L'histoire de la ferme du Bocquiau revêt un intérêt historique car c'est elle qui procurait les revenus nécessaires au fonctionnement de l'hôpital d'Haubourdin lors de sa fondation en 1466
La première mention connue de la ferme du Bocquiau date de l359. Elle figure dans un acte entre l'Abbaye et Pierre Bosquet, fils de Mahieu Bosquet, écuyer, demeurant à Haubourdin et concerne le bornage de ce fief qui touche "aux près des Riskailles à la terre Huon Bosquet".
On la trouve ensuite mentionnée dans un parchemin du 24 avril 1466 qui est l'acte par lequel messire Jean de Luxembourg, bâtard de Saint-Pol, seigneur d'Haubourdin et d'Ailly sur Noye, chevalier, et dame Jacqueline de la Trémouille, son épouse, fondent un hôpital dans la ville d'Haubourdin, "au rieu qu'on dist de la Croix".
La dépense totale de fonctionnement se monte à environ 160 livres. Pour y satisfaire, le Comte et la Comtesse de Saint-Pol donnent aux administrateurs de l'Hôpital le lieu, fief et terre dit des Bosqués, situé à Haubourdin, valant "huict vingtz" (160) livres de 20 gros la livre qu'ils ont acquis du seigneur d'Emmerin. Il se compose d' "ungt lieu manoir amassé de maison mannable" , porte, grange, marescauchies, coullombier, caves et autres édifices, avec le jardin dit de Bauvin, tenu de Messieurs les abbés du couvent de Loz (Loos).
Cette dotation est confirmée en 1466 par une lettre sur parchemin du Bailli de la seigneurerie d'haubourdin en vertu de laquelle Simon de Luxembourg, prévost de Saint-Omer, est adhérité de la seigneurerie d'Emmerin tenue d'Haubourdin, dont une partie, "la ferme du Bosquiel fut esclissée par Jean de Luxembourg pour être, avec certaines rentes, appliquée en son hospital qu'il a fondé et fait au dit Haubourdin".
En 1622 a lieu une adjudication des arbres croissant sur les propriétés de l'hôpital.
Au milieu du XVIIème siècle, les guerres font rage dans notre pays et la ferme du Bocquiau n'est pas épargnée.
En 1655, Pierre Cordonnier adresse une requête au vicomte d'Haubourdin et Emmerin, seigneur de la Hovarderie, tendant à être libéré des années de fermage 1654 et 1655, de la cense de l'hôpital qu'il remet entre les mains dudit seigneur pour les rebailler à qui il voudra, ne pouvant plus continuer à payer son prix de bail "à cause des grandes pertes qu'il a subies par suite du passage des armées, et de l'obligation où il se seroit trouvé de se retirer l'espace d'une demie année à l'abbaye de Loos, par suite de l'arrivée de l'armée de Lorraine au mois de mai 1654, qui se seroit venue placer à Haubourdin et aux villages vloisins, lesquels causèrent une ruine totale par la manger et la fourdroiure du piètinement de leurs chevaux par toutes les advestures".
Les malheurs de notre homme ne sont pas terminés car le 9 décembre 1656 Pierre Cordonnier, censier de la ferme de l'hôpital d'Haubourdin, adresse une nouvelle requête aux bailli et hommes de fief de la vicomté d'Haubourdin afin d'obtenir une modération de son prix de bail de la dite cense à cause des pertes qu'il a subies "pour avoir esté expulsé de sa maison à cause des coureurs et pillarts, tant de l'armée d'Espagne que de France lesquels ont causé la retraicte et refuge de sa maison depuis le 17 août au 20 septembre et a esté constrainct de soy retirer dans l'abbaye de Loos y consommant et pâtissant des grands intérêts, pour et à cause des entretiens de sa personne et famille, domestiques et bestiaux, même auroit esté constraint d'acheter des herbes pour l'entretien de ses bestiaux à cause de la longue retraicte ; que le dit Cordonnier auroit esté constrainct de prendre sauvegarde pour diverses passages et repassages à Haubourdin afin de conserver le peu de grains qui lui estoient restés".
Une attestation signée par plusieurs personnes le 24 novembre 1656 affirme les grandes pertes que ledit Pierre Cordonnier a souffertes par le passage et epassage des armées ennemies. Une apostille en marge signée par les dits bailli et hommes de fief accorde une modération de la moitié du prix du bail de la dite cense pour l'année 1656.
Il semble que la ferme avait subi quelques dégats car en 1666, une ordonnance des bailli et hommes de fief d'Haubourdin accorde 72 livres, 10 sols à Michel de France, charpentier, pour travaux à la ferme du Bocqueau, "suivant état par lui fourni".
Dans son livre sur Haubourdin, Augustin Laleine signale, en date du 1er septembre 1696, un incendie qui détruisit les bâtiments et dans lequel périrent deux enfants. La date est à vérifier car en 1703, Antoine Cordonnier, fermier de la Cense du Bocqueau, dépose une requête tendant à obtenir une modération de loyer à cause de l'incendie qui a détruit sa ferme en 1698. Un grand nombre de factures de réparations faites à la ferme apparaissent dans le comptes de l'hôpital au début des années 1700.
En 1711, une requête d'Adrien Cordonnier, censier de la ferme du Bocqueau, appartenant à l'hôpital d'Haubourdin, est adressée aux bailli et hommes de fiefs d'Haubourdin tendant à obtenir décharge de son prix de bail pour les années 1708, 1709, 1710, moyennant une somme une fois payée de 350 florins, à cause des grandes pertes et dommages qu'il a subis par suite du séjour des troupes alliées dans Hauboudin et villages voisins lors du siège de Lille. A cette requête est jointe une attestation de plusiurs personnes sur les dégats subis par le dit Adrien Cordonnier.
En 1752, un rapport fait état du dénombrement fait par les administrateurs des biens de l'hôpital aux abbés et religieux de l'abbaye de Loos, de 3 cents de terre, tenant "de l'issue de la cense du Bocquiaux, à usage de jardin, nommé le jardin Bauvin, qui doit une obole de rente seigneuriale, et de vingt-deux petites verges de terre, baillée en arrentement perpétuel à l'hôpital, le 14 juin 1653 et appliquée à l'issue de la cense des Bocqueaux, lesquelles 22 verges ont été tirées du quart à la cense de Marie Willemet, et doit chaque année un chapon en plumes".
Dans les archives d'Haubourdin, nous trouvons, daté de 1788, un procés-verbal au sujet d'un inconnu trouvé mort dans l'écurie des veaux de la ferme du Bocqueau.
En 1839, M. le Préfet écrit plusieurs lettres relatives à la location de la ferme du Bocqueau.
En 1842 est rédigé un cahier des charges à imposer à l'adjudicataire de la ferme du Bocqueau et des terres qui en dépendent, situées à Haubourdin et appartenant à l'hospice de la commune.
En 1847, le Préfet du Nord écrit au maire de la ville d'Haubourdin pour lui proposer de vendre la ferme du Bocqueau pour y construire un asile d'aliénées
Le 5 mars 1847, communication est faite au conseil municipal de la proposition de vente de la ferme de Bocquiau, avec 7 hectares, 84 ares, 80 centiares de terres situées entre la chaussée et la Deûle pour la somme de 85000 francs, au profit de l'asile d'aliénées de Lille.
La ville d'haubourdin semble intéressée par cette proposition car elle donne un avis favorable à la vente et offre même dans une de ses délibérations de 1847 d'intervenir pour une somme de 6000 francs dans les frais d'établissement projeté d'un hospice de femmes aliénées à Haubourdin.
En 1848, M. Labbe, arpenteur, demande par lettre que l'administration de l'hospice d'Haubourdin désigne un arpenteur pour assister au bornage des propriétés aboutissant à la voie de chariot conduisant à la ferme du Bocqueau. Un autre document relate la difficulté qui a surgi au sujet de la demande d'honoraires par MM. Labbe et Fiévet-Barré, experts commis pour la levée des plans de la ferme du Bocqueau et autres appartenant à l'hospice d'Haubourdin.
L'asile de femmes aliènées sera finalement construit à Bailleul.
Dans un livre sur Haubourdin édité en 1860, l'historien Tierce nous signale que la ferme était exploitée à cette époque par Auguste Potié (le père du Sénateur-Maire d'Haubourdin). En 1890, Spriet l'appelle la cense Potié dans son ouvrage sur le canton d'Haubourdin.