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Economie burkinabè
L'Organisation de coopération et de développement
économiques (OCDE) et la Banque africaine de
développement (BAD) publient chaque année, un rapport
sur l'état de l'économie africaine. Intitulé
« Perspectives économiques en Afrique »
(PEA), l'édition 2004-2005 offre un vaste aperçu de
l'économie de 29 pays dont le Burkina Faso.
Selon les
auteurs du rapport, les performances économiques de
nombreux pays africains se sont nettement redressées,
grâce principalement à l'envolée des cours des
matières premières, du relèvement du niveau de l'aide,
et aussi de la poursuite de l'amélioration de la gestion
macro-économique.
Pour le
Burkina Faso, on pouvait craindre le pire en raison de la
crise ivoirienne et ses conséquences sur les pays de la
sous-région ouest-africaine. Mais en dépit de cette
crise, le Pays des hommes intègres a, contre toute
attente, enregistré un taux de croissance élevé de 8%
en 2003. Certes, la bonne saison pluviométrique y est
pour quelque chose, mais d'après le rapport, cette
croissance s'explique surtout « par la capacité
des autorités et des opérateurs burkinabè à s'adapter
à la situation. Ils ont su mettre en oeuvre des
stratégies adaptées et jouer la carte de la
coopération régionale ».
Cependant,
pour 2005, la croissance devrait retomber à 3,3% car non
seulement l'économie burkinabè est très peu
diversifiée, mais son dynamisme dépend de facteurs
externes que le pays ne maîtrise pas, tels le climat,
les parasites ou encore les cours de l'euro et du dollar.
« Le défi demeure pour ce pays de diversifier son
économie pour réduire sa vulnérabilité tout en
mettant encore davantage la croissance au service de la
réduction de la pauvreté ».
Le secteur
agricole et le secteur marchand jouent un rôle majeur
dans la croissance de l'économie, le premier
représentant 31% du Produit intérieur brut (PIB) en
2003, dont 19% pour l'agriculture, 9% pour l'élevage et
3% pour la sylviculture et la pêche, et occupant entre
80 et 90% de la population, et le second 30%. Suivent à
égalité, les services publics et le secteur des mines
et manufactures (17%) et enfin le BTP (5%). Or, en 2004
le secteur primaire a connu une baisse de 14% alors
qu'elle avait augmenté de 16,3% l'année précédente,
baisse due à la mauvaise pluviométrie et en partie aux
destructions provoquées par les criquets.
Officiellement
en situation céréalière excédentaire
Mais, même
en recul, la production céréalière en 2004 a atteint
3,1 millions de tonnes pour des besoins estimés à 2,45
millions de tonnes. Dans une interview accordée au
journal Le Pays du 18 juillet 2005, le directeur
général des prévisions et des statistiques agricoles,
Mahama Zoungrana est catégorique : « Je
confirme qu'il se dégage un excédent céréalier,
contrairement à certaines sorties médiatiques parlant
de déficit céréalier au BF ».
Pour une
fois, et contrairement au Niger, la nature ne s'est donc
pas comportée comme une marâtre envers le Burkina. La
famine qui sévit dans plusieurs localités depuis des
semaines ne s'explique que par l'incapacité des
autorités à organiser rationnellement le marché des
céréales à l'échelle du pays. « De manière
générale, le secteur des céréales souffre d'un
déficit d'organisation de la filière et de valorisation
de la production ».
La récolte
de coton, principal produit d'exportation, a été
satisfaisante en 2003-2004 avec 480 000 tonnes au terme
de la campagne, avant d'atteindre 630 000 tonnes en 2005,
propulsant le Burkina en tête des pays africains
producteurs d'or blanc. Malgré la fermeture de la
frontière avec la Côte d'Ivoire, la Société des
fibres textiles (SOFITEX) a quand même pu écouler la
production, et profitant de la bonne tenue du cours du
coton, a pu proposer aux paysans un prix intéressant de
l'ordre de 210 F le Kg, contre 185 F un an plus tôt.
La
privatisation de la filière que les paysans ne voyaient
pas d'un bon oeil, n'a pour l'instant pas provoqué les
conséquences sociales tant redoutées. Mieux, les deux
sociétés nées de cette cession, la Société
cotonnière du Gourma (SOCOMA), une filiale du Groupe
français DAGRIS, et Faso Coton, une filiale du Suisse
Paul Reinhart n'ont pour l'instant pas annoncé de
suppressions d' emplois et leur performance semble bonne
pour leur première saison.
L'élevage,
a également été perturbé par la fermeture de la
frontière
Deuxième
poste d'exportation derrière le coton, l'élevage, qui
procure près de 20% des recettes de l'Etat a également
été perturbé par la fermeture de la frontière.
Privés du marché ivoirien, destination de 60% du
bétail burkinabè, les professionnels du secteur se sont
rabattus sur des marchés de moindre importance,
notamment au Ghana, au Niger et au Bénin.
Avec une
croissance de l'oordre de 2,5% en 2004, les activités
liées à l&rsquoélevage ont certes permis d'amortir
en partie, notamment dans le Nord, les pertes de revenus
liées à la mauvaise récolte céréalière, mais ces
revenus n'ont pas été suffisants pour éviter aux
populations d' être plus qu'ailleurs, touchées par la
famine.
Tout comme
le coton, la bonne orientation des cours de l'or a permis
de maintenir le dynamisme des activités
d&rsquoexploration des ressources aurifères dans le
secteur de la « grande mine » (exploitation
industrielle). Au total 170 permis d'exploitation ont
été attribués dont un grand nombre en 2004. Les sites
de Kalsaka (Cluff Mining) et Taparko (High River Gold)
sont désormais en phase de construction et la production
devrait commencer au plus tard début 2006. D'autres
sites dont celui de Mana (Semafo) ou d'Essakane
(Orezone), potentiellement l'un des sites les plus
importants en Afrique avec des ressources estimées à
55,6 tonnes d'or sont en phase d'exploration. La
privatisation lancée du Comptoir burkinabè des métaux
précieux (CBMP) vise à revitaliser le secteur.
Quant au
secteur secondaire, il représentait environ 22% du PIB
en 2003 et est dominé par l'égrenage du coton,
l'agro-alimentaire, le BTP, de nombreuses entreprise
telles les grands Moulins du Burkina, la Sossuco, et SAP
Olympic, ces trois sociétés ayant été fortement
affectées par la crise ivoirienne. La croissance de ce
secteur estimée à 6,9% en 2004 contre 9,5% en 2003, a
bénéficié des activités d'égrenage, lui-même
imputable à la très bonne récolte cotonnière de la
saison 2003/2004.
La
téléphonie mobile tire la croissance vers le haut
Le secteur
tertiaire qui représentait environ 47% du PIB en 2003
est sans conteste le plus dynamique, son rythme de
croissance ayant connu une légère embellie en 2004 avec
6,8% contre 6% en 2003. Un dynamisme qui repose
principalement sur la téléphonie mobile, ces fameux
« circulaires » et sur les transports qui ont
bénéficié de l'arrêt du trafic ferroviaire.
Au plan
macro-économique, le rapport indique que le Burkina ne
pourra pas réaliser l'objectif de convergence au sein de
l'Union économique et monétaire ouest-africaine
(Uemoa). Comme les années passées, le gouvernement ne
respectera sans doute pas le critère clé de solde
budgétaire de base rapporté au PIB nominal nul ou
positif. Ce non respect est imputable à la faiblesse de
la pression fiscale qui oscille entre 11 et 12% alors
qu'elle devrait être supérieure ou égal à 17%.
Mais on voit
mal le gouvernement essayer de relever ce taux afin de se
mettre en conformité avec ses engagements
sous-régionaux, l'exemple du Niger plaidant pour le
statu quo, d'autant que, politiquement, une telle
décision semble inopportune. Le projet de budget 2005
bâti sur une prévision de croissance de 3,5% s'inscrit
donc dans la continuité même s'il prévoit un
élargissement du déficit (dons inclus) à 5,8% du PIB.
Les dépenses devraient rester stables tandis que les
recettes fiscales devraient progresser de 11,3 en 2003 à
12,2% du PIB en 2004. A condition toutefois que la
collecte de l'impôt s'améliore et qu&rsquoune
traque impitoyable soit engagée contre ce « cancer
fiscal » qu'est la fraude.
A en croire
le patron de la Coordination nationale de lutte contre la
fraude, Dieudonnée Marie Compaoré, la lutte semble
perdue depuis plus de 10 ans, la délinquance fiscale
ayant quitté le petit commerçant de Pouytenga pour
s&rsquoincruster dans les bilans des sociétés.
« La fraude s'intellectualise », révèle
t-il. A ce constat amer auquel s&rsquoajoutent la
corruption généralisée et l'impunité dont jouissent
certaines sociétés, rien ne pousse à l'optimisme dans
ce combat. Des individus épinglés par la Haute
autorité de coordination de lutte contre la corruption
dans son rapport de 2003 ne coulent-ils pas des jours
tranquilles, narguant ainsi la justice ?
Le pétrole,
le grain de sable dans l'économie ?
Cité par
les Institutions financières internationales pour la
rigueur dans la gestion des finances publiques, le grain
de sable dans l'équilibre macro-économique du Burkina
pourrait venir de l'extérieur, notamment du prix du
pétrole et l'éventuelle décision de répercuter la
hausse à la pompe avec les conséquences sociales que
l'on peut redouter.
L'augmentation
du prix du pétrole pourrait aussi pousser le
gouvernement à augmenter la subvention à la Sonabel, ce
qui est plus que probable car une subvention obtenue avec
le soutien de la Banque mondiale avait été acquise au
profit de la société d'électricité sur la base d'un
baril prévu entre 40 et 45 dollars. Or depuis plusieurs
mois, le prix du baril de pétrole caracole autour de 50
dollars et n&rsquoest pas près de baisser.
Dans ce
contexte, on se demande comment le gouvernement
burkinabè va pouvoir tenir le cap de la privatisation de
la Sonabel dont le processus est lancé depuis 2001.
L'audit des comptes 2002 et 2003 a déjà eu lieu, et la
fin de la privatisation, qui verra la Sonabel prendre la
forme d'une société fermière avec un partenaire
majoritaire dans le capital, ne devrait pas intervenir
avant le deuxième semestre 2006, bien après l'élection
présidentielle.
La
privatisation de la Société nationale burkinabè
d'hydrocarbures (Sonabhy), monopole public est également
au même stade d'avancement. Son capital sera ouvert mais
l'Etat devrait rester majoritaire, et conservera le
monopole des achats le stockage des produits pétroliers.
Grâce à la
vente exceptionnelle de coton, le Burkina a pu réduire
son déficit commercial de 8,5% en 2003 à 7,9% en 2004
rapporté au PIB, mais structurellement, la balance
commerciale du pays est déficitaire, conséquence de la
faiblesse du secteur exportateur, qui ne représente que
8% du PIB contre 26,5% en moyenne dans la zone UEMOA,
composé du coton (63%) et des produits de l'élevage
(13%).
C&rsquoest
dire donc si le commerce extérieur du Burkina est
fortement dépendant de la parité euro/dollar et du prix
du coton sur le marché international, prix qui échappe
au contrôle des pays africains.
Un secteur
bancaire solide mais frileux
Relativement
solide, le secteur bancaire dispose d'une surliquidité
à court terme, mais sa participation à l'économie
nationale en terme de crédit est faible, pas plus de 13%
du PIB. La frilosité des banques à financer des PME
locales, avec plus ou moins la bienveillante neutralité
de l'Etat, est préjudiciable à la lutte contre la
pauvreté.
Pourtant, au
début des années quatre-vingt dix, l'Etat avait
racheté les créances des banques alors en grande
difficultés financières afin d'assainir leur situation.
Ne pourrait-il pas aujourd'hui inventer un mécanisme,
par exemple une caisse de garantie pour les inciter à
prendre plus de risque dans l'octroi des crédits ?
Même les quelques rares demandes acceptées sont
soumises à des taux d'intérêts très élevés, entre
10 et 18%. « Il semble manquer au Burkina, une
vraie politique bancaire cohérente en direction des PME,
qui pourrait par exemple déboucher sur une fusion des
différents dispositifs en une banque spécialisée ou en
un fonds de garantie pour le financement spécifique des
PME », soulignent les auteurs du rapport, ajoutant
que les « autorités n'ont par ailleurs pas de
position claire en direction du secteur de la micro
finance, totalement pris en charge pour le réseau des
caisses populaires ».
En
conclusion, les experts de l'OCDE et de la BAD insistent
sur le fait que la réduction de la pauvreté passe par
« la réduction des disparités géographiques
ainsi que celles entre milieux ruraux et urbains,
notamment en matière d&rsquoaccès aux services
sociaux ».
A l'instar
de nombreux autres pays, le Burkina affiche un retard
dans la réalisation des Objectifs du Millénaire d'ici
2015. Le Pays des hommes intègres pourrait atteindre
seulement deux Objectifs sur sept, la réduction de
moitié de la proportion de la population qui souffre de
faim, et la réduction de moitié du pourcentage de la
population qui n'a pas accès de façon durable à
l&rsquoeau potable.
En revanche,
le Burkina recule à offrir à tous les enfants les
moyens d'achever un cycle complet d&rsquoétudes
primaires, accuse un retard important dans l'élimination
des disparités entre les sexes à tous les niveaux de
l'enseignement et dans la réduction de 2/3 le taux de
mortalité des enfants de moins de 5 ans.
Pour les
fruits du « Programme pour un développement
solidaire » garantissant à tous « un avenir
tranquille », il faudra encore patienter un peu.
....................................................Par Wahab Sidibé...... Lefaso.net jeudi ...... 4 août 2005.
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