" MIZTECH S. L. I. "
HAUBOURDIN - SAINT-MACLOU
Le vécu local de la loi de 1905
Mise à jour le 29/12/05
La loi de 1905 n'est que le point d'orgue de la brouille entre l'Eglise et l'Etat. C'est surtout à la base plus une querelle de pouvoir qu'une querelle idéologique. Les copies de documents d'époque qui suivent sont destinés à éclairer un pan d'histoire. Ils ne peuvent qu'être partiaux car ils ne représentent que la vision de l'Eglise en lutte contre le pouvoir républicain à cette époque.
Quelques repères sans entrer trop dans les détails
C'est en décembre 1905 que les députés votent la loi de Séparation de l'Eglise et de l'Etat. Malgré les sollicitations dont il est l'objet de toutes parts, Aristide Briand tient bon pour que soit reconnu aux citoyens le droit de pratiquer leur religion et supprime le concordat qui rémunérait les prêtres et finançait les édifices religieux. Sa volonté est d'en faire une loi d'apaisement face à la vive contestation de la République par l'Eglise et l'Armée.
Cette querelle n'est pas apparue soudainement. Vous en lirez d'autres éclats ailleurs dans les pages de ce site. Voici également le contenu de lettres qui nous éclairent sur le climat de l'époque.
"Monsieur le Doyen,
Je vous prie, à l'occasion, de faire connaître à MM les curés de votre Canton, les prétentions de l'autorité civile en ce qui concerne : 1° le local où doit se faire le catéchisme ; 2° les prédications et autres fonctions du ministère paroissial confiées à des religieux.
1° Au sujet du local où doit se faire le Catéchisme, M le Préfet ne cesse de nous renvoyer à une circulaire ministérielle, adressée aux préfets le 29 janvier 1890 et il est dit, à propos du catéchisme que des curés avaient fait dans les locaux des écoles libres : "L'administration ne saurait admettre que l'enseignement du catéchisme put se faire en dehors de l'église ou de ses dépendances immédiates... Dans le cas où l'irrégularité que vous me signalez persisterait, je n'hésiterais pas à sévir, par voie de suppression de traitement, contre les prêtres qui s'en rendraient coupables".
2° Un curé du diocèse était récemment privé de traitement pour avoir notamment fait précher un religieux dans son église. Aux observations que nous lui avons présentées, comme nous le faisons toujours en pareil cas, M le Ministre répondit : "J'ai le regret de vous informer que, non seulement je ne saurais revenir sur ma décision, mais que je suis décidé à appliquer la même mesure de rigueur, à tout prêtre qui fera appel à des Congrégationnistes pour le suppléer dans l'exercice de ses fonctions."
Certes, Monsieur le Doyen, nous ne pouvons préter la main à de pareilles exigences, mais nous croyons devoir les porter à la connaissance de MM les Curés. M le Préfet nous adresse aussi des plaintes plus ou moins fondées au sujet des heures de catéchisme. Nous avons rappelé à la suite de notre lettre du 17 janvier 1901, n° 47, qu'il faut le terminer de manière à ce que les nefants n'arrivent pas trop tard en classe.
Recevez, Monsieur le Doyen, l'assurance de mon religieux dévouement.
M. A. Sonnois, archevêque de Cambrai
Dans une lettre du 15 avril 1905, l'Eglise dresse l'inventaire de ses propriétés afin de pouvoir en revendiquer la possession :
Monsieur le Curé,
En présence des projets de spoliation qui se préparent, nous vous avons recommandé, à la suite du Mandement de Carême, de rechjercher les titres de propriété de votre église et de votre presbytère, et ,e général de tous les biens ecclésiastiques, c'est à dire des immeubles et des rentes appartenant à a fabrique. Nous renouvelons cette recommandation, et nous y ajoutons celle de dresser immédiatement, si ce n'est déjà fait, un inventaire des ornements, meubles d'église, etc, en y portant exclusivement les objets payés des deniers de la fabrique. Cet inventaire sera soumis à l'approbation du Conseil de fabrique, dans la session de Quasimodo, qui sera , au besoin, retardée de quelques semaines.
Les ornements, meubles, etc, qui n'ont pas été payés par la fabrique, feraient le sujet d'une seconde liste d'objets dont, le cas échéant, vous revediqueriez la propriété en votre nom personnel.
Dans le cas où un inventaire officiel aurait été dressé précédemmment, il sera prudent de le conserver, en le complétant au besoin.
Agréez, je vous prie, Monsieur le Curé, l'assurance de mon affectueux dévouement en N. S.
M. A. Sonnois, archevêque de Cambrai
N. B. - Nous prions MM les Doyens de communiquer la présente circulaire à MM les Curés, le jour de la réunion des Saintes-Huiles."
La résistance s'organise. Le moins que l'on puisse dire est que l'Archevêque, dans la lettre du 22 avril 1905 qui suit, ne motive pas ses troupes pour répondre aux souhaits de l'Etat.
"Monsieur le Curé
Vous avez pu lire dans les journaux :
1° Une récente circulaire de M le Ministre des Cultes, relative à l'inventaire du mobilier des églises ;
2° Une circulaire préfectorale du 20 avril courant, relativement aux biens mobiliers qui proviennent de l'Etat et appartenant aux fabriques d'églises, etc
Si l'administration municipale vous demande des renseignements pour répondre à ces deux circulaires que nous ne connaissons comme vous que par les journaux, vous exprimerez le regret de ne pouvoir donner ces renseignements aussi longtemps que vous n'avez pas reçu nos instructions.
Quand, dans notre circulaire du 15 de ce mois, nous vous avons invité à dresser l'inventaire des ornements et meubles d'église, etc, payés des deniers de la fabrique, et à le soumettre à l'approbation du Conseil de fabrique, nous n'avons pas voulu dire que cet inventaire dût être inséré au registre des délibérations. Il faut, au contraire, le tenir à part.
Recevez, je vous prie, Monsieur le Curé, l'assurance de mon religieux dévouement.
M. A. Sonnois, archevêque de Cambrai"
Dans une lettre du 27 avril 1905, l'Archevêque évoque une pétition nationale lancée vers le Palais Bourbon pour protester contre le projet de loi.
"Monsieur le Doyen
En ce moment où les pétitions abondent au Palais Bourbon contre le projet de séparation de l'Eglise et de l'Etat, vous avez eu sans doute la pensée que les Conseils de fabriques pourraient profiter de la session de Quasimodo pour protester contre la spoliation dont nos biens d'église et même une partie des objets du culte sont menacés par le projet de loi en discussion. Nous ne pouvons que donner notre adhésion à cette très légitime manifestation et nous nous chargerons volontiers de transmettre à qui de droit les délibérations prises dans ce sens par les Assemblées fabriciennes.
Je vous prie, Monsieur le Doyen, de donner connaissance de cette circulaire à MM les Curés de votre Décanat, avant diamnche prochain, et de les inviter à nous envoyer ces délibérations le plus tôt possible.
Recevez, Monsieur le Doyen, l'assurance de mon affectueux dévouement.
M. A. Sonnois, archevêque de Cambrai"
Et bientôt la fronde s'organise. Si l'Archevêque propose, dans une lettre du 12 mai 1905, une résistance passive, nous verrons dans une autre page de ce site que l'inventaire des biens de l'église provoquera une véritable révolte à Haubourdin.
"Monsieur le Doyen
Nous croyons savoir que des inspecteurs de l'enregistrement viennent d'être nommés pour procéder à l'inventaire du mobilier des églises.
Cette opération, prévue par l'article 55 du décret de 1809, constitue pour le moins une matière mixte, et l'autorité civile n'a pas le droit d'y procéder elle seule. C'est cependant ce qu'on veut faire et nous savons dans quel but.
Quelle conduite à tenir si un inspecteur se présente ?
D'abord, ni MM les Curés, ni MM les fabriciens ne peuvent l'aider dans sa besogne. Tout ce qu'ils peuvent faire, c'est de se tenir dans une attitude passive.
Ensuite, nous ne trouverions pas mauvais que le Conseil de Fabrique remît à l'agent du Gouvernement une protestation digne et ferme contre un procédé qui est la violation des droits de l'Eglise et n'est autorisé par aucune loi.
Je vous prie, Monsieur le Doyen, de porter la présente communication à la connaissance de MM les Curés de votre Décanat.
Veuillez agréer, Monsieur le Doyen, l'assurance de mon affectueux dévouement en N. S.
M. A. Sonnois, archevêque de Cambrai."
Comme dans toute révolution, c'est bien souvent le peuple qui est spolié au profit d'une autre classe dirigeante. Et la résistance s'organise. Les citoyens qui ont contribué par leurs deniers à la richesse de l'Egise revendiquent la propriété de ce qui se trouve dans les églises. Voici quelques exemples de lettres de paroissiens :
"Haubourdin, le 24 octobre 1905
Monsieur le Doyen
En raison de l'inventaire des fabriques qui doit se faire incessemmment. Je viens, en qualité d'héritier de M Alphonse François et au nom de tous ses héritiers, revendiquer mes droits sur deux grands anges avec luminaires qui se trouvent dans le choeur de l'église.
Les souvenirs vous ayant été offerts à vous personnellement, nous désirons qu'ils soient xxxx de l'inventaire et qu'ils restent votre propriété.
Veuillez agréer, Monsieur le Doyen, l'expression de mes sentiments les plus respectueux.
Signé : André Verley"
"Haubourdin, le 28 octobre 1905
Monsieur le Doyen
Des lois d'exception venant toucher injustement l'Eglise de France dans ses biens, je vous prierai de returner chez moi les objets que notre famille vous a fait présent, à moi et à notre prédecesseur, à l'occasion des premières communions, mariages, prises d'habit et autres circonstances de famille.
Ces objets n'ont jamais été donnés avec l'intention de les voir revenir à la Commune ce qui fait que je veux les réclamer bien à juste titre aujourd'hui.
Veuillez je vous prie, Monsieur le Doyen, prendre bonne note du désir formel de notre famille et recevoir l'assurance de nos sentiments les plus respectueux et dévoués
Signé : F. Cuvelier"
Haubourdin, le 15 janvier 1906
Monsieur le Doyen
En raison de l'inventaire des fabriques qui doit avoir lieu incessamment, en qualité d'héritier de mme J. Verley-Faure et au nom de ses héritiers, je vous prie de vouloir bien distraire de cet inventaire les deux grands anges avec luminaires offerts par Mme Verley. Ils font partie des 6 qui se trouvent dans le choeur de l'église.
Nous prétendons qu'ils restent votre propriété exclusive.
Veuillez agréer, Monsieur le Doyen, l'expression de mes sentiments distingués.
Signé : (?) Verley"
Lille, le 17 janvier 1906
A M le Président du Conseil de Fabrique d'haubourdin
Monsieur le Président
J'ai l'honneur de revendiquer la propriété d'un harmonium que j'ai donné personnellement lors de mon mariage, à M l'abbé Catteau qui a célébré cette cérémonie et que j'entends reprendre avec la permission de cet ecclésiastique.
Veuillez agréer, M le Président, l'assurance de ma respectueuse considération.
Signé : Henri Langlais"
"Haubourdin, le 20 janvier 1906
Cher Monsieur
Devant les mesures que le gouvernement se prépare à appliquer, ma mère me charge de vous faire connaître sa décision relative aux sièges d'officiants et à la statue de Saint-Antoine de Padoue que mon Père et elle vous avait offerts.
Elle exige que ces objets vous restent et que, comme par le passé, vous puissiez en disposer comme bon vous semble pour le bien du culte.
J'ose compter sur vous, cher monsieur, pour faire valoir sa volonté devant qui de droit et je vous prie d'agréer l'assurance de mes sentiments bien dévoués.
Louis Cordonnier"
"Haubourdin, le 21 janvier 1906
Monsieur le Doyen d'Haubourdin
Dans le cas où un inventaire serait dressé du mobilier de l'église d'Haubourdin notre famille vous prie comme donatrice des objets suivants de faire toutes nos réserves.
1° Pour le grand vitrail du choeur (apotre Saint-Jean)
2° Pour le banc de communion
3° Pour la grille des fonts baptismaux
4° Pour les vitraux de la chapelle Saint-Maclou
Ces objets ont été donnés pour le service du Culte de l'Eglise Catholique Romaine. Dans le cas de désafectation de l'église à ce culte nous voulons rentrer en possession des dits objets.
Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Doyen, l'assurance de nos respectueux sentiments.
Signé : F. Cuvelier, Alb. Cuvelier, H. Cuvelier"
"Haubourdin, le 23 janvier 1906
Monsieur le Doyen
J'ai l'honneur de vous informer que je désire reprendre le coffre fort que je vous ai donné en 1902, attendu que c'est à l'église que j'en ai fait cadeau et que je ne veux pas que l'Etat s'en empare.
Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de mes sentiments dévoués
Signé : Arthur Bonzel"
Je suis bien triste de constater qu'une partie de l'objets de ces revendications et de bien d'autres ont disparu dans le dernier quart du XXème siècle et à l'orée du XXIème siècle. Après avoir protesté avec véhémence contre l'Etat, la petite bourgeoisie locale a elle même vidé l'église avec l'aide du clergé.
© (2003) Jules DUJARDIN @ MIZTECH S. L. I.