Portrait

Dire d'Hector Berlioz qu'il était un homme à forte personnalité est un euphémisme. Son charisme et son extravagance ont fait de lui l'un des artistes les plus influents et intimidants de son époque. Sa chevelure délirante (presque cartoonesque !), est à ce titre un sympathique clin d'œil extérieur au bouillant intérieur, qui pourrait même tenir lieu de mise en garde pour qui approche ou est approché par Hector : attention, cet homme n'est pas exactement normal ! Car sous le maelström de ses cheveux, c'est Vulcain qui trône au centre de son cerveau.

Berlioz n'est pas l'enfant du siècle pour rien. Romantique de nature, il est conscient de mener une existence extraordinaire : " Ma vie est un roman qui m'intéresse beaucoup. " Il joue un rôle de théâtre, un personnage façonné par lui, qui se met en scène chaque fois qu'il en a l'occasion, au point d'atteindre chaque fois l'exubérance et de toucher très souvent au ridicule. Il ne connaît pas de limites, outrepasse en permanence ce qui peut l'être, à commencer - bénédiction ! - par son art. Il crée de nouvelles formes, diversifie considérablement la formation de l'orchestre, explore et découvre des sonorités, bref, il fait exploser la musique. Et quand il va au concert ou à l'opéra et qu'il entend une œuvre qui lui déplait, quand l'interprétation ne lui convient pas, il devient alors l'excentrique de service et manifeste son humeur de la façon la plus éloquente qui soit, en n'hésitant pas à insulter ouvertement untel ou untel ! La discrétion ? Ce mot ne fait pas partie de son vocabulaire, surtout quand il s'agit de sa religion, la musique.

Berlioz l'exalté... Passionné de littérature et amoureux de toutes les femmes, il est sujet aux enthousiasmes fous, aux délires les plus invraisemblables. En lisant Shakespeare, Goethe, Virgile, il s'éprend tour à tour de Juliette, Marguerite et Cassandre, beautés fatales, muses qui allaient toutes trois devenir musique. L'amour qu'il voue aux femmes manque même de le tuer plus d'une fois, notamment lorsqu'il tente maladroitement de se suicider alors qu'il est en voyage. Son égocentrisme n'a pas d'égal et la modestie ne l'étouffe pas : au rayon du génie il se place volontiers à côté de Shakespeare, sa révélation lyrique, et Beethoven, sa révélation musicale ! Tant d'arrogance inspire tout sauf l'indifférence, et Berlioz s'attire autant les foudres qu'il ne suscite l'admiration.


La vie de cet homme hors-normes est jalonnée de chances inespérées (comme le don de 20 000 F de Paganini pour la composition de Roméo et Juliette) et d'abominables coups du sort. Au cours de son existence, Berlioz verra disparaître un à un les êtres les plus chers à ses yeux jusqu'au coup de grâce final, la mort de son fils, Louis. Avant cette dernière tragédie Hector Berlioz avait toujours su trouver les ressources mentales pour continuer son combat de tous les jours… celui de la reconnaissance. C'est pourquoi il laisse en parallèle une énorme production littéraire, faite de critiques musicales, d'ouvrages analytiques, de correspondances, et enfin des Mémoires, gros pavé de plus de 500 pages ! C'est bien simple, on peut le suivre au jour le jour, et avec un bonheur réel tant la plume du maître est talentueuse ; ses plus belles pages sont même parfois comparées à celles de Gauthier ou Hugo. Et oui ! un Berlioz en cache un autre…


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Chronologie
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- 1803 : 11 décembre, naissance à La Côte-Saint-André.
- 1811 : Fermeture du séminaire dans lequel étudiait Hector. Son père décide d'éduquer son fils lui-même. Il lui donne entre autres des leçons de flûte et de guitare.
- 1815 : Berlioz fait la connaissance d'Estelle Duboeuf, qui est sa première passion amoureuse. Elle sera l'une des inspiratrices de la symphonie Fantastique...
- 1816 : Premières mélodies.
- 1821 : Bachelier à Grenoble, il part pour Paris étudier la médecine.
- 1822 : Il décide de se consacrer entièrement à la musique. Il est encouragé par le Musicien Lesueur.
- 1825 : La Messe solennelle est jouée en l'église Saint-Roch, à Paris. Berlioz brûlera la partition.
- 1827 : Il s'engage comme choriste. Coup de foudre pour l'actrice Harriet Smithson qui joue Hamlet.
- 1828 : Révélation de Beethoven.
- 1830 : Première exécution de la Symphonie Fantastique. Cantate Sardanapale qui permet à Berlioz de décrocher Le prix de Rome après 3 échecs.
- 1831 : Départ pour Rome, obligatoire pour les lauréats du Prix de Rome qui se retrouvent à la Villa Médicis. Velléités de suicide après avoir apprit la tromperie de Camille Moke qu'il voulait épouser.
- 1832 : Retour en France.
- 1833 : Mariage avec Harriet Smithson, en octobre.

Fils de Berlioz- 1834 : Le 14 Août, naissance de son fils Louis. Composition de Harold en Italie. Succès mitigé.

-1835 : Berlioz obtient le feuilleton du journal des débats, ce qui lui procure un revenu fixe.
- 1837 : Commande d'un Requiem, exécuté le 5 décembre. La situation se dégrade au foyer des Berlioz.
- 1838 : Son Opéra Benvenuto Celini est représenté le 10 septembre : échec total. Paganini, qui voit en Berlioz l'unique successeur de Beethoven, remet à Berlioz une lettre de 20000 francs. (600 000 francs aujourd'hui !!)
- 1839 : Il est nommé conservateur adjoint à la bibliothèque du conservatoire. Il est fait chevalier de la légion d'honneur. Le 24 novembre, Roméo et Juliette est exécuté au conservatoire : triomphe. Wagner est impressionné.
- 1840 : Commande de la Symphonie funèbre et triomphale : échec après son exécution.
- 1841 : Marie Recio, chanteuse sans aucun talent, devient sa maîtresse. Berlioz compose Les Nuits d'été pour piano et voix.
- 1842 : Il part avec sa maîtresse pour la Belgique et l'Allemagne.
- 1843 : Succès en Allemagne. Publication du "Grand traité d'orchestration et d'instrumentation".
- 1844 : Le Carnaval Romain ; Le Corsaire : Ouvertures.
- 1845 : Départ pour l'Autriche.
- 1846 : Berlioz est à Prague : succès, tout comme à Budapest. Retour en Allemagne. Il revient en France où il fait exécuter la première de la Damnation de Faust : Echec.
- 1847 : Départ pour la Russie. Nombreux concerts à succès. En juillet, retour à Paris. Novembre : Départ pour Londres.
- 1848 : Projet des Mémoires.

Louis Berlioz, père d'Hector, meurt.

- 1849 : Composition du Te Deum.
- 1850 : Mort de sa soeur Nanci.
- 1852 : Voyage à Londres de février à juin. Départ pour Weimar où Franz Liszt organise une semaine Berlioz : Triomphes.
- 1853 : Tournées en Allemagne de Août à Décembre.
- 1854 : Mort de sa femme Harriet. Nouvelle tournée en Allemagne. Une première de L'Enfance de Christ est donnée. Le succès est incontestable. Au mois d'octobre, Berlioz se marie avec Marie Recio.
- 1855 : Voyage en Allemagne. Il met Les Troyens en projet. Il donne des concerts à Bruxelles et Londres.
- 1856 : Voyage à Weimar. Berlioz souffre de la névrose intestinale.
- 1858 : Après plusieurs années de travail, il achève Les Troyens.

- 1860 : Mort de sa soeur Adèle.

- 1862 : Berlioz achève Béatrice et Benedict. Mort de sa deuxième femme, Marie Recio.
- 1863 : Représentation de Troyens à Carthage (2ème partie de l'Opéra) : succès mitigé.
- 1864 : Berlioz devient Officier de la légion d'honneur. Les Mémoires sont terminées.
- 1865 : Il revoit Estelle Duboeuf, devenue Fornier, et la demande en mariage.
- 1866 : Voyage en Autriche.
- 1867 : Mort de son fils. Malgré la maladie, il part en Russie.
- 1868 : Deux congestions cérébrales affaiblissent Berlioz encore un peu plus. Mort de son plus vieil ami, Humbert Ferrand.

- 1869 : Mort de Hector Berlioz, le 8 Mars.Tombe de Berlioz à Montmartre, Paris.

- 1870 : Publication des mémoires.