Tout allait bien à Haubourdin au point de vue des écoles, chacun était content, les plus beaux succés venaient chaque année couronner à l'envi les efforts des maitres et des élèves lorsque ,après plusieurs années de langueur, vint à mourir la chère Soeur Saint-Paul, directrice de l'école communale des filles, le six juin 1899.
Aussitôt après ses funérailles qui eurent lieu le vendredi 9 juin au milieu d'un grand concours de peuple, Monsieur l'Inspecteur primaire vint se présenter à l'école du Sacré-Coeur et demander aux autres Soeurs si elles consentiraient à remplir leur fonction de maitresses adjointes sous une directrice laïque.En tout cas il les priait de continuer la classe jusqu'à la nomination d'une nouvelle directrice, ce qu'elles voulurent bien accepter.
Dès le mercredi suivant, 14 juin, le bruit se répandit que Mademoiselle Bauvins, titulaire de l'école de Wavrin, était nommée directrice à Haubourdin.
Aussitôt toutes les têtes se montèrent et de tous cotés on accourut au presbytère demander ce qu'il fallait faire de ses enfants, et si on ne fonderait pas une école libre. Sans tarder, Mr le Doyen réunit une dizaine de notables et à l'unanimité et sans aucune discussion, il fut décidé qu'il y avait lieu en effet de fonder une nouvelle école libre et de faire vite. L'entreprise fut fortement recommandée au Sacré-Coeur qui très visiblement la fit réussir au delà de toute espérance.
La nouvelle Directrice étant arrivée le jeudi 15 pour commencer la classe le lendemain, les Soeurs adjointes envoyèrent aussitôt leur démission à Mr l'Inspecteur et ne parurent plus en classe.
Les enfants s'abstinrent également pour la plupart de s'y rendreet elles furent distribuées dans les autres écoles libres de filles déja existantes. Comme il est dit plus haut une classe supplémentaire fut fondée à l'école St-Georges pour recevoir maitresse et élèves de la première classe communale. Elles s'y rendirent dès le lendemain, vendredi 16 juin.
Pendant ce temps là, une grande effervence régnait sur le marché. C'était une réprobation générale contre la laïsation et des regretsunanimes du départ des Soeurs. Toutes les imaginations allaient leur train. C'était à qui dirait son mot, donnerait son avis, et tous réclamaient impérieusement la fondation d'une nouvelle école qui serait tenue par les Soeurs.
Mais, où construire cette école ? Où trouver un terrain convenable ? Où construire ? Où trouver un terrain convenable ? Où, se dit une femme en entendant ces mots ? Et aussitot, sans rien en dire à personne, elle s'en retourne chez elle avertir son mari de ce qui se passe. Or il y avait un terrain propice entre tous, en plein centre de la ville, non loin de l'église, au milieu de six ou sept rues, auquel personne ne pensait.
Le propriétaire, Monsieur Tonnelle, originaire d'Haubourdin, actuellement demeurant à Péronne, cent fois sollicité de le vendre mais toujours refusant obstinément, venait d'informer Monsieur Edmond Bonduau quelques jours auparavant que désormais il était disposé tant à vendre qu'à louer. C'était providentiel. Avant onze heures, ce même, Mr Bonduau était au presbytère pour me mettre au courant de la chose... A onze heures quarante il prenait le train pour Lille-Fretin-Péronne et à cinq heures du soir, il était de retour rapportant une réponse des plus favorables. Non seulement Mr Tonnelle consentait à vendre, mais voulant lui-même concourir à cette bonne oeuvre, il se contentait d'un prix très modéré.
Le soir même, vendredi 16 juin, les mêmes notables que la veille furent convoqués de nouveau et de nouveau se réunirent au presbytère, et quand après avoir passé en revue plusieurs autres terrains d'ailleurs assez convenables, Mr le doyen leur eut rendu compte de la démarche de Mr Bonduau près de Mr Tonnelle, des conditions auxquelles le propriétaire consentait la vente, ce fut un cri d'admiration et de reconnaissance envers le Sacré-Coeur. Séance tenante Mr Cuvelier fut délégué pour traiter l'affaire au plus vite et le lendemain le marché était définitivement conclu.
Que le Sacré-Coeur de Jésus en soit à jamais remercié, car c'est lui qui a tout fait! C'est pourquoi, en reconnaissance, la nouvelle école portera son nom; elle s'appellera l'école du Sacré-Coeur.
Restaient à trouver les ressources nécessaires... Heureusement Mr Célestin Cordonnier-Scalbert voulut bien se charger spontanément de l'achat du terrain à ses frais et de la construction des classes, s'engageant en même temps de mettre le tout au service de l'oeuvre. De son coté Mr Paul Cuvelier-Piérart s'offrit à fournir le mobilier des classes. Enfin on résolut de susciter une souscription décennale dans la paroisse pour assurer le fonctionnement de toutes les écoles paroissiales indistinctement.
Dès le lendemain, Mr Jean-Baptiste Cordonnier, architecte, fut chargé de préparer le plan pendant que Mr le Doyen et Mrs les Vicaires se mettaient en devoir de susciter la souscription.
Le plan fut magnifique et les souscriptions réussirent au delà de toutes les prévisions. Le Sacré-Coeur n'a t'il pas promis que leurs entreprises réussiraient, à ceux qui mettraient en lui leur confiance !
La première pierre fut posée le premier vendredi de juillet et l'école, grace à un temps très favorable et à l'activité des entepreneurs, fut terminée pour le 7 septembre, premier vendredi du mois. La déclaration d'ouverture fut déposée à la mairie et envoyée à l'inspecteur le même jour. L'accusé de réception de la déclaration fut signé le onze suivant et, aucune opposition n'ayant été faite l'école s'ouvrit effectivement le onze octobre, à la grande satisfaction de toute la paroisse.
Du premier au onze octobre, les maîtresses avaient tenu les enfants au patronage, les occupants tour à tour de la prière, de l'histoire sainte et du catéchisme ainsi que des divers travaux de couture, etc.
Deux vues de l'école du Sacré-Coeur au début du XXème siècle
SOUSCRIPTION POUR LES ECOLES PAROISSIALES.
M. Cordonnier-Scalbert, propriétaire des écoles du Sacré-Coeur et de Saint-Georges, met gratuitement ces deux écoles à la disposition du comité et c'est sa souscription annuelle, ce qui représente l'intéret de plus de 100 000 francs.
Les Frères maristes abandonnent dans les mêmes conditions l'école St-Louis, mais il est à observer qu'ils ne sont vraiment que les propriétaires du fond, l'école ayant été batie pour la première partie avec une souscription de plus de trente mille francs en leur faveur pour l'établissement du pensionnat à condition d'y annexer une école primaire externe et de plus deux agrandissements successifs ont été construits aux frais du comité.
La congrégation de la Sagesse laisse également et aux mêmes conditions au service de l'oeuvre les classes dites de l'externat et un asile gratuit.
En résumé le comité n'a aucune location à payer. Il a simplement à sa charge le traitement des maîtres et maîtresses, l'entretien des écoles sauf celle de la Sagesse, enfin les contributions et les assurances des divers locaux.
D'où grand merci à Mr Célestin Cordonnier-Scalbert, aux chers Frères et aux Soeurs de la Sagesse pour leur précieux concours en faveur de nos écoles.
Une partie des souscriptions décennalles furent versées intégralement en souscrivant, ce qui représente pour une dizaine de personnes la somme de 18168 francs. De nombreuses autres personnes s'engagérent à verser chaque année leur souscription pour un montant global annuel de 15535 francs auquel il faut ajouter chaque année diverses offrandes faites sans engagement pour l'avenir.
© (2003) Jules DUJARDIN @ MIZTECH S. L. I.