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Remarque :
Les oeuvres faisant l'objet d'une analyse sont listées en marge. Certains textes sont de moi-même, d'autres ont été empruntés temporairement en attendant que je n'apporte ma propre analyse (les sources sont mentionnées).


Généralités

A part ses opéras, oeuvres religieuses et quelques autres pièces de moindre importance (par exemple les mélodies), les compositions d'Hector Berlioz se démarquent toutes de ce qui était établi à son époque. Bien souvent il est même impossible de les classifier précisément. La plus connue de toutes, la Symphonie Fantastique, y va aussi de son caprice, ne serait-ce déjà que dans son appellation : Fantastique. Ce n'est ni la première ni la deuxième, troisième ou dernière ; non c'est la Fantastique. La forme de l'œuvre diffère des symphonies traditionnelles puisqu'elle comporte cinq mouvements au lieu des quatre de mise habituellement ; pas d'allegro, pas d'adagio ou de menuet, mais Rêveries - Passions, Un Bal, Scène aux Champs, Marche au Supplice et Songe d'une Nuit du Sabbat, titres qui déclinent le "scénario" de l'œuvre, ou plutôt le programme. En effet, la Symphonie Fantastique est la première oeuvre majeure du genre à être descriptive sur sa durée totale, chacune de ses mélodies, chacun de ses éléments musicaux servant de matériau narratif. De fait, on pourrait facilement considérer les mouvements comme de vrais tableaux... mais en musique.

Qu'en est-il de Harold en Italie ? Ce que l'on peut dire de plus juste est que Harold en Italie est une oeuvre pour alto. Voici qui nous avance peu, mais les enquêtes progressent souvent sur des détails. En tout cas il ne s'agit pas d'un concerto, ce qui est déjà une piste... L'œuvre est en cinq mouvements, avec un programme là encore : l'instrument phare incarne un personnage dont les pérégrinations sont narrées par l'orchestre, qui tient ici un rôle au moins aussi important que l'alto. Harold en Italie n'est en aucun cas une composition virtuose, ce que Paganini avait d'ailleurs reproché à Berlioz qui avait écrit l'œuvre sur une commande du musicien italien. Or un concerto sans acrobaties c'est un peu un gâteau sans sa cerise au sommet. Bref, Harold n'est pas un concerto. On peut éventuellement s'aventurer à parler de "symphonie concertante", quoique cette désignation demeure hasardeuse.

Roméo et Juliette ressemble à tout sauf à une symphonie et pourtant, d'après l'auteur, c'en est une ! Les parties purement orchestrales alternent avec des parties chantées et la forme est pour le moins loufoque. Les titres des morceaux vont de "Scène d'Amour" à "Roméo seul" où "Scherzo de la reine Mab". Berlioz conte la tragédie de Shakespeare un peu sous la forme d'un documentaire, ou d'un reportage : le chœur se charge de la narration, alors que les parties purement orchestrales illustrent les faits, dépeignent les émotions... D'ailleurs c'est bel et bien l'orchestre qui traduit l'amour impossible des amants, et non le chant ! Encore une des subtilités dont Hector a le secret...

Evoquons l'Enfance du Christ à présent, en sachant que Berlioz a voulu composer un oratorio. Je citerais ici Henri Barraud, compositeur et biographe de Berlioz : "C'est un oratorio comme Roméo et Juliette était une symphonie, ce qui au fond revient à dire que ce n'est pas un oratorio. On y trouve un mélange des genres les plus divers, et tout cela se suit d'un bout à l'autre néanmoins avec un intérêt qui ne se dément pas. " En effet l'Enfance du Christ ne reprend pas de textes saints et le déroulement de son action ferait plus volontiers penser à un opéra.

Enfin La Damnation de Faust, à mon sens le chef-d'œuvre absolu du musicien, est sous-titrée "Légende Dramatique". Là encore le trouble persiste... A mi-chemin entre l'opéra et le "film musical", La Damnation de Faust enchaîne allègrement des scènes et situations aussi diverses que cocasses. Le livret est écrit en rimes par le musicien lui-même, qui s'en sort très honorablement avec quelques vers de toute beauté. Ce qui étonne dans cette partition c'est la variété des numéros, un peu comme dans la fausse symphonie Roméo et Juliette et dans le pseudo oratorio L'Enfance du Christ : chansons à boire, monologues, chœurs, scènes passionnées, et même une marche militaire dont on ne voit pas bien ce qu'elle fait là. La réponse du musicien ? L'envie de faire entendre une marche militaire. Tout bêtement. Voilà qui mérite d'être franc, mais décidément Hector Berlioz semble brouiller les pistes.

Reprenons, pour clore ces quelques considérations, cette phrase d'Henri Barraud, qui ponctue bien le débat : " Une fois de plus, on peut constater que Berlioz crée des formes nouvelles en même temps que chacune de ses oeuvres et qu'il est bien le musicien le plus libre à l'égard des canons de son art que l'on ait jamais vu. "

On vous aura prévenu... :)
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Chronologie des oeuvres principales

1824 : Messe Solennelle
1827 : Waverley, ouverture

1829 : Huits scènes de Faust ; La mort de Cléopatre, cantate

1830 : Symphonie Fantastique ; Orchestration de la Marseillaise ; Sardanapale, Cantate (premier prix de Rome) ; La Tempète, ouverture pour choeur et orchestre

1831 : Lélio ; Le Roi Lear, ouverture

1832 : Rob Roy, ouverture

1834 : Harold en Italie

1837 : Requiem

1838 : Benvenuto Celini

1839 : Roméo et Juliette

1840 : Symphonie Funèbre et triomphale

1841 : Les Nuits d'été

1844 : Le Corsaire, ouverture

1846 : La Damnation de Faust

1849 : Te Deum

1854 : L'Enfance du Christ

1858 : Les Troyens

1862 : Béatrice et Bénédict