1877-1920

 

 Un grand oublié... mon cousin Otto: un destin et une vie hors du commun

 Médecin-psychiatre

 Die kosmische Runde ou le Cercle Cosmique de Münich Schwabing.

 Le Schwabing à Münich

 

  

Un grand oublié... mon cousin Otto: un destin et une vie hors du commun ....

Quelques acteurs :

 Otto Gross vers 1887

Otto Gross vers 1897

Otto Gross vers 1907

Otto Gross vers 1917

Sigmund Freud

1856-1939

Médecin psychanalyste

Carl Gustav Jung

1875-1961

Médecin psychanalyste

Alfred Weber

1868-1958

Sociologue

Max Weber

1864-1920

Sociologue

Franz Jung

1886-1963

Ecrivain

Edgar Jaffe

1865-1921

Economiste

Ernest Weekly

1864-?

Philologue

D.H. Lawrence

1895-1930

Ecrivain

 

Otto est mon 6ème cousin au 2ème degré. Médecin-psychiatre autrichien, Otto défendit les thèses de Freud: ce dernier dit que "parmi ses élèves Otto Gross et Carl Jung avaient été ses plus originaux penseurs". Il habita Vienne, Graz et Munich. Il milita pour les principes d'une société basée sur les droits de la mère. On peut penser que comme Kafka, il eut un père avec une personnalité trop écrasante et il ne put jamais se réaliser dans sa vie. Malade, il fut patient de Jung sur la recommandation de Freud, à la clinique psychiatrique du Burghölzli (à Zürich en Suisse). Il représenta alors un danger pour la bonne propagation des idées de Freud et de Jung. Otto a réagit violemment à l'ordre moral en place à cette époque. Il écrivit dans de nombreuses revues propageant des idées novatrices et mêmes à la limite de l'arnachie. Cocaïnomane et rejeté par tous ses anciens protecteurs psychanalystes, il fut interné d'office par son père. Un grand mouvement de solidarité dans les milieux intellectuels d'Europe, lui permit d'être sauvé. Otto fut dadaïste et fréquenta Leonhard Frank, Franz Jung, Johannes Becher, Karl Otten, Walter Hasenclaver, Oskar Maria Graf, Max Brod, Franz Kafka et Franz Werfel. Il eut une forte influence sur les milieux littéraires et intellectuels du Schwabing de Münich, de Prague, de Berlin et d'Ascona. Il fut très dépendant de son père pour pouvoir subsister. Privé de tous soins il décéda en 1920 sur un trottoir de Berlin. Il fut un des grands oubliés du mouvement psychanalytique. Otto a publié de nombreux livres et articles. Une très riche bibliographie existe à son sujet.

Grand, mince, cheveux blonds, yeux bleus, il avait une face d'enfant, des lèvres fines et son visage reflétait une grande sincérité et noblesse. Son profil faisait apparaître un nez crochu et un menton rentré. Les lignes et les couleurs étaient délicates et il ressemblait à de la porcelaine. Il était beau et athlétique mais fut réformé pour une malformation de l'épaule (on peut penser au déshonneur engendré dans cette famille de culte militaire).

Il fut étudiant en médecine à Graz, Strasbourg et Münich en 1897 et 1898. Il obtint son Doctorat le 22 décembre 1899 à Graz, il avait 22 ans. Aussitôt, il débuta sa carrière comme médecin sur la ligne Hamburg-Amérique du Sud. On le signale sur les lignes de la Triester Lloyd et la ligne Kosmos de Hambourg. Il étudia en Patagonie la botanique mais se consacra ensuite à la psychanalyse. En 1901 et 1902, il fit des stages dans les cliniques de neuropsychiatrie de Münich et de Graz. Le 1 octobre 1902, il fut nommé assistant à Graz. Entre 1894 et 1905, la Clinique de l'Université de Graz était la plus réputée du pays, son directeur était Gabriel Anton. Otto se consacra à la recherche psychosexuelle. Il subit sa première cure de désintoxication à la clinique psychiatrique du Burghölzli. 1903 fut l'année de son mariage avec Frieda Schloffer. Il commença à fréquenter Ascona en Suisse. Il devint Privat Dozent de la faculté de Graz le 23 mars 1906. Il partit en septembre 1906 pour être assistant de Kraepelin à Münich.

L'année 1907 fut importante puisque il eut deux enfants avec deux femmes différentes et il leur donna le même prénom, Peter. Il rencontra aussi Lotte Chattemer et Sophie Benz. En 1908 c'est le début de la bascule vers le néant: démission de l'Université de Graz et deuxième cure de au Bürghölzli avec C.G. Jung. Freud l'avait fait de nouveau hospitalisé en suisse. Otto prenait de nombreux médicaments et se droguait à la cocaïne puis à l'héroïne. Le 17 juin 1908 il s'enfuit de Zürich et sombre dans une quasi-délinquance morale et sociale. Par contre il resta intellectuellement toujours très brillant et ne cessa de publier des articles. Il devient un révolté et un marginal. En 1901, il vit avec Sophie Benz qui se suicidera en mars 1911. En 1911 il fut soigné au sanatorium du Steinhof près de Vienne.

En 1913, son père compris qu'il ne pourrait rien faire et prit une terrible Vienne: il fit interner son fils à Tulln. Pensant peut-être le sauver en le coupant de tous les milieux anarchistes et révolutionnaires qu'Otto fréquentait. Hans Gross fut l'objet de violentes attaques. Tous les amis de Otto et les milieux intellectuels écrivirent pour dénoncer cet acte de violence paternelle. Le Prager Tagblatt, le Neue Wiener Journal, Revolution, Kain et le Wiener Bote relatèrent les faits. Plusieurs numéros spéciaux de Die Zukunft et Die Aktion, de l'Intransigeant et du Mercure de France plaidèrent contre cette internement forcée. On y trouve des articles de Blaise Cendars, Ludwig Rubiner, Erich Mühsam et Simon Guttmann.

Son père devint tuteur de Otto et il tenta un procès pour récupérer son petit-fils Peter Gross et pour changer le nom des autres enfants qu'il ne voulait pas reconnaître. Max Weber au nom du Mutterrecht défendit Frieda Gross. Otto devint le martyr du joug paternel et cette réputation fut terrible pour son père qui avait une place à tenir dans la société autrichienne. Hans avait perdu la bataille et son fils également. Frieda vivait à Ascona avec Ernst Frick, un anarchiste. Le 25 Janvier 1914, il fut transféré à l'asile de Troppau en Silésie. A la sortie de l'asile de Troppau, il partit comme médecin dans un hôpital pour enfants et ensuite à Vinkovci dans les Carpates. En 1917, il fréquenta les milieux littéraires de Prague: Max Brod, Franz Werfel, Franz Kafka et Schreiber.

La guerre de 14-18 relança les activités de Otto comme médecin militaire en Gallicie, puis à Vienne, en Slavonie, en Roumanie et dans le Banat. Son père décéda lors d'une période d'officiers réservistes le 9 décembre 1915. En 1917, il fut hospitalisé à Temesvar puis rapatrié en mai 1917 au Steinhof de Vienne. Il vécut à Münich et à Vienne avec sa mère à la fin de la guerre. Sa tutelle fut partiellement levée. Les dernières années de sa vie furent faites de voyages à Prague, Budapest et Münich. Coupé de ses amis et des moyens financiers toujours présent quand son père vivait, Otto partit pour Berlin. Le 13 février 1920, il mourut après une grande détresse morale et privé de tout soins et nourriture.

Nous n'avons jamais vu un tel gâchis. Otto fait partie de la grande famille des Grosse de Lorraine et il a sa place dans celle-ci.

Médecin-psychiatre :

Otto fut un élève de Freud: ce dernier dit que "parmi ses élèves Otto Gross et Carl Jung avaient été ses plus originaux penseurs". Il habita Vienne, Graz et Munich. Il milita pour les principes d'une société basée sur les droits de la mère. On peut penser que comme son ami Kafka, il eut un père avec une personnalité trop écrasante et il ne put jamais se réaliser dans sa vie. Malade, il fut patient de Jung sur la recommandation de Freud, à la clinique psychiatrique du Burghölzli (à Zürich en Suisse). Il était devenu cocaïnomane, et fut interné d'office par son père. Otto fut dadaïste, fréquentant Franz Kafka, Franz Werfel, A sa mort en 1920, il fut un des grands oubliés du mouvement psychanalytique. Il a publié de nombreux livres dont un existe encore en France "Révolution sur le divan", traduit en français par Jeanne Etoré et préfacé par Jacques le Rider (Editions Solin 1988).

Otto Gross a participé au Congrès d'Amsterdam en septembre 1907 et le lundi 27 avril 1908 à la "première rencontre de psychologie Freudienne" à Salzbourg, son épouse était également participante. Il y a fait une communication sur les perspectives culturelles de la science.

Il eut des idées très originales pour le début du siècle. Mais les psychanalystes Freud et Jung puisèrent ses idées et à la fin ne le citèrent même plus: Psychologie de la démence précoce de 1906 de C.G.JUNG, Signification du père dans le destin de l'individu de C.G.JUNG de 1909. Ce sont plus les milieux littéraires qui continuèrent à propager ses idées. Gross est au centre de nombreux romans. Gross croyait à la vocation philosophique et révolutionnaire des psychiatres. Freud, en 1909, décréta cette manière de penser dangereuse pour le mouvement psychanalytique. Otto devint un hérétique pour le cercle de Freud. Déçu par le freudisme, Otto voulant se dégager de l'autorité parentale, trouva des réponses dans les pensées de Nietzsche et dans l'anarchisme. Schwabing réunissait plusieurs groupes: "die kosmische Runde" (le cercle cosmique), "Gruppe Tat" et "Aktion Gruppe" avec Erich Mühsam, Gustav Landauer et Franz Jung. En 1906, il découvrit Ascona petite ville suisse sur la rive ouest du lac Majeur. Il aida au suicide son amie Lotte Chatemmer. En 1910, il vécut à Ascona avec Sophie Benz qu'il aida aussi à se suicider en mars 1911. En 1913, ennuyé par les polices suisses et autrichiennes, il partit vers Berlin ou il fut arrêté comme psychopathe dangereux, C.G.Jung avait rédigé le certificat médical. Il fréquenta à Berlin le Café "des Westens".

Die kosmische Runde ou le Cercle Cosmique de Münich :

C'était un haut lieu de la vie intellectuelle de Münich avec Alfred Schuler, Ludwig Klages, Karl Wolfstehl et Stefan George. S'inspirant du suisse Bachofen, ils développèrent une civilisation basée sur la supériorité du mythe, l'érotisme, les cultures primitives, l'instinct et de l'intuition de la science: la primauté du mode d'existence féminin. La civilisation en ce début de siècle était bien sur basée sur la patriarcat. Le groupe éclata en 1904.

Le Schwabing à Münich :

Au début, c'était un centre artistique, en 1892, le mouvement Sezession y a élu domicile. C'était un mouvement contestataire de l'art traditionnel allemand. Matisse s'y rendit en 1908 et 1910. Kandinsky vécut à Schwabing de 1897 à 1908, Paul Klee de 1898 à 1921 et Franz Marc de 1894 à 1910. Ce fut ensuite un quartier de Münich ou se réunissaient des cercles littéraires, des artistes et des révolutionnaires. Le café Stépahnie en était leur siège. Il faut également citer le Café Simplicissismus. Ces cafés étaient ouverts jour et nuit. En 1901, Lénine vécut à Schwabing. Le cabaret les Onze Bourreaux ouvrit en 1901. La chanson des bourreaux que onze personnes, masquées et vêtues de rouge, chantaient devint l'hymne de Schwabing. Fanny zu Reventlow était l'égérie de Schwabing. Le bar Simplicissimus était le lieu de prédilection de Gross, Mühsam, Jaffé et Reventlow.*

Der Blaue Reiter