix de 50.100 F à M. Huet du Rotoy qui agit en qualité de mandataire pour les consorts DUBOIS:
- Madame Pauline Ernestine GUERARD de ROUILLY comtesse DUBOIS, demeurant au château de Vitry sur Seine, canton de Villejuif, veuve de Monsieur Eugène Joseph Napoléon Louis, comte DUBOIS, conseiller d'Etat,
- Monsieur Ludovic Paul Eugène comte DUBOIS, maître des requêtes au Conseil d'Etat, demeurant également au chateau de Vitry
- Madame Blanche Antoinette Rosalie Caroline DUBOIS, épouse de Monsieur Edmond Charles Jacques de FADATE de SAINT GEORGE, demeurant au château de la Brêche, commune de Parçay-sur-Vienne
Il est fort probable que ces nobles personnes n'ont jamais débarqué sur la terre d'Afrique, mais y ont effectué des placements financiers. C'est peut-être à partir d'images comme celle ci que les métropolitains se sont fait des Pieds noirs une fausse image d'exploiteurs et de profiteurs, qui malheureusement fait encore du mal aujourd'hui.
Notons qu'il est fait obligation aux adjudicataires de respecter les ventes faites par le vicomte Garbé et de réaliser celles promises dans le cadre de la création du village de Ste Clotilde.

Entre temps, comme nous l'avons vu plus haut, le vicomte Garbé est décédé et le 2 Mars 1870, Monsieur Huet du Rotoy doit reconnaître que les conditions de la vente à M. Viala de Sorbier sont remplies Il est donc procédé à une vente de la parcelle rectangulaire promise par le vicomte et sur laquelle est figuré le chalet d'habitation comportant une chambre.
La vente est faite sans prix, mais pour permettre de déterminer les droits d'enregitrement les deux parties d'un commun accord, estiment à 300 F les dépenses faites par M. Viala pour les aménagements du terrain.

Par le même acte de vente, les consorts DUBOIS cèdent deux autres parcelles contigues; le lot total d'un seul tenant sera enregistré pour une surface de 2630 m2 et la vente est faite pour le prix de 465 F payés comptant en "bonne monnaie".
Plan annexé à l'acte de vente
cliquer dessus pour l'agrandir.
C'est cette propriété que le bâtonnier GANDOLPHE acheta en 1922 pour y faire construire jardins et villa où la famille grandit...

L'origine du nom de Ste Clotilde

Toutes les anecdotes écrites à ce sujet auraient pu faire croire que le village avait été baptisé ainsi sur le souhait du vicomte, car c'était le prénom de la fille de la gouvernante, laquelle avait été désignée comme légataire universelle. De là à penser que...
Mais une étude faite par M. DEBRIL révèle que la fille de la gouvernante est née 4 ans après le décès du vicomte ! (selon copie de l'acte de naissance obtenu aux archives de la ville d'Oran en 1993 !) Il faut plutôt penser que c'est par reconnaissance à l'héritage que le prénom de Clotilde a été donné au nouveau né.

En fait Ste Clotilde a été créé à côté du hameau de St Jérôme, du nom du prince Napoléon, ministre de l'Algérie et des colonies dont le vicomte avait sollicité l'appui. (Source Robert TINTHOIN : "Mers el Kébir")
Par aileurs M. DEBRIL précise que le prince Napoléon Jérôme avait épousé Clotilde, fille d'Emmanuel II d'Italie. On peut donc en conclure avec une quasi certitude que c'est par gratitude envers le prince, pour le remercier de son appui que le vicomte a baptisé son village Ste Clotilde.


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