Ste Clotilde



La grotte de l'Aïdour



Le conte du "Génie de l'Aïdour":

Résumé du document trouvé à Tlemven et traduit de l'arabe par M. Henry de Sarrauton.

Le Bey Mohamed-el-Kébir raconte aux guerriers formant sa cour qu'en se promenant un soir avec son eunuque El Barka sur les terrasses dominant les jardins du Bordj-el-Kébir, il aperçut, à l'angle du bastion qui surplombe l'oued Raz-el-Aïn un homme au fond d'une caverne creusée dans le ravin.
Le Bey s'étant fait amener l'inconnu sût bientôt qu'il s'agissait d'un juif qui, armé d'une pioche et à la lueur d'une lanterne fouillait et déblayait le fond de la caverne.
Après les menaces classiques à l'époque, le malheureux raconta que son père qui vivait du temps de la domination espagnole l'avait rendu maître d'un secret que possèdent les rois d'Espagne et qui était confié au seul gouverneur d'Oran. Il existe, dit-il, dans un souterrain qui passe sous le ravin Raz-el-Aïn une statue enchantée représentant le prophète Aïssa enfant, porté dans les bras de sa mère Meriem. Il suffit de prononcer certaines paroles magiques devant la statue pour obtenir tout pouvoir sur le Génie d'Oran et l'obliger à livrer les trésors entassés dans les immenses cavernes qu'il habite sous la montagne de l'Aïdour (SantaCruz actuellement). Les paroles à prononcer sont inscrites en langue latine sur le piedestal de la statue, ajouta-t-il.
Ce récit avait vivement intéressé la noble assemblée, mais tout particulièrement le célèbre cavalier Abdallah ben Mansour. Celui-ci fit part au Bey de son désir de visiter les souterrains qui relient entre eux les cinq forts, qui défendent Oran et il ajouta en riant que s'il rencontrait le Génie de l'Aïdour il l'amènerait de gré ou de force à la Cour et remettrait entre les mains de Son Altesse tous les trésors entassés dans la retraite mystérieuse.

Le lendemain, Abdallah ben Mansour , un fanal à la main, entra dans le souterrain par la porte du Bordj-el-Nadour, laissant des sentinelles à l'entrée afin que personne ne pût le suivre.

S'enfonçant dans un long couloir dont la direction était celle de l'Ouest, Abdallah fut bientôt en face d'une statue en marbre blanc, mais aucune inscription magique ne se trouvait sur le piedestal. Le courageux guerrier prononça alors toutes les invocations qui lui vinrent à l'esprit, proféra des syllabes quelconques, lorsque tout à coup, comme il venait d'articuler deux mots, assemblés au hasard, une détonation violente éclata, une forte secousse ébranla le sol, la statue disparut et il ne vit plus qu'un étroit couloir qui pénétrait dans la montagne.

Abdallah conserva toute son énergie et ayant prononcé les paroles " Bismillah " il s'enfonça dans le souterrain. Après une longue marche il se trouva dans une immense caverne remplie d'un fluide lumneux, communiquant à tous les objets une lumière douce et bleuâtre. Au fond, assis à la manière orientale, il aperçut un Génie d'une taille gigantesque.

Abdallah ben Mansour saisi de crainte et de respect se prosterna devant le Génie ; celui-ci fit glisser à sa main gauche par une main invisible, un anneau d'or à l'un de ses doigts et l'avisa que désormais il possédait le pouvoir de se placer, par un seul acte de sa volonté au rang et dans la situation qu'il lui plaisait de choisir. Toutefois, fit remarquer le Génie " un seul souhait t'est permis ; aussitôt que tu l'auras formulé et que tu auras choisi la vie que tu veux vivre, l'anneau s'échappera de ta main et tu ne devras plus compter que sur tes propres forces pour te soutenir et te diriger. "

Abdallah était bien ennuyé pour faire un choix raisonnable. Il fut aidé par le Génie qui l'endormit et le réveilla à cinq reprises.
A peine endormi, Abdallah était réveillé bientôt pour voir se dérouIcr sous ses yeux des tableaux suscités par les enchantements du Génie de l'Aïdour. C'est ainsi qu'au cours de ce sommeil magique cinq tableaux lui furent présentés ; mais que choisir?

Ou bien l'indépendance sauvage de l'enfant du désert,
Ou bien le pouvoir illimité du sultan,
Ou bien la vie molle et voluptueuse d'un riche habitant de Stamboul, de Bagdad ou de Damas,
Ou la vie studieuse du savant,
Ou, enfin, la vie modeste et le bonheur calme que lui promettait Yamina, la fille d'un voisin.

Ici se termina le manuscrit arabe, écrit le traducteur, la suite est perdue et chacun des lecteurs fera telle supposition qu'il lui plaira touchant la conclusion disparue de ce récit extraordinaire.

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