Le TURRONERO .

 

 

 

 

Ne cherchez pas ce mot ne figure nulle part  je crois sur les Dicos du commerce,

mais à ORAN, là ou nous avons vécu, ou tout ou presque était possible n’importe qui aurait deviné qu’il s’agissait du marchand de TURRON .

 

Le TURRONERO, n’était pas VALENCIEN, et pas davantage de JIJONE, et pourtant

né en 1906, comme c’est déjà loin, dans le petit port de la côte CANTABRIQUE, qui

deviendrait  bien plus tard une réputée Station Balnéaire  LAREDO, et il s’y était mis .

 

Le  TURRONERO, n’était pas seul, cela n’aurait pu se concevoir, il avait épousé CARMEN sa cadette d’à peine trois ans , et bien entendu elle aussi avait vu pour la première fois de sa vie le ciel azuré  à  LAREDO .

 

La MER,  conduit souvent aux métiers de marins, sous des formes diverses, mais c’est  en accomplissant son service militaire dans la marine ROYALE d’ESPAGNE et au service de son ALTESSE  à l’assister dans ses déplacements alors que ce dernier était affligé de graves problèmes de santé  que le futur TURRONERO prit femme

en épousant CARMEN en 1929 .

 

Quand on se marie c’est pour créer une famille, et ce fut le cas, avec l’arrivée fracassante, de  CARMEN, mais sa Mama l’appelait CARMINAAA, oui prolongez

le A et le ton est donné .

 

CARMINA, ne resta pas seule bien longtemps, d’abord elle accueillit JOSE son frère mais plus communément appelé PEPINE, puis FRANCOIS, dit PACO .

 

La côte CANTABRIQUE  n’offrant plus d’attraits pour le futur TURRONERO, ce fut le départ vers ALICANTE, les travaux d’un modeste lopin de terre, la rentabilité insuffisante eurent raison de sa volonté .

 

Comme toute expédition, en terrain inconnu, ce fut CARMEN la Mama bien sur qui vint en reconnaissance sur un continent pas très éloigné, juste en face que l’on disait être un nouvel ELDORADO, et de plus à portée d’avirons, non pardon d’un modeste Raffiot .

 

CARMEN fut immédiatement embauchée, grâce à l’introduction d’une tante déjà en place dans notre First Clinique Gynécologique  j’ai nommé celle du Dr LARRIBERE

Certes CARMEN, n’était pas l’assistance au Bloc Opératoire de l’éminent accoucheur, non CARMEN était femme de Service  et rien de plus .

 

Restée durant un an, à  peser le pour et le contre, CARMEN s’en retourna à ALICANTE revoir son futur TURRONERO, embrasser ses enfants, apporter quelques DOUROS,  comme on disait alors, chichement épargnés, et …concevoir SUSANA, c’est SUZANNE, of course, mais la aussi, dites le <  avé l’accent  > .

 

Le conseil de famille après toujours le pour et le contre, la décision irréversible fut prise,  celle de quitter, et pour toujours sans doute cette terre d’IBERIE .

 

ORAN, il suffisait de croire, et en la vierge surtout pour que tout labeur aussi pénible soit il devienne une véritable partie de plaisir, et celui du futur TURRONERO fut celui de s’échiner dans des petits boulots,  entres autres, la vente à domicile ,d’eau de JAVEL, de JABON, savon  Coño,  dans les traditionnels Caricos, non pas ceux que nous fabriquions, avec les roulements de chez CITRON .

 

Le futur TURRONERO, probablement sous l’influence de FATALITAS, se mit à vendre des HELADOS, d’abord avec sa sorbetière sur le dos, qu’il prenait bien soin d’astiquer, afin qu’elle produise le meilleur effet, ses CORTES, de Vanille, Chocolaté

Pistache etc ….qu’il savait si bien présenter entre deux gaufres  faisaient nos délices

mais  ce n’était pas encore lui qui les faisait .

 

Même sous la protection divine que tout le monde se faisait un devoir d’honorer, même pieds nus au moins une fois l’an pour l’ascension, rien n’était encore acquis pour le futur TURRONERO, et il se retrouva gardien de nuit chez GALIANA .

 

GALIANA n’était pas un HELADERO, et encore moins un TURRONERO, rien de ça mais un estimable négociant en Vins et Spiritueux, bref …. Il vendait du PHENIX

du GALIANA , de la FLOR d’ANIS, et quelques autres , de l’Anisette  qui rafraîchissait,  qui faisait oublier bien des soucis,  et qui accompagnait si bien les Mersas, les Brochettes, et autres petites chose du comptoir .

 

Mr EVIN n’aurait pas apprécié la fréquentation  de Mr GALIANA et  réciproquement  mais autres temps autres lieux, autres mœurs ainsi va la vie .

 

Ah  les trente cinq heures, qu’en aurait il fait, de son  RTT < Récup temps travail > de

Mme AUBRY,  estimable femme politique au demeurant,  le futur TURRONERO .

 

Alors qu’il achevait sa nuit à préserver les biens de Mr GALIANA dans le métier déjà cité le futur TURRONERO allait apprendre le métier de Confiseur, Glacier, Pâtissier chez son Bof à DELMONTE ,  voila son profil commençait à se dessiner .

 

CARMEN, qui ne ressemblait en rien aux accortes SEVILLANNES  avait un teint d’ALBATRE,  un visage plutôt SLAVE, une éternelle tresse de cheveux noirs, le front surmonté d’un petit bandeau amidonné blanc comme portaient alors le personnel soignant .

 

CARMEN se tenait droite comme un < I  > et imperturbablement  allait et venait de la Clinique à son domicile,  à oui elle habitait au 21 et moi au 25 du mémorable Bd des CHASSEURS sans s’attarder, sans tchatcher,  elle était même altière, et en imposait.

il suffisait qu’elle appelle son aînée pour découvrir qu’elle savait aussi parler .

 

CARMINAAAA, résonne encore dans mes oreilles, c’est je crois le peu de choses que j’ai entendu de cette brave femme et le souvenir  à oui de sa blouse rayée, et son tablier BLANCO , c’était la tenue de rigueur chez LARRIBERE , la classe  .

 

N’accouchait pas qui voulait dans cet établissement, les Sages Femmes faisaient FLORES, et c’était à domicile qu’elles pratiquaient, non sans avoir demandé à l’ABUELITA, et au GASPARD de la maison de faire Bouillir l’eau  traditionnelle .

 

Le futur TURRONERO, s’était installé à son compte, il était devenu PATRON, dites

PATROOONE . au 23 dudit boulevard, sa nichée au 21 donc dans le Patio de notre mascotte l’épicier Mathieu GARCIA, qui n’a pas connu le père Mathieu, n’a rien compris aux choses de la vidad .. .tout un art … !

 

Le futur TURRONERO, avait quitté sa condition ouvrière, pour celle d’entrepreneur et même sans CAP, et encore moins sans passer par HEC, etc …il prospérait, il investissait, il avait ouvert un Kiosque sous les 3° arcades juste devant la Mercerie de Papa COHEN, salut GEORGES, le benjamin et mon ami au passage .

 

Le TURRONERO, s’était même aventuré et avait réussi chez les JUIFS …..rue d’AUSTERLITZ, rien que ça  il fallait le faire il l’avait fait . du reste les TURRONES n’ont pas de religion , c’est archi connu, c’était l’aînée la super turbulente CARMINA qui officiait  .

 

Les veilles de fêtes à la lueur des lampes à carbure, rue d’AUSTERLITZ, ou aux ARCADES, le JIJONE, les Péladillas, Bonbons à l’Anis, les TURRONES aux Fruits Confits, le Négro celui d’amandes grillées, nous adorions , et TURRONERO faisait

ronfler ses machines jours et nuits .

 

PEPINE, et PACO, ne pouvaient faire autrement que de suivre l’exemple du Padré, et après avoir à leur tour assimilé les Techniques, de fabrication de ces bonnes choses il  devint nécessaire  de se déployer .

 

GAMBETTA, fut donc choisi pour l’installation d’une usine de production, achat d’un  immeuble, installation de machines, dernier cri de l’époque, et ….succès à la clé

le TURRONERO et ses fils devinrent Grossistes en Confiseries , Pâtisseries .

 

Une famille ça se construit aussi dans l’amour, et  CARMEN, donna naissance à ANNA qui naquit, mais je ne sais pas si ça à été chez LARRIBERE, en 44 .

 

SUSAAANA elle, n’avait plus à aller vendre au KIOSQUE, des arcades ou rue d’AUSTERLITZ, après l école; du reste elle aussi à son tour prit époux en 56, et peu de temps après, elle se retrouva  à LYON .

 

L’Entrepreneur CONFISEUR, resté à tenter de sauver ce qui pouvait l’être, fut comme c’était à prévoir mis dans l’obligation de brader, que dis je, d'offrir ce qu’il avait si péniblement construit .

 

Rentré, ouille…..dans sa patrie d’adoption la France, à LYON près de chez sa fille

SUZAAANA, il n’eut plus la flamme créatrice, et se résigna à être ouvrier d’usine non plus à faire du TURRONE, non mais des produits chimiques .

 

CARMEN entourée des siens à quitté à jamais notre bonne terre de France, en 99, et

JOSEPH,  en 2000 .

 

Depuis notre conciergerie, JOJO mon frère, et moi avons partagé nos jeux, nos flirts

avec les PEREZ ou plutôt avec CARMINAAA,  peu fréquentable,  indomptable  mais jolie  fille avec ses cheveux bruns tombant en cascades sur ses épaules .

 

SUZAANAAA, beaucoup plus jeune s’était quant à elle parfaitement  coulée dans le moule  des espiègleries qui régissait le Bd des CHASSEURS, de la rue MONTAUBAN, du RAVIN de la MINA . elle avait fréquenté comme ses frères et sœurs les Ecoles de la République FRANCAISE

 

SUZAAANA, découverte maintenant depuis quelques années se partage entre LYON et la Côte LANGUEDOCIENNE; elle me fait la joie de partager des souvenirs, dont celui que j’écris en souvenir de ses parents   .

 

Nous formions à notre façon une grande famille, et les PEREZ, y avaient toute leur place  n’étaient ils pas devenus des PN .

 

Merci SUZAANAAA,  je t’embrasse, mes meilleurs souvenirs aux tiens ,  le TURRONE  de Joseph PEREZ est encore dans mon palais .

 

 

Roger .