Le fait
Vous n'êtes pas sans savoir (les journaux en ont assez parlé) que partout, en conséquence de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat vont commencer les opérations relatives à l'inventaire du mobilier de nos églises. Nous n'y échapperons pas plus que les autres et déjà, lundi dernier, Mr le Président de la Fabrique et moi, nous recevions avis qu'elles auraient lieu pour Haubourdin le 22 courant, par conséquent, à (?) de relevée.
Objet : En qui va consister cet inventaire ?
C'est le relevé par des agents du gouvernement, la liste ou catalogue, article par article, avec description et estimation de leur valeur, de tous les objets se trouvant dans l'église, tels qu'autels, stalles, bancs de communion, chaire de vérité, orgues, tableaux,etc
Pourquoi cet inventaire et pourquoi par des agents du gouvernement ?
Oh, mes chers frères ; Cette mesure n'a rien de bien courtois, ni de bien rassurant pour nous et pour vous ! La loi prévoit le cas où l'état actuel des choses pourrait changer et où le clergé catholique, soumis au pape et aux évêques et ne voulant pas s'en séparer à aucun titre, se verrait expulsé de ses églises et rempacé par quelque association dite cultuelle, plus ou moins schismatique c'est-à-dire non unie au pape, aux évêques, en dehors, en révolte même contre le pape.
Dès lors elle ordonne l'inventaire de tout ce qui se trouve maintenant dans les églises afin que rien ne puisse en être enlevé plus tard... en sorte que ce qui nous sert à nous maintenant, passe alors complètement à l'usage des intrus comme cela s'est vu à la grande révolution.
Or, mes chers frères, ce cas peut arriver à bien brève échéance. En effet de deux choses l'une : Ou le pape ne permettra pas aux catholiques de former ce qu'elle appelle les associations cultuelles et alors ce sera la lutte ouverte, des tiraillements de toutes sortes, pour sûr nos églises enlevées avc tout leur mobilier et leurs revenus.
Ou bien le pape autorisera ces associations cultuelles mais même alors il y aura encore dans la loi une foule de cas où l'association cultuelle formée par les catholiques pourra être dissoute par le mauvais vouloir de quelques-uns et de nouveau ce sera nos églises et leurs mobiliers enlevés.
Vous le voyez, dans un cas comme dans l'autre, c'est la spoliation de nos Eglises, imminente, complète, sans aucune forme de procés et l'on fait d'avance l'inventaire de tout, pour que rien n'échappe.
Obstruction
Or, mes chers frères, l'Eglise, le mobilier de l'Eglise, c'est votre propriété. Ces murs ont été construits en grande partie grâce à vos dons et à vos souscriptions, à celles de vos familles. Tout ce qui la meuble ou la décore : ces autels, ces chandeliers, ces croix, ces bancs de communion, ces balustrades, les confessionaux, les stalles, cette chaire de véérité, les fonts de baptème, les stations du chemin de croix,... les vitraux, ces statues, ces luminaires et ces lampes, les ornements sacerdotaux pour la plupart et nos belles bannières, et etc, tout celà, toujours ce sont vos ou les dons de vos parents ; tout celà, toujours, c'est votre propriété...
Et voilà que l'on vient inventorier pièce par pièce, pour ce que vous avez donné à l'Eglise, ce qu'ont donné vos familles, nous ne puissiez plus l'enlever, mais serve au contraire à des prêtres qui ne seront plus vos prêtres, à un culte qui ne sera plus votre culte.
Et voilà pourquoi ni vos prêtres ni les membres du Conseil de Fabrique ne peuvent ni ne veulent se prêter en rien, ni directement ni indirectement, ni par eux-mêmes ni par personne d'autre, à l'inventaire qui va être fait demain.
Il se fera néanmoins et par les soins d'agents du gouvernement, nous ne pouvons pas les empêcher, mais encore une fois il se fera en dehors de nous, sans nous, nous y assisterons, mais simplement comme témoins attristés et impuissants.
Je l'ai dit et je le répète, l'Eglise et tout ce qu'elle contient est à vous, c'est votre propriété, le fruit de vos dons ; nous clergé, nous fabrique, nous n'en avons que l'usage et nous ne pouvons nous en servir que pour le bien de vos âmes. D'autre part l'inventaire qui va être fait, peut servir un jour à vous enlever ce qui vous appartient ainsi... Comment voudrait on que nous aidions à sa confection ? Ce serait aider à vous dépouiller de ce qui est à vous ; non, nous ne le pouvons pas ; non, nous ne le ferons pas !
Pè...(?)
L'Eglise, demain restera ouverte comme tous les jours et dans les mêmes conditions pendant toute la journée - les opérations de l'inventaire ne doivent rien y changer. Par conséquent chacun pourra y entrer pour voir et pour y prier à volonté.
Que si nous n'avons pas à nous armer de glaives comme Saint-Pierre pour défendre Notre-Seigneur au tabernacle, il ne nous est pas défendu de nous rassembler tous devant l'autel comme Saint-Jean, la Sainte-Vierge et les Saintes-Femmes au calvaire pour consoler notre Dieu et Sauveur Jésus qui y réside et lui faire amende honorable de tous les outrages qu'il y reçoit. A cet effet même nous chanterons demain à 5 heures un salut de pénitence et de réparation auquel je vous convie tous, autant que vos occupations le permettront..."
"Monsieur
L'opération que vous allez faire consitute aux yeux de tout catholique un attentat contre les droits de l'Eglise. Les biens que vous allez inventorier sont le fruit pour la plupart des oblations des fidèles et le témoignage de leur piété envers Dieu et la religion. Ils constituent un trésor sacré dont le Pape seul a le pouvoir de disposer.
Gardien né, avec le consiel de fabrique, de ce trésor, je ne me reconnais pas le droit de participer à ce qui va droit à la spoliation de mon Eglise. C'est pourquoi je n'assisterai à votre inventaire qu'en témoin profondément attristé et muet faisant toutes réserves de droit et déclarant à l'avance que je reste et resterai toujours pleinement et entièrement soumis à mon Evêque et au Souverain Pontife, notamment en ce qui concerne le jugement à porter sur la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat et sur les dévolutions des biens aux associations cultuelles.
Enfin, Monsieur, je demande que ma protestation soit insérée in extenso au procés verbal que vous ne manquerez pas de dresser."
"Les soussignés membres du conseil de fabrique et de l'église d'Haubourdin, considérant que la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation de l'Eglise et de l'Etat tend à la spoliation des biens dont l'Eglise est seule légitime propriétaire et que l'inventaire prescrit par cette loi est attentative aux droits de l'Eglise
1° protestent de toute l'énergie de leur âme contre l'acte qui va s'accomplir.
2° et font toutes les réserves de droit nécessaires quant aux conséquences qu'il pourra avoir par rapport aux biens dont la gestion leur est confiée. D'avance ils adhèrent au jugement que portera le Souverain Pontife sur la dite loi en particulier sur la dévolution des biens aux associations cultuelles que l'inventaire a pour but de préparer.
3° ils protestent également contre toute description de l'inventaire des biens n'appartenant pas à la Fabrique, contre toute estimation des bines au delà de leur valeur, contre toutes inexactitudes ou erreurs qui pourraient être constatées.
Ils exigent, pour dégager leur responsabilité, que les présentes déclarations soient textuellement consignées dans l'acte que rédigera l'agent des domaines.
Haubourdin, le 22 janvier 1906
Signé : C. Cordonnier"
Haubourdin, le 3 mars 1906
Au moment où vous venez à nouveau pour inventorier notre église, je ne puis qeu vous rappeler ma protestation du 22 janvier dernier ; plus que jamais, je la maintiens dans toute sa vigueur.
Jusqu'ici, il pouvait y avoir dans l'expression de nos sentiments une certaine hésitation, une certaine crainte d'être en sésaccord possible avec le Souverain Pontife, notre arbitre et maître suprème ;... plusieurs parlaient d'essai loyal de la loi, et, connaissant l'extrême condescendance de Rome, nous pouvions craindre que cette fois encore on irait jusqu'au bout des concessions possibles,...de là certaines hésitations, vrais embarras, ne voulant pas préjuger le cas avant la aprole du Pape.
Maintenant il a parlé, interprète infaillible du droit et de la loi de Séparation. Fixés désormais sur ce point, c'est avec une nouvelle énergie que nous protestons contre cette loi iniquejustement condamnée comme injurieuse à Dieu, violant le droit naturel, le droit des gens et la fidélité publique due aux traités ; "Contraire à la constitution de l'Eglise, à ses droits et à sa liberté" ; renversant la justice et foulant aux pieds le droit de propriété ; enfin, gravement offensante pour le Saint-Siège, pour l'Episcopat , le clergé et tous les catholiques de France.
On a dit à la Chambre que la Séparation de l'Eglise et de l'Etat était voulue par le peuple mais, on le croyait si peu qu'invité maintes fois à consulter le pays comme on aurait dû le faire, on ne l'a pas osé. On savait bien le contraire, et si d'aventure quelqu'un avait pu en douter, la résistance retentissante, unanime et parfois sanglante qui éclate de tous côtés à propos de l'inventaire, proclame assez que la France n'en veut en aucune manière. Aussi je comprends cette parole que l'on prête à Mr Loubet : "La Loi de Séparation est une sottise !" et je ne suis point surpris d'entendre un député s'écrier en pleine Chambre : "Votre li, je la foule aux pieds avec mépris". En somme pour les catholiques, elle est nulle et non avenue. Non, cette li n'est pas vraiment une loi mais une iniquité, un acte d'oppression et de tyrannie contre lequel disent les droits de l'homme : "L'insurrection est le premier des devoirs".
En venant ici, Monsieur, vous avez pu voir au frontipice de notre Eglise, ces mots profondéments gravés : "Liberté, Egalité, Fraternité". C'est la devise chère à la République et qui devait semble-t'il, être à jamais son essence et sa gloire. Hélas ! Singulière liberté, Monsieur, que ce qui consiste à forger tous les jours des lois nouvelles contre les catholiques au mépris de tous droits et de toute justice. Odieuse fraternité, que celle qui sème partout la division et la haine, qui nous vaut les injures de la rue et les condamnations draconiennes des tribunaux.
Pour nous, enfants de la France et de l'Eglise, nous regrettons amèrement ces divisions et ces haines, et nous demandons à Dieu de ramener entre tous les Français, la paix et la concorde dont nous aurions tant besoin en face de l'orage qui nous menace à l'horizon.
Depuis plus d'un siècle, les deux pouvoirs civils et religieux, vivent côte à côte en parfaite harmonie. Pourquoi faut il que la loi de Séparation soit venue briser cet accord et bouleverser le pays ? Cette loi, ce n'est point nous qui l'avons faite ; nous la déplorons et en laissons toute la responsabilité à ceux, députés ou sénateurs, qui l'ont votée, à ceux aussi, qui par leurs vôtes en ont été les complices inconscients.
Nous cédons à la force mais nous réservons tous nos droits pour l'avenir. Si mes paroissiens avaient pu être avertis à temps, si la liberté leur avait été laissée de pénéter dans l'église, tous, ouvriers et patrons, seraient accourus se ranger à coté de moi pour faire entendre le même cri de profonde indignation. Vous auriez vu, alors, quels sont ceux qui sont avec vous, ceux qui sont avec nous ; d'un côté, tous les apaches des environs, de l'autre, tout ce qu'Haubourdin renferme d'honnête et de bien élevé.
Je ne sais ce que vous penseriez de vos souteneurs ; pour moi, je le crie bine haut, je m'honore et je suis fier de mes chers paroissiens.
En défendant nos droits, ce sont les droits de Dieu que nous défendons ! Notre cause est la sienne et voilà pourquoi nous sommes pleins de confiance, car Il l'a dit et sa parole est sûre "Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle."
Les sousignés, membres du conseil de fabrique de l'église d'Haubourdin, considérant que la loi du 9 décembre 1905, concernant la séparation de l'Eglise et de l'Etat, tend à la spoliation des biens dont l'Eglise est seule légitime propriétaire, et que l'inventaire prescrit par cette loi est attentatoire aux droits de l'Eglise ; les vases, meubles, statues et ornements sacrés ont été, en effet, acquis au moyen des libéralités pieuses, ils constituent une propriété intangible et inviolable, protestent de toute l'énergie de leur âme contre l'acte qui va s'accomplir et font toutes les réserves de droit nécessaires quant aux conséquences qu'il pourra avoir, par rapport aux biens dont la gestion leur est confiée ; d'avance, ils adhèrent au jugement qu'a porté et qeu portera le Souverain Pontife sur ladite loi, en particulier sur la dévolution des biens aux associations cultuelles que l'inventaire a pour but de préparer. Ils protestent également contre toute description de l'inventaire des biens n'apparteant pas à la fabrique, contre toute estimation des biens au-delà de leur valeur vénale, contre toutes inexactitudes ou erreurs qui pourraient être constatées. Ils exigent pour dégager leur responsabilité que les présentes déclarations et protestations soient textuellement consignées dans l'acte que rédigera l'agent des domaines."
Paroisse de Saint-Maclou d'Haubourdin (Nord), diocèse de Cambrai
Fils respectueux de leur mère la sainte Eglise, les membres du Conseil de Fabrique de la paroisse d'Haubourdin sont profondément reconnaissants au Saint-Père des instructions données dans l'Encyclique.
Ils prennet l'engagement de s'y conformer et de rester toujours en complète communauté avec le saint-siège, leur Archevêque et leur Doyen.
Signé : le président, C. Cordonnier
| Accueil | Haubourdin | Saint-Maclou | Contact |
© (2003) Jules DUJARDIN @ MIZTECH S. L. I.