Breton, André (1896-1966)

Ecrivain français qui fut le chef de file et le théoricien du surréalisme. Gardien de l'orthodoxie du mouvement, il fut pour les autres membres du groupe un maître à penser. Son goût pour les excommunications, son autorité, lui ont valu d'être appelé "le Pape du surréalisme". Son aura autant que son œuvre en font une des figures les plus marquantes de la littérature du XXe siècle.

Né à Pinchebray (Orne), étudiant en médecine à l'époque de la Première Guerre mondiale, poète et admirateur d'Apollinaire, il découvrit, en avance sur sa génération, que le cataclysme dans lequel les valeurs d'avant-guerre avaient sombré rendait également caduques les certitudes philosophiques, épistémologiques et scientifiques. C'est dans ce contexte que Breton, lecteur de Freud, décida d'explorer l'abîme ouvert par les recherches psychanalytiques sur l'inconscient, véritable labyrinthe de l'irrationnel qui s'offrait désormais à l'investigation littéraire. Dans un hôpital, il fit la rencontre décisive de Jacques Vaché, dont le comportement étrange, et plus encore, la mort exercèrent sur lui une influence qui eut pour premier effet de le détourner de sa vocation initiale de poète traditionnaliste, admirateur de Valéry et de Mallarmé. Il fonda après la guerre la revue Littérature avec Paul Éluard et Philippe Soupault. En 1919, il fit la connaissance de Tristan Tzara, le jeune chef de file du mouvement Dada. En 1920, Breton rejoignit Dada, "entreprise sans précédent de destruction de toutes les valeurs traditionnelles" (Maurice Nadeau). Les écrivains collaborant à Littérature et les membres de Dada se réunirent à l'occasion de quelques manifestations iconoclastes et tapageuses. En 1921, fut publiée la première œuvre surréaliste, les Champs magnétiques, recueil rédigé par Breton et par Soupault selon le procédé de "l'écriture automatique" et qui explore les potentialités des états hypnotiques. En 1922, Breton rompit avec Tristan Tzara, mais l'anticonformisme de Dada et sa volonté de nier la solution artistique restèrent au cœur de la définition du surréalisme, considéré non pas comme une esthétique nouvelle, mais comme un état d'esprit. Il établit ensuite les positions du surréalisme dans un premier Manifeste du surréalisme (1924). À partir de décembre 1924, le groupe se dota d'une revue, intitulée la Révolution surréaliste. En 1928, Breton publia Nadja, roman inspiré par la rencontre avec une jeune femme inconnue. En 1929, dans un Second Manifeste du surréalisme, plus polémique et didactique, il précisa la notion de "surréalité", spécifia que le surréalisme devait se placer du côté de la révolution et condamna les déviations en prononçant un certain nombre d'excommunications. La rupture avec Vitrac, Soupault, Artaud et Desnos, entre autres, survint précisément à l'occasion de la définition des positions qu'il convenait d'adopter à l'égard du marxisme et du Parti communiste. Breton fut membre du parti de 1927 à 1935. En 1937, il se rapprocha de Trotski, rencontré au Mexique et avec qui il rédigea le Manifeste pour un art révolutionnaire indépendant. Enfin, en 1941, à New York, il publia des Prolégomènes à un troisième manifeste ou non. Les œuvres poétiques de Breton (Clair de terre, 1923; Union libre, 1931; le Révolver à cheveux blancs, 1932; l'Air de l'eau, 1934; États généraux, 1943; Ode à Charles Fourier, 1947) sont des recueils de vers libres, qui disloquent la syntaxe des phrases et font la part belle à des métaphores qui se présentent "comme ces images de l'opium que l'homme n'évoque plus mais qui s'offrent à lui spontanément" (premier Manifeste du surréalisme). Ses articles critiques furent réunis dans les Pas perdus (1924) et le Point du jour (1934). Outre les trois manifestes, on citera, parmi ses écrits théoriques et polémiques, Position politique du surréalisme aujourd'hui et Du temps que les surréalistes avaient raison (1935). Intéressé par toutes les formes de langage irrationnelles, il écrivit, par ailleurs, un essai consacré à la parole aliénée, l'Art des fous, la clé des champs (1953). De même, il contribua à établir la notoriété de genres littéraires et d'écrivains décriés ou méconnus, en publiant une Anthologie de l'humour noir (1940) et en rendant de vibrants hommages à Sade, Rimbaud ou Lautréamont.