Le 2 avril suivant, le corps municipal se réunit extraordinairement en vertu de l'autorisation de M. le préfet.
l'assemblée est composée de dix-sept membres ; M. le maire la préside et lui communique :
1° Copie de la délibération prise en janvier dernier par le conseil de fabrique de l'église d'Haubourdin, de laquelle il résulte, d'une part, que M. le curé-doyen est prié de mettre le comité de souscription qui est occupé déja des moyens nécessaires pour parvenir à l'agrandissement de l'église, en demeure de faire connaître le résultat de ses démarches et la nature du concours qu'il se propose de donner à l'oeuvre dont il s'agit ; d'autre part, que le conseil municipal soit appelé à se prononcer sur la question ;
2° Une lettre du 12 février 1853, adressée à M. le curé-doyen par le comité de souscription et signée par l'un de ses membres.
Après avoir rappelé avec les détails les phases de cette affaire, M. le maire dit qu'il importe de chercher sur le terrain de la conciliation les moyens les plus sûrs pour tenter la réalisation de l'oeuvre. En conséquence, il propose au conseil de prendre la résolution suivante :
"Il sera nommé une commission chargée de rechercher les moyens de construire une église neuve, sur la Place, en rapport avec les besoins de la population.
Cette commission sera composée de M. le doyen, du maire, des membres du conseil de fabrique, de cinq conseillers municipaux et de trois notables."
Une discussion s'engage, dans laquelle prennent part notamment : MM. Derbigny, d'Hespel, Liénart, Tierce et Jean-Baptiste Cordonnier, puis la proposition précitée est soumise au scrutin secret, lequel produit le résultat suivant :
Pour, 12 voix ; contre, 4, et un bulletin blanc.
On procède ensuite à la nomination :
1° Des cinq membres du conseil municipal ; le scrutin donne la majorité à MM. d'Hespel, Liénart, Tierce, Crêpy et Jean-Baptiste Cordonnier ;
2° Des trois notables qui seront adjoints à la commission ; le conseil choisit MM. Cuvelier, Fichaux et Ad. Bonzel.
En conséquence, la commission sera composée, savoir :
- Dans le conseil de la commune, de MM. Menche, maire, président ; d'Hespel, Liénart, Tierce, Crépy et Cordonnier ;
- Dans le conseil de fabrique, de MM. Duhamel, président de ce conseil ; Dhalluin, curé ; derbigny, Leroy, Lamblin et Béghin ;
- Des notables, MM. Cuvelier, Fichaux et Bonzel ;
Soit un total de 15 membres.
Cette commission se réunira prochainement pour s'occuper de l'objet de sa constitution.
Les études durèrent deux ans et demi.
Dans la session d'août 1855, le conseil municipal reçut, en effet, communication des travaux de la commission, et prit en même temps une résolution sur cette importante affaire.
Voici le procès-verbal de cette réunion :
Le maire rappelle au conseil que, par délibération en date du 2 avril 1853, il a nommé une commission chargée d'étudier les moyens de construire une église neuve sur la place ; que cette commission ayant rempli sa mission, elle a chargé M. le comte d'Hespel d'en faire connaître le résultat.
M. d'Hespel a la parole et donne lecture du rapport qui suit :
" Messieurs,
L'église d'Haubourdin est devenue insuffisante pour une population qui a presque doublée de puis quelques années ; c'est là un fait évident et qui n'est contesté par personne ; mais s'il y a unanimité pour constater cet état de choses et pour s'en plaindre, on est loin d'être d'accord sur les moyens d'y porter remède.
Les uns auraient voulu conserver l'église actuelle et l'agrandir ; suivant eux, c'est de ce coté que doit se produire l'accroissement de la commune, en prévision duquel on veut élever un temple plus vaste, ety déja les deux tiers des constructions nouvelles ont été baties dans les rues qui l'avoisinent. Si l'on envisage la question du coté moral, c'est à l'église qui subsiste depuis plusieurs siècles que se rattachent toutes les traditions du passé ; c'est à son ombre que se reposent les personnes dont la mémoire nous est chère ; c'est dans son sein que se sont accomplis les évènements les plus considérables de son existence, ceux qui laissent dans nos coeurs les plus précieux et les plus durables souvenirs. D'autres, au contraire, sont d'avis qu'il faut une église entièrement nouvelle, sur un terrain nouveau. Ils disent que l'édifice actuel est éloigné du centre communal ; que la population qui l'environne, vouée toute entière au travail, ne peut fréquenter l'église qu'une fois par semaine, tandis que les classes qui ont plus de loisir et qui trouveraient un aliment à leur piété dans les exercices quotidiens, en sont privés par la distance.
Il est indispensable, suivant eux, d'élever le nouveau temple sur la grand'route. S'il est difficile de reconnaître exactement le point central dans une commune dont l' agglomération affecte une forme longitudinale, il est évident que c'est sur cette ligne seulement qu'on peut espérer le trouver.
Nous avons cru, Messieurs, qu'il n'était pas utile de vous rappeler, même sommairement, les points qui ont été discutés devant vous ; c'est après les avoir débattus, que dans votre séance du 2 avril 1853, vous avez nommé une commission chargée de rechercher les moyens de construire sur la place une église neuve, en rapport avec les besoins de la population.
Si nous avons tant tardé, Messieurs, à vous rendrecompte de la mission qui nous était confiée, c'est que nous nous sommes trouvés depuis longtemps en présence de deux difficultés que nous pouvions craindre de voir rester également insurmontables: le manque d'argent et le défaut d'un terrain propre à recevoir les constructions.
En effet, la dépense d'une église destinée à une population de 6000 âmes, quoique bâtie avec toute l'économie possible, ne peut être évaluée à moins de 80 000 francs, et l'on ne saurait porter une somme inférieure à 30 000 francs pour l'acquisition d'un terrain convenable.
Et nous n'avions pour couvrir cette somme de cent dix mille francs, chiffre peut-être inférieur à la réalité, que la somme de 45 400 francs de souscriptions recueillies par M. le doyen, aidé de l'administration municipale.
Il semblait difficile de faire de bien sérieuses démarches pour acheter un terrain, alors qu'il était évident que cette acquisition aurait laissé à peine quelques milliers de francs disponibles pour l'exécution de l'oeuvre projetée. Cependant, M. le maire a fait étudier avec soin ceux des terrains qui, dans la situation indiquée par le conseil municipal, pouvaient paraître avoir l'étendue nécessaire au monument qu'il s'agit d'ériger.
Le cabaret de la Maison blanche, en y ajoutant deux autres maisons, présenterait la superficie strictement nécessaire. M. Cordonnier a été invité à faire connaître ses prétentions ; elles s'élèvent à 24 000 francs, auquels il aurait fallu ajouter 8 000 francs pour les deux autres maisons.
Mais depuis lors cette propriété a changé de main et il est plus que douteux que le nouveau propriétaire consentît aujourd'hui à céder volontairement son acquisiton.
Certains terrains sur lesquels on aurait pu jeter les yeux sont déja envahis par l'industrie ; pour d'autres, le conseil municipal aura à examiner avec attention s'il n'y a pas d'inconvénients à placer un édifice religieux dans une situation rapprochée des machines, ou exposé au danger d'incendie qui résulte quelquefois de leur proximité.
Ce qui précède suffit, Messieurs, pour vous prouver que le choix d'un terrain est resté un grand embarras. Nous n'oserions vous faire aucune proposition à cet égard, et nous sommes forcés d'en laisser l'initiative au conseil municipal ; mais, si cette question est peu avancée, nous avons au moins la satisfaction de pouvoir vous dire que la question d'argent a fait un grand pas et vous savez combien l'aplanissement des difficultés financières contribue puissamment à la solution de toutes autres.
Nous avons l'honneur de vous dire que les souscriptions recueillies s'élevaient à un total de 45 000 francs. Quelques personnes honorables et dont la solvabilité ne peut être mise en doute ont signé l'engagement d'ajouter à cette somme 35 000 francs, soit le complément des 80 000 francs jugés nécessaires à la construction d'une église neuve.
Cette pièce est déposée sur le bureau ; vous jugerez, sans doute, qu'elle a besoin d'être régularisée, et vous prierez M. le maire de s'entendre à cet égard avec les signataires. Il faut que les personnes qui s'engagent sachent au juste jusqu'à quel point peut s'étendre leur responsabilité ; il est aussi important pour elles que pour la commune qu'aucune discussion ne puisse s'élever dans l'avenir.
L'on ne peut espérer, avons-nous dit, que 80 000 francs suffiront à la construction du monument ; reste à pourvoir aux frais d'acquisition de terrain, évalués à 30 000 francs.
Nous croyons que le conseil municipal pourrait appliquer un vote de 10 000 francs à cette dépense. Le conseil général est dans l'usage d'accorder un secours de 3 000 francs, et l'on solliciterait, non sans espoir de succès, une allocation de 12 000 francs sur les fonds du ministère des cultes. Ces diverses ressources présentant un total de 25 000 francs, il n'y aurait plus à pourvoir qu'à un défaut de 5 000 francs, qui serait facilement couvert par la démolition de l'église.
Car, c'est ici le lieu de le dire, ce serait évidemment se faire illusion de le croire, comme quelques personnes, à la possibilité de la conservation de l'antique sanctuaire. Haubourdin est et sera assez longtemps encore impuissant pour entretenir deux églises ; pour les pourvoir du mobilier indispensable ; pour indemniser les ministres nécessaires à la célébration d'un double culte, en un mot, pour avoir deux paroisses. L'érection d'un monument nouveau condamne, sans rémission, l'ancien à périr.
Pour nous résumer, la commission dont je suis l'organe a l'honneur de proposer au conseil municipal :
1° De déterminer d'une manière précise le terrain destiné à recevoir de nouvelles constructions ;
2° Le choix fait, d'inviter M. le maire à faire les démarches voulues pour en faire l'acquisition? soit par voie amiable, soit par expropriation ;
3° De le prier, en outre, de faire dresser les plans et devis nécessaires à l'érection de l'oeuvre projetée.
Quant aux voies et moyens, d'y pourvoir :
1° Par le moyen de la souscription effectuée par la souscription soit 45 000 francs ;
2° Par l'acceptation de 35 000 francs offerts par M. Cuvelier et autres, après que l'acte d'engagement été modifié ;
3° Par un vote d'une somme de 10 000 francs, à fournir sur les ressources communales ;
4° Par la demande d'un secours du département de 3 000 francs ;
5° Par la demande sur les fonds de l'état de 12 000 francs ;
6° par le produit de la démolition de l'église de 6 000 francs.
Soit un total de 110 000 francs."
Cette lecture terminée, M. Crépy demande la parole et fait une proposition ainsi conçue :
" Messieurs,
Le déplacement d'une église est une mesure trop grave pour qu'elle doive avoir lieu sans une impérieuse nécessité.
A mes yeux cette necessité n'existe pas.
Lorsque les habitants au-delà du pont ont choisi leur demeure, l'église était où elle se trouve aujourd'hui ; ils ont pu se rendre de la distance ; elle ne les a pas effrayés.
Lorsque, pour arriver à l'église, ils parcourent une partie de la commune, ils sont arrivés à la place ; la distance qui reste à franchir vaut-elle une dépense de 120 ou 130 mille francs et la destruction d'une ou plusieurs maisons dont il faudra déposséder les propriétaires ?
Il n'y a pas trente personnes qui répondraient affirmativement.
D'abord, quelles sont les chances d'avenir de la commune ? Il y en a deux :
1° La construction de maisons sur les terrains non bâtis qui avoisinent l'église, chose qui serait peut-être déja faite en partie, sans l'incertitude qu'on a jeté depuis trois ans dans les esprits ;
2° L'établissement, après le désséchement d'une nouvelle voie, qui, partant du calvaire, viendra, au moyen d'un pont vis-à-vis de la rue de l'étanque, relier l'extrimité de la commune au centre religieux ; car l'église se trouvera alors aussi près du calvaire, plus près, peut-être, que ne l'est la place aujourd'hui.
On regrettera alors le déplacement qui est maintenant en question.
Il me paraît qu'il y a un meilleur moyen de conciliation ; c'est d'établir un sanctuaire qui puisse offrir un asile auxiliaire aux habitants au-delà du pont ; mais je ne pense pas qu'il faille le placer sur le terrain de M. Cordonnier, car il y a trois chapelles sur un espace restreint : celle que l'on bâtirait, celle du couvent des Dames de la Sagesse et celle de l'hospice. Ce qu'il y a à faire, c'est d'agrandir cette dernière, et de porter au budjet municipal, afin de leur donner un caractère plus ferme et plus authentique, les frais du culte, qui sont aujourd'hui à la charge d'une souscription particulière.
Par ces motifs :
J'ai l'honneur de proposer au conseil municipal d'adopter les résolutions suivantes :
1° L'ancienne église restera où elle est ; elle sera agrandie et restaurée dans les proportions nécessaires pour une population de cinq à six mille habitants ;
2° La chapelle de l'hospice sera aussi agrandie et restaurée dans les proportions qui seront jugées nécessaires, après que l'étude en aura été faite ;
3° Les souscripteurs seront invités à maintenir leurs souscriptions pour faciliter les travaux indiqués dans les résolutions qui précèdent.
Haubourdin, 11 aout 1855. "
Après un sérieux examen et une discussion prolongée, le conseil procède à un srutin secret, dont le dépouillement donne le résultat suivant :
- Votants : 19
- Pour les conclusions du rapport de la commission, en ce qui concerne la construction de l'église sur la place : 3 voix
- Pour la proposition de M. Crépy : 12 voix
- Un bulletin illisible
- Un bulletin blanc
- Un bulletin pour faire une nouvelle église plus rapprochée du centre
- Un bulletin pour la faire sur le terrain de M. Blondeau
En conséquence, la proposition de M. Crépy est adoptée et convertie en délibération.
Et dans sa session de Mai 1859, le conseil municipal, sur la proposition du maire, Gustave Menche, décide que la reconstruction de l'église, à l'exception de son clocher, aura lieu à l'endroit où elle avait toujours été. M. Crépy avait vu juste. Les chances d'augmentation de la population étaient là où il y avait du terrain libre, près de l'église, au chemin de Laignerue vers Lille, derrière l'église vers Emmerin.
Plusieurs architectes sont chargés de concourir pour l'adoption d'un plan . Le coût du nouvel édifice est évalué à environ cent mille francs; la moitié de cette somme pouvant être recueillie par en dons volontaires mais elle sera largement dépassée ; aucun impôt extraordinaire, mis à la charge des habitants, n'est envisagé pour payer le surplus.
L'architecte retenu sera un haubourdinois, Jean-Baptiste Cordonnier Cambron. La généalogie de cette famille fut relevée par le chanoine Paul Lestienne qui écrivit le texte qui suit dans le journal paroissial de juin 1954 :
"A tout seigneur, tout honneur et toute notre reconnaissance. Saluons l'architecte de notre église Saint-Maclou, de notre si belle église. C'est un haubourdinois, Jean-Baptiste Cordonnier-Cambron, né en notre cité, le 23 octobre 1826, de Jean-Baptiste Cordonnier et de Catherine L'Hermitte, tous deux nés et décédés à Haubourdin...
Jean-Baptiste Cordonnier était un architecte de grande valeur, en même temps qu'un chrétien, dont la foi guidait les actes. Je le vois encore assistant chaque matin, avec sa femme, à la messe, dans un recueillement profond. Sa place était aux tous premiers rangs de la partie droite de la nef. Il voulut habiter à l'ombre du sanctuaire dont il est l'auteur, et se bâtit la maison qui appartient maintenant à Maître Henri Delehelle.
M. Cordonnier était le père d'une gloire incomparable pour Haubourdin, Louis Cordonnier, né à Haubourdin en 1854, architecte lui aussi, membre de l'institut, auteur de ces admirables monuments que sont le Palais de la Paix à La Haye, où il triompha sur 217 concurrents du monde entier, la Bourse d'Amsterdam (son projet obtint le premier prix au concours international de 1889), la basilique de Sainte-Thérèse à Lisieux et, chez nous, la Bourse et l'Opéra de Lille, les hôtels de ville de Dunkerque, de Loos, de La Madeleine, de Merville, d'Armentières, de Saint-Pierre de Merville, de Notre-Dame de Pellevoisin et de Saint-Joseph à Lille, du Doulieu, etc., de même que la Lanterne des Morts et le chapelle de Notre-Dame de Lorette. Et nous en passons..."
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