" MIZTECH S. L. I. "

HAUBOURDIN

Canal de la Deûle

Mise à jour le 24/01/09

Le demande de percement du canal de la Deule par Jean III, châtelain de Lille est datée du 29 octobre 1271. C'est un des plus anciens ouvrages sur lequel nous possédons un document.

Le texte d'époque étant difficilement lisible par un non spécialiste, voici une transcription qui respecte la pagination originale :

Jou Jehans castelains de Lille chevaliers, et nous li Eskevin, li wit home, li juré et toute li commu-
-nités de le vile de Lille faisons asavoir a tous chiaus qui ces lettres verront et oront que tele est li convenence
entre nous, Jehan castelain de Lille dune part, Eskevins, wit homes, juré et le communité de le vile de Lille
dautre part, Que iou Jehans castelains devans dis, doi faire faire un fossé movant de Le Bassée qui viengne
tresci a Habourdin a men frait et a men coust, tel que li fossés doit avoir quarante piés de deuwe a autre
et quatre pies deuwe au mains en esté au plus sec tans, et sis piés de voie alun les ou a lautre pour
traire les nes. Et si doi faire ausi un fossé tout en autel point et de largette et de parfondette, et
autel voie que devant est dit, mouvant de Habourdin qui viegne tresci au liu la ou on doit faire
portes, et de lavant porte desous tresci en le Deule derrière le folie. Et tout ce fossé movant de Le Bassée
et venant tresci en le Deule si que dit est : doi jou Jehans castelains devant dis faire faire et faire fuir
et faire voie de sis piés a lun les ou a lautre et terre livrer a men frait et a men coust, arres de le tiere
dou ries qui est a le vile : cele tiere ne doi iou mie acater, mais le fossé tout ensi que deseure est dit
i doi iou faire. Et si doi le rivière devant dite frankir de winage, de tous paiages et de toutes autres
prises a tous iours, et de cou frankir doi iou doner as Eskevins et au consel de le vile de Lille, lettres
me dame le contesse et les moies lettres et lettres de tous segneurs qui droit i demandent. Et si doi
faire pais a tous ceus qui moulins ont moulans de cele rivière si avant que li rivière portera, que
on nen demandera nient a le vile de Lille, et si doi oster mes moulins de habourdin tous nes. Et si
doi faire un fossé tel qui puist porter navie dou bos dou ploic movant qui viegne tresci en
cele rivière. Et est asavoir que iou doi tout avant faire faire le fossé bien et souffissaument si que
dit est a men frait et a men coust de Le Bassée tresci a Habourdin, ancois que li vile me paiece nul
denier. Et pour toutes ces coses faire bien et souffissaument si que deseure est devisé, Nous Li
Eskevin, li wit home, li juré et toute li communités de le vile de Lille devons doner au castelain
devant dit quinse cent livres dartésiens de le monoie de Flandres par si quil face les coses si que
devant sunt dites. Et pour cou que toutes ces coses soient fermes et bien tenues et de lune
partie et de lautre avons nous ces présentes lettres saelées de nos seaus. Ce fu fait lan del in-
-carnation nostre segneur mil. CC. et sissante et onse le dioels devant le jour tout sains.

Et grâce à l'aimable collaboration de M. Jean-Charles Desquiens, docteur en histoire médiévale et directeur de la bibliothèque de l'Université Catholique de Lille, voici quelques commentaires qui éclairent ce texte :

Archives municipales de Lille, original parchemin [0,270x0,175]
Accord entre Jean, châtelain de Lille, et les échevins, huit-hommes, jurés et toute la communauté de la dite ville pour l'établissement du canal de la Deûle depuis La Bassée, passant par Haubourdin jusqu'aux portes de Lille.
Pour bien comprendre les relations entre le châtelain et la ville de Lille, il nous faut d'abord expliquer le passage à la ligne 1 " Jehans castelains de Lille chevaliers, et li Eskevin, li wit home, li juré et toute li communités de le vile de Lille ".
Il s'agit de Jean III, seizième châtelain de Lille.
En 1235, un accord est convenu entre Jeanne, comtesse de Flandre, et la population lilloise. De cet accord provient l'élection et la composition du Magistrat. Le Conseil échevinal fut composé de 25 membres répartis de la manière suivante :
- membres élus par le seigneur de la terre, sur présentation des curés des 4 paroisses de la ville (Saint-Pierre, Saint-Etienne, Saint-Maurice et Saint-Sauveur) : 12 échevins présidés par le mayeur dont la voix était prépondérante et, en son absence, par le cottereau, le premier échevin.
- membres élus par les échevins :
- - le rewart chargé de l'exécution des ordonnances de l'Echevinage. C'était souvent le mayeur sortant.
- - Quatre voir-jurés ou conseillers légistes, gardiens de la loi et des franchises de la cité, et de plus échevins suppléants.
- - Huit jurés choisis parmi les bourgeois les plus honorables.
En dehors du Conseil échevinal, mais faisant partie du Magistrat, il y avait encore :
- nommés par les curés des 4 paroisses de la ville :
- - les huit hommes, magistrats chargés d'établir, avec huit échevins désignés par le sort, la quotité des impôts, d'assister à l'audition des comptes et de veiller à la conservation des biens de la ville. Leur attribution spéciale était de recevoir les nouveaux bourgeois.
- - Cinq paiseurs ou appaiseurs, prud'hommes chargés de mettre fin aux contestations et aux querelles survenues entre particuliers.
- nommés parles échevins :
- - Quatre trésoriers, bourgeois désignés sous le nom de Comtes de la hanse, et chargés de la gestion de la caisse communale sous la direction des échevins et des huit-hommes.
L'élection, qu'on appelai le renouvellement de la Loi, avait lieu chaque année, le jour de la Toussaint. Si le comte de Flandre n'était pas à Lille ce jour-là, ni personne de sa part, pour créer les nouveaux échevins, tous les membres de la Loi de l'année précédente demeuraient en fonction. L'Echevinage, chargé d'abord de l'administration de la justice, a vu ses attributions s'étendre à d'autres objets. Mandataire et représentant officiel de la communauté des habitants, il rend la justice haute et basse, gère les finances et les revenus de la ville, le commandement de la milice urbaine, l'entretien des édifices communaux, le service des travaux publics et la réglementation de la voirie.
Le tracé : Le canal doit aller de la ville de La Bassée aux portes de la ville de Lille en passant par la ville d'Haubourdin : (l. 04) " ... movant de Le Bassée qui viengne tresci a Habourdin ... " (l. 08) " ... mouvant de Habourdin qui viegne tresci au liu la ou on doit faire portes, et de lavant porte desous tresci en le Deule derrière le folie ".
Les dimensions : Le texte nous livre des dimensions, sachant que le pied lillois équivaut à 0,298 m : l. 05 à 07 : " li fossés doit avoir quarante piés de deuwe a autre et quatre pies deuwe au mains en esté au plus sec tans, et sis piés de voie alun les ou a lautre pour traire les nes " ; une largeur de 11,92 m, un tiran d'eau minimu de 1,92 m et un chemin de halage de 1,78 m.
Qui paye : le châtelain doit faire creuser un canal, l. 05 : " ... men frait et a men coust ", l. 10 : " doi jou Jehans castelains devant dis faire faire et faire fuir ". De plus, il doit livrer la terre servant à constituer le chemin de halage l. 11 : " et terre livrer a men frait et a men coust " sans utiliser la terre provenant des friches de la ville de Lille l. 12 : " arres de le tiere dou ries qui est a le vile : cele tiere ne doi iou mie acater ". Il doit également rendre le canal exempt de toute redevance l. 13 : "Et si doi le rivière devant dite frankir de winage, de tous paiages et de toutes autres prises " confirmé par les lettres des personnes concernées : la comtesse de Flandre l. 15 : " lettres me dame le contesse ", le châtelain de Lille l. 15 : " les moies lettres " et de tout autre seigneur l. 15 : " lettres de tous segneurs qui droit i demandent "
On doit faire également des accords avec les moulins utilisant la force motrice de l'eau l. 16 : " faire pais a tous ceus qui moulins ont moulans de cele rivière si avant que li rivière portera ", même les moulins du châtelain sont concernés l. 17 : " et si doi oster mes moulins de habourdin ".
Par contre, les échevins de la ville de Lille versent la somme de 1500 livres pour l. 23 : " quil face les coses si que devant sunt dites "
La canalisation de la Deûle est une entreprise favorable aux marchés et aux foires. Cela concerne ici surtout le canal de la basse Deûle qui, via la Lys, permet de relier Lille à Gand, Bruges, Anvers.

Abréviations

Vocabulaire

movant de = loc. prép., depuis
tresci = jusqu'à
deuwe = d'euwe = d'eau
les = côté
les nes = nef = navire
fuir = creuser
ries = terre en friche
frankir = franchir = affranchir, délivrer, rendre exempt de toute redevance
winage = vinage = redevande en général. A l'origine droit seigneurial d'une certain quantité de vin qui se prenait sur les terres plantées en vignes dans l'étendue de la seigneurie, et sur les vins pressurés au pressoir banal. Par extension, droit qu'on payait pour la sûreté des grands chemins, péage sur les bestiaux et les voitures qui passaient sur les terres des seigneurs.
ancois = ainz, ainçois = mais
dioels = jeudi

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© (2003) Jules DUJARDIN @ MIZTECH S. L. I.