| LA VIEILLE EGLISE |
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La riante rivière de la Souchez qui traverse le village du même nom prend sa source en deux vallées: celle de Carency et celle d'Ablain.
Est-ce cette particularité géographique où est-ce un sentiment particulier aux gens d'ici, mais les amitiés entre les deux villages de Carency et d'Ablain sont de tradition alors que les inimitiés avec Souchez sont légendaires.
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En Carency était un château. L'habitation avait plutôt l'air d'une ferme que d'un vrai château mais, avec ses épaisses murailles de pierre et son donjon, il servait souvent d'abri aux paysans lorsque la région n'était pas sûre. Les seigneurs de Carency étaient puissants puisque " de BOURBON " et reçus en tant que tels à la Cour et aux tournois. On cite encore la joute de Pierre de Bourbon, seigneur de Carency à l'occasion du mariage de Charles le Téméraire à Bruges en 1468.
Nombre de ces seigneurs servirent l'Etat et le Roi de France après avoir servi ceux du Duc de Bourgogne. Plus tard, en 1702, la terre de Carency passa par le mariage aux Montmorency, un nom tout aussi illustre au vu de l'histoire de la France.
Dans les dernières années du XV éme siècle ou les premières du siècle suivant, il advint que Charles de Bourbon-Carency fut appelé par son roi, Louis XII, pour soutenir ses prétentions sur le Milanais. L'Italie était loin et la guerre, devoir de vassal. Dans le château de Carency, Catherine d'Allègre, son épouse attendit le retour de son seigneur et mari, consacrant ses journées à l'administration du domaine et à l'éducation de leurs quatre enfants.
Parmi ceux-ci, Loyse était sans doute la plus belle. Elle ravissait ses parents et les visiteurs par un visage toujours agréable et souriant et un charme naturel que relevait un esprit si fin qu'on se répétait ses paroles dans tout le voisinage.
Ses promenades et ses rêveries l'amenaient souvent à suivre le cours de la rivière en songeant au temps où son père reviendrait de la guerre tout chargé de cadeaux. Elle était sa plus chère fille et savait pouvoir compter sur une générosité jamais démentie.
Pour l'accompagner dans ses escapades, la mère de Loyse faisait confiance à Jehan. Jehan remplissait l'office de page auprès du père de Loyse. Il avait su se faire apprécier et se faire aimer de toute la petite famille au sang si noble résidant à Carency. Sa prestance impressionnait, son esprit n'avait d'équivalent que celui de la damoiselle avec qui il rivalisait en échanges pétillants.
Mais voilà, Jehan n'était pas de haut lignage. N'eut été l'affection de Charles de Bourbon et l'amitié de la famille, rien ne prédisposait le page à partager l'intimité des seigneurs. L'instruction qu'il avait reçue avec des jeunes princes avait avisé ses dons, mais aussi ses rancoeurs
On ne sait comment cela arriva, fut-ce l'éloignement de Charles ou la tendresse de deux jeunes coeurs de toujours tendus l' un vers l'autre, mais l' irréparable fut commis. L'idylle à peine commencée fut dénoncée par le village, le scandale éclata pour la plus grande honte des seigneurs et de tout l'entourage.
Jehan qui ne savait que trop le châtiment que l'on réservait aux suborneurs de filles de haute lignée trouva le salut dans la fuite, sachant qu'à nul endroit, jamais plus, il n'aurait de repos. Certains prétendent qu'il s'associa pendant quelques temps à une bande de malandrins qui parcourait les campagnes, puisque, pris par la justice, il expia sur une potence les crimes que la vie lui avait fait commettre.
Loyse venait de faire une cruelle expérience de la vie. Ses sens s'en trouvèrent durablement perturbés. Ni le jour, ni la nuit elle ne trouvait le repos. Un regard perdu de pensées n'allumait aucune vie dans son visage. Une langueur de tous les instants paralysait ses actions, ses désirs, son goût à vivre et à s'alimenter. La peur s'installait dans les préoccupations d'Allégre, sa mère. A Carency, chacun pensait que Loyse se laisserait mourrir de remords, de honte, de peine.
Voyant dépérir sa fille, sa mère ne comptait plus que sur les secours de la religion. Les moines de Saint Eloi, les nobles dames d' Etrun venaient régulièrement au château dire des messes et réconforter la famille seigneuriale, sans qu'une amélioration ne se dessine dans le comportement de Loyse. Charles s'en revint de guerre. Tout son amour pour sa fille, toutes ses bonnes paroles, toutes ses convictions n'y firent rien. Vint le temps où l'on considéra Loyse comme perdue.
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Dans le village de Ablain Saint Nazaire, dans la vallée voisine était une chapelle dédiée au bienheureux évèque Saint Nazaire. Autour de cette dévotion, pour quelques miracles déjà attribués au saint, un hospice avait été élevé. Hugues d'Ablain l'avait fondé en 1270 et depuis, les malades atteints de démence venaient y suivre une neuvaine. Certains s'en repartaient guéris et propageaient assez loin les mérites de l' eau de la rivière, porteuse des miracles de Saint-Nazaire.
Par un été torride, toute la famille de Charles de Bourbon-Carency s'en vint pendant neuf jours de Carency en Ablain. On vit chaque aube le seigneur, son épouse et les enfants franchir à pied le petit pont du château, gravir la colline et redescendre par les champs vers l'hospice d'Ablain. La matinée se passait en prières et en messes dites tant par les moines de Saint Eloi que par le curé de Souchez et même l'évèque de Saint-Vaast qui voulait obliger le puissant seigneur.
Vers midi une collation était apportée du château où l'on était reçu par la famille d'Ablain dont le château dressait sa masse sombre plus à l'ouest. Le seigneur du Carieul aussi disputait l'honneur d'inviter les de Bourbon à sa table, les vêpres rappelaient toute la seigneurie à l'hospice pour d'autres suppliques au saint patron du lieu.
Au neuvième jour, on désespérait de voir Loyse recevoir la grâce du saint. On la vit tout à coup s'agiter sur son siège un peu convulsivement, essuyer de lourdes larmes silencieuses puis s'agenouiller à même le sol. Une longue priére parvint à franchir ses lèvres qui caressa d'un murmure toute l'assistance étonnée et attentive. Chacun sut, avant même qu'une parole ne soit prononcée par quelqu'un d'autre que Loyse était sauvée.
Les pleurs de joie succédèrent aux pleurs de peine pour toute la famille des Bourbons. Il n'y eut pas d'alléluia plus chanté, plus entonné que celui qui résonna ce jour-là dans la petite chapelle de Saint-Nazaire. Il n 'y eut plus de jour que les seigneurs ne remercient le ciel de ses bontés. Dans les jours qui suivirent, Loyse fit connaitre sa décision de consacrer sa vie au service de Dieu en entrant au couvent et en y prononçant des voeux définitifs.
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Si grand qu'était le renom du seigneur Charles de Bourbon Carency, il ne lui faisait pas oublier son devoir envers le saint à qui il devait la guérison de sa fille. Son rang et sa fortune lui faisaient un devoir de témoigner de façon éclatante de sa gratitude. Le saint était honoré par une sobre chapelle à Ablain, il fut décidé d'élever une église qui lui serait consacrée et prolongerait, par delà les années, le souvenir du miracle.
Le choix de sire Charles se porta sur Jacques Caron comme architecte. Celui-ci venait de terminer l'hôtel de ville et le beffroi d'Arras dont tous les connaisseurs vantaient la pureté des lignes et la hardiesse des formes. Si l'architecte n'avait fait que terminer le beffroi, du troisième étage au couronnement, il sut y créer une sveltesse extraordinaire tout en ne copiant pas sur les formes d'églises que l'on batissait ailleurs. Charles de Bourbon offrit à l'homme de l'art de lui laisser toute latitude pour oeuvrer à son idée et déployer toutes les facettes de son talent. Le prix, lui non plus, n'entrait pas en ligne de compte. Le seigneur était riche, il se devait de le montrer.
Jacques Caron se mit immédiatement à l'oeuvre.....
Il semblerait que la date de la guérison de Loyse soit 1527. Elle est couramment admise comme celle du début de construction de l'église.
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L'homme de l'art donna à son ouvrage de belles proportions et choisit de le réaliser dans le style flamboyant tel qu'il régnait alors, dans une grande finesse d'exécution et une extrême hardiesse des formes. La voûte sur croisée d'ogives se surchargeait et se compliquait de contre-courbes surprenantes.
Les habitants d'Ablain, heureux de s'associer à l'offrande du seigneur et ceux de Carency, requis pour la circonstance, s'occupèrent du transport des matériaux. La tradition orale veut que, en un jour, poussés par l'empressement de Charles de Bourbon, ils amenèrent six cents chariots de pierres sur les lieux de la construction. On avait choisi la pierre blanche de Pronville, entre Arras et Cambrai qui offrait toutes les qualités nécessaires pour une telle réalisation.
Le travail avança rapidement et les trois nefs de l'église s'élevèrent bientôt pour fermer un vaste espace. Une double rangée de colonnes quadrangulaires s'élançait vers le ciel pour soutenir une toiture dont on crut que l'architecte ne se déciderait jamais à la trouver assez haute.
On eut dit que pour l'église de Saint-Nazaire, les sculpteurs voulaient déployer les meilleurs artifices de leur art. Les pierres n'étaient que moulures et festons, les arcs doubleaux soutenaient des voûtes que l' on venait de loin prendre en exemple de classicisme. Les façades déployaient toutes les fantaisies d'une imagination débordante comme on aimait en faire montre à l'époque. A l'intérieur, huit colonnes soutenaient les ogives à quelque onze mètres de hauteur. Les points de réunion des arcs s'enrichissaient de médaillons sculptés.
Le portail surtout témoignait de ce génie qui fut propre à l'architecte Jacques Caron et aux plus habiles artisans de l'époque. Placé sur la face méridionale de l'église, il débordait de deux mètres vers la place. Une originale double porte gemminée y ouvrait sur l'intérieur avec une séparation médiane par un pillier de grès comportant une niche soutenant une statue de saint Nazaire. La voussure du portail constituait le chef d'oeuvre de l'église. Chargée de niches délicatement fouillées, elle supportait un feston de pierres taillées à jour. Feuilles de vigne, ceps, grappes de raisin, et feuillage du houblon cultivé dans la vallée s'y cotoyaient sans surchage. Des personnages recueillis ou grimaçants hantaient cette forêt de pierre. Au dessus de la voussure, un élégant épi sculpté faisait fleurir des choux de pierre profondément ciselé.
Malheureusement, pour une raison qui n' est pas connue, l'architecte abandonna sans doute l'édifice après que la nef seulement fut construite. Le clocher, terminé en grande hâte sur les sollicitations du seigneur de Bourbon-Carency ne reçut pas même la facture. Sa tour crénelée évoquait davantage les églises campagnardes des environs tout en ne contrastant pas sur le reste de l'ouvrage.
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La journée était belle, le soleil, au milieu d' un ciel pur, répandait sur la campagne des flots de lumière et de douce chaleur, et la nature réjouie célébrait par mille concerts, par mille parfums qui montaient vers le ciel, la gloire du créateur.
Tout aussi respirait la joie et l'animation dans le château de Carency, lorsqu'on vit parître l'abbé de Saint-Eloi, la mitre en tête, la crosse d'argent à la main, et revêtu d'une longue robe violette qui s'harmonisait avec sa barbe grisonnante. Près de lui s'alignaient quelques moines vêtus de blanc, et quelques frères couverts de la soutane grise. Plus loin arrivait l'évêque d'Arras, avec ses chanoines vénérables.
Enfin, sur toutes les routes, affluait le peuple, avide de ces fêtes brillantes, plein d'allégresse et vêtu de ses beaux habits; il hâtait le pas pour arriver à temps au nouveau temple, et voir défiler la brillante procession.
Alors on vit sortir par la grande porte du château, franchir les ponts-levis, et s'allonger dans le chemin d'Ablain , nivelè et préparé pour la circonstance, une longue suite de seigneurs et de nobles dames, de moines et de prêtres, que suivaient le vénérable évêque philippe de Croy et les abbés de Saint-Eloi et de Saint-Vaast.
Au vent s'agitaient les bannières chargées d'écussons aux vives couleurs et les étendards de la religion, et toute cette foule étincelait d'or et de pierreries.
La noble procession fit par trois fois le tour de l'édifice et procéda à sa consécration, par les prières et les aspersions ordinaires. Ce fut l'évêque d'Arras qui fit cette auguste cérémonie; l'abbé de Saint-Vaast célébra ensuite une messe pontificale, et alla chercher dans son humble chapelle la statue de saint Nazaire, qu'il déposa dans dans la niche qui lui avait été preparée.
Quant à la pauvre Loyse, elle consacra sa vie au service de Dieu et des malheureux; elle fit tant que l'on oublia bientôt sa faute. On ne vit plus en elle que la pieuse et charitable damoiselle qui répendait autour d'elle le bonheur ....
On ne s'étonnera pas que les seigneurs des environs se soient associés à la joie et à l'offrande du seigneur de Carency. Robert et Huges de Meulin, successivement gouverneurs de la ville d'Arras, dotèrent l'église d'un somptueux mobilier. En remerciement, leurs armoiries figurèrent aux clefs de voûte du choeur. Il n'y eut pas de noble du voisinage qui ne se fit un devoir d'apporter son présent; même les petites gens de la commune, si fières de pouvoir prier dans une telle basilique ne dédaignèrent pas se cotiser pour l'achat qui d'une bannière, qui d'un ciboire, qui d'une étole. Le luxe de l'église devint renommé dans toute la région.
La terre de saint Nazaire, au cours du temps, ne resta pas aux seigneurs de Carency. Elle appartint successivement aux Bétencourt, puis aux Lannoy. L'héritière du nom porta celui-ci aux de Draeck.
Reprenant la générosité à leur compte, les seigneurs de Draeck firent don, deux siècles plus tard, d'une magnifique sonnerie. Quatre grosses cloches furent bénies et suspendues le 16 juin 1749 des noms de Marie, Nazare, Josèphe et Silviem. Un carillon de douze cloches pesant de 36 à 900 livres venait compléter un ensemble exceptionnel et rarissime dans la région.
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Doté d'une telle église, d'un hospice réputé, d'un pélerinage connu, la paroisse de Saint-Nazaire s'enrichit, fut érigée en doyenne. La foi attirait dans ces lieux des milliers de pélerins qui venaient offrir leurs prières, ce qu'ils possédaient de plus précieux en bijoux d'or et d'argent et s'en retournaient ensuite après avoir édifié les habitants par leur piété et leurs vertus.
Le doyenné comportait aussi les paroisses d'Aix, Angres, Bully, Hersin, Souchez, Carency, Bouvigny, Gouy, Servins, et Sains en Gohelle. A la veille de la révolution, le doyen, Jean-Baptiste Delangle déclarait trois mille francs de revenus pour son église, mille quatre cents francs pour lui même compte tenu de ses 540 communiants.
En 1791, l'administration centrale d'Arras dirigée par Le Bon désigna pour l'église d'Ablain un prêtre jureur: M. Pierre-André Chrétien. Cette nomination ne fut pas du goût de tout le monde.....
Le premier maire de la commune, Gislain Topart, partisan du curé destitué s'opposait fréquemment au nouveau prêtre. En octobre 1793 dans l'église utilisée comme lieu de délibérations, le maire s'opposa violemment au prêtre qu'il jugeait excessif. Il dit, entre autres choses, qu'on ne devait plus aller à la messe d'une " bête noire et farouche ". Ces propos ne plurent pas, ni à celui auquel ils s'adressaient, ni à ses partisans. Trois des auditeurs Noêl Devillers, Nicolas Labalette et Antoine Delattre montèrent à la tribune, en arrachèrent l'orateur, le maltraitèrent et le chassèrent de l'église après lui avoir déchiré son écharpe.
Tout le monde fut amené devant le tribunal de Le Bon le 2 novembre 1793 à Arras. Durant près de deux heures on discuta de cette affaire. Le curé, pour sa part, rapporta que le maire avait traité tous les curés de " gens foutres ". Les partisans du curé furent mis en état d'arrestation, le curé destitué, envoyé à dix lieues de là et le conseil municipal suspendu.
Deux jours plus tard, en présence de Le Bon, le curé brûla ses lettres de prêtrise en espérant s'attirer les bonnes grâces de l'autorité administrative d'Arras. Le maire fut dénoncé comme prévaricateur dans sa gestion municipale par le parti des condamnés. Trois officiers municipaux provisoires furent nommés pour remettre de l'ordre dans le village, faire les comptes du maire et mettre en place une nouvelle municipalité.
De cette époque et jusqu'à la fin de la période révolutionnaire, il n 'y eut plus de prêtre pour dire la messe en l'église d 'Ablain-Saint-Nazaire. Le culte, lorsqu'il s'exerçait, se faisait de manière cachée, chez des particuliers, souvent au château du village, tant que cela fut possible.
Ne trouvant plus d'utilité à l'église, vide d'officiant, la nouvelle municipalité de 1793 conduite par un extrémiste, Jean Michel Tourneur décida de la reconvertir en usine à salpêtre. Cette fabrication étant soit mal gérée, soit peu rentable, on abandonna bientôt toute idée d'y faire quoi que ce soit et la grande église, vide, attendit l'heure de son destin .....
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La municipalité conduite par Jean Michel Tourneur, Antoine Cresson, Pasquier Delombre et la famille d'Aix se déclara elle même " à la hauteur de la Révolution " et s'attacha à détruire au village tout ce qui restait des vestiges de la féodalité et du culte catholique.
Le pillage des trésors de l'église commença. Le 20 brumaire an II, sur réquisition de Carrout d'Arras, les "12 cloches, ferrailles et accessoires " furent descendues du clocher pour être conduites aux Capucins d'Arras. Il reste le compte rendu des officiers municipaux.
" La première datée de 1749 où sont gravés un crucifix et une vierge pesant environ 900 livres; la seconde de 1610, omnis spiritus laudet dominus pour son altesse sérénissime, pesant 180 livres; la 3 ème de 1688, omnis spiritus laudet dominum par Pierre Lambron de 200 livres; la 4 ème de 1688 laudate dominum de Calis de 100 livres; la 5 ème de 1746, in miséricordia dominus in actum cantales pesant 90 livres environ; la 6 ème de 1784, non marquée, pesant 60 livres; la 7 ème, laudate dominum de caeligo et trois feuilles de laurier pesant 70 livres; la 8 ème de 1688, sancte nazare de 80 livres; la 9 ème de 1746 sit nomen domini bénédictum, 40 livres; la 10 ème de 1688, sancte nazare de 39 livres; la 11 ème et la 12 ème non marquées pesant 36 livres environ " .
Plus tard, les autres objets du culte furent inventoriés dans les armoires et transportés sur réquisitions: " Etant arrivés dans la sacristie, nous avons trouvé à main droite dans plusieurs armoires, une boîte d'argent à saintes huiles, une navette en cuivre. Dans la seconde, un calice d'argent doré avec sa patène, dans la troisième un autre calice d'argent aussi doré avec la patène. De là, nous avons fait ouvrir aussi une garde-robe à main gauche où nous avons trouvé un soleil d'argent ainsi qu'un ciboire, ensuite nous avons trouvé dans la dite sacristie deux grands chandeliers en cuivre, une croix aussi en cuivre. De là, nous avons visité les armoires où nous avons trouvé plusieurs ornements blancs, rouges et noirs avec des galons que nous croyons faux or et argent. Au maître autel, un grand christ et six chandeliers en cuivre; dans le choeur, un lutrin en cuivre; à l'autel, à droite, nous avons trouvé une couronne d'argent, deux croix, deux chandeliers, un christ en cuivre, une couronne, un coeur, une croix d'argent et deux clochettes; à l'extrémité de l'église, les fonts baptismaux en cuivre ".
D'autres réquisitions furent faites à l'église qui aboutirent au dépouillement total de l'édifice. Quand on eut dévalisé l'église, on vendit les chapelles qui contenaient aussi de grandes richesses. Enfin, on procéda à la vente des chaises, des croix du cimetière, des confessionaux et des banquettes puis du presbytère.
L'église enfin fut vendue pour la somme de 1600 francs à la société Jacob dit Anguin d'Arras.
Le 20 janvier 1800, les ouvriers arrivèrent pour commencer les travaux de démolition et récupérer les pierres et les plombs. On avait déjà brisé une partie de la galerie et des gothiques du portail lorsque Bon Topart, un Ablainois, paya des enfants pour qu'ils jettent des pierres aux ouvriers.
Les démolisseurs une fois descendus du toit, furent alors chassés par des femmes armées de bâtons et de fourches. Lorsque les ouvriers revinrent à la tâche, on leur paya des sommes importantes pour qu'ils aillent les dépenser en boissons.
Les habitants se cotisèrent derrière Bon Topart et on envoya à Arras un pauvre habitant de la commune, Menside Brismaille pour conclure un marché avec la société Jacob. L'église fut donc rachetée par les cotisans pour la somme de 3000 francs.
L'état de l'église avait bien souffert de tant de vissicitudes. Il ne restait à la sortie de la Révolution qu'un monument délabré, un cimetière vide de croix, des toits découverts, la galerie brisée en plusieurs endroits. Les habitants eurent quand même le bonheur de conserver la plus forte des quatres cloches, Marie, bénie le 16 juin 1749 offerte par messire Walérand de Draeck, seigneur d Ablain et demoiselle Marie-Floride de Draeck.
Lorsque l'on autorisa de nouveau le culte en terre de france, les sonneurs sollicitèrent tant et tant cette cloche qu'elle se fendit et que le clocher devint muet pour un très long temps. Seule l'horloge de l'église fut conservée. Elle était le seul moyen de connaître l'heure pour la plupart des habitants du village qui n'en possédaient pas chez eux.
L'ancien curé du village, M . Delangle revint d'exil en 1802. Aucun récit, aucun écrit ne nous a fait savoir comment il a pourvu aux premiers besoins du culte.
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A la tempête de la Révolution succéda le calme du XIX ème siècle......
Les catholiques reprirent possession de l 'église. Ils étaient la large majorité du village .
En 1809, M. Delangle, curé mourut et M. Tamboise fut nommé desservant de l'église, sans vicaire. C'en était fini de la célébrité de l'église, des confortables situations de doyen, desservant, vicaire sur le budget paroissial. L'église était devenue pauvre, pauvre comme avant que Loyse ne recouvre la conscience.
Les curés successifs tentèrent de redonner à l'église un peu de lustre d'antan. En 1806, sous le ministère de M . Delangle, il y eut une plantation de croix. En 1822, une souscription fut ouverte pour le rétablissement du calvaire qui produit 220 F. En 1824, dame Topart fit reconstruire une chapelle à la place d'une ancienne détruite à la révolution. La même année, le Conseil Municipal sollicita un secours pour subvenir aux grandes réparations à faire à l'église, mais il n'obtint rien de l'administration départementale qui avait pourtant tant profité des richesses de l'église.
En 1830, prélevant des fonds pourtant fort nécessaires aux finances communales, le maire fit effectuer les réparations les plus urgentes. En 1836, on reconstruisit le presbytère. Un calvaire fut érigé en 1857 et les cloches furent refondues et bénies en 1858.
Ce jour-là, pour la première fois depuis 1801, des cloches firent retentir leurs échos joyeux dans la vallée du Saint-Nazaire. On avait opté pour un carillon de trois cloches formant l'accord parfait et confié la réalisation aux établissements Drouot à Douai.
Les inscriptions que l'on avait gravées sur les flancs rappelaient les personnes généreuses qui avaient participées à l'achat .
Pour la grosse cloche: je m'appelle Marie, j'ai pour parrain et marraine Monsieur le Comte et Madame la Comtesse Achmet de Servins d'Héricourt. Augustin Graès étant maire et M . Detève étant curé.
Pour la moyenne cloche: je m'appelle Mélanie, j'ai pour parrain Joseph Marche et pour marraine Mélanie Dambrine.
Pour la petite cloche: je m'appelle Augustine, j 'ai pour parrain Victor Letourneur et pour marraine Augustine Charruey.
C'est de cette époque, sous l'action du Comte d'Héricourt que datent les tentatives de faire classer l'église d'Ablain-Saint-Nazaire au titre des Monuments Historiques.
Un dossier fut établi pour être présenté à la commission des Monuments Historiques par le Comte. Comme en toutes choses administratives, bien du temps s'écoulait entre toutes les interventions et il n'y avait pas, au sein de la docte assemblée que des favorables.
Louis Ricouart faisait écrire le 10 avril 1890 que M . Loriquet, rapporteur, n'avait pas cru devoir donner un avis favorable au projet." L'église d'Ablain est intéressante, son portail est un beau spécimen du gothique du XV ème mais ces titres sont insuffisants à justifier une démarche qui ne parait avoir aucune chance d'aboutir, ou, si elle aboutissait contre toute attente, serait de nature à détourner la commune de son rôle de gardienne, sans assurer l'église d'Ablain des secours de l'Etat.
Le 26 juin 1891, ayant reçu quelques assurances, le conseil municipal conduit par M . Garès, maire et le conseil de fabrique de l'église conduit par M . Depret demandaient de nouveau le classement de l'édifice. La façade méridionale fut alors inscrite sur la liste des immeubles à classer par le ministère. Les choses traînant, M. le Baron Cavoi signalait en février 1905 le mauvais état du portail et les infiltrations d'eau qui provoquaient l'effritement de la pierre en ces endroits.
On ne peut oublier d'évoquer ici le rôle d'un curé extraordinaire: M. Pingrenon. Muni des encouragements de la Société Française et de cotisations personnelles de membres de la Commission Départementale des Antiquités, celui-ci commença l'oeuvre de préservation de l'église.
Il fit tout d'abord gratter les murs et la voûte que l'on avait malencontreusement peints au XVI éme siècle. Ce premier travail donna déjà un beau résultat. L'autel et son retable furent enlevés, dégageant les fenêtres du choeur qui reçurent de nouveaux vitraux. La toiture de la sacristie, adossée à la nef de droite fuyait. Elle fut refaite en plomb et la baie qu'elle obstruait libérée. Les autres fenêtres furent restaurées, les meneaux rétablis. Des fonts baptismaux furent placés à l'extrémité de la nef de gauche.
Les Ablainois ne restaient pas indifférents à tous ces travaux. Ils souscrivaient auprès du curé ou offraient des vitraux. Avec ces subsides, la façade méridionale fut restaurée presqu'en entier, les murs minés de salpêtre retrouvèrent une nouvelle jeunesse.
Malheureusement, le maire de l'époque, M. Letourneur, prit ombrage de la trop grande réussite de son curé et de ses multiples connaissances à l'extérieur du village. Une longue querelle s'installa entre les deux personnes pour de futiles dépenses ou la décision de nommer le sonneur du village. De rocambolesques épisodes parsemèrent les dernières années de sacerdoce du prêtre, l'un et l'autre s'interpelant par lettre ou voie d'affichage, prenant constamment la population à témoin.
Le départ du prêtre dans une autre commune mettra fin à la querelle, mais l'église d'Ablain perdra un de ses meilleurs défenseurs.
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En 1889, M . Joseph Delwail prit la succession de M. Jean-Baptiste Caron, lui même successeur de M . Victrice Pingrenom, curé d'Ablain-Saint-Nazaire.
M . Delwail était un fin lettré, amateur d'architecture. Il sut se concilier les bonnes grâces du maire en place, M . Garès. On a vu qu'en 1891, un sérieux dossier était établi pour faire classer l'église. M. Delwail écrivit pour la circonstance un mémoire qui prit la forme d'un livre qui fit beaucoup pour faire connaître à l'extérieur l'histoire de l'église d'Ablain-Saint-Nazaire.
A la disparition de l'abbé Delwail, l'église n'était toujours pas classée et plus grave nécessitait d'importants travaux. Les municipalités successives se désintéressaient de son état.
M . Lavoine rendit compte le 8 octobre 1908 d'une excursion faite avec M. Souillard à Ablain : " Nous sommes à Ablain et devant son église ".
A l'extérieur, elle paraît en assez bon état, à l'exception de sa galerie ébréchée et de la dentelle de pierre surmontant le portail et déjà en partie écroulée en 1857, rien ne fait soupçonner la ruine qui menace l'intérieur.
Des mousses d'un vert foncé, indices d'infiltrations anciennes, tapissent hideusement les murs des basses nefs et d'une partie du choeur. L'énorme pilier de la deuxième travée du côté droit, également rongé, est tout effrité; il suffit du bout de la canne pour en faire tomber les débris; les pierres de la voûte commencent à se désagréger et certaines sont sorties de plusieurs centimètres.
Si l'on jette les yeux du côté gauche, on ne peut que faire les mêmes constatations et c'est encore le pilier de la première travée qui est le plus profondément atteint.
Nous n'avons pu recueillir sur place que quelques indications; mais, mis au courant de notre visite, M. le Dr Duquesnoy, maire actuel, est venu aimablement nous renseigner sur la situation de son église.
Il nous a tout d'abord appris la bonne nouvelle du classement définitif du monument, classement qui avait fait, il y a 59 ans, l'objet d'un voeu du Conseil Général. Puis il nous a donné quelques détails sur les premiers travaux de sécurité publique qu'il a fait faire à l'intérieur dès son arrivée à la Mairie.
Une visite générale de l'église a été faite par M. Perrin, entrepreneur à Lens. L'étançonnement des piliers et voûtes s'imposait, de même qu'il fallait latter de planches et cercler de fer le pilier droit dont l'écroulement n'était qu'une question de jours. Il fallait, de plus, empêcher l'eau de continuer son oeuvre de dévastation.
La réunion du Conseil Municipal était d'urgence et M. le Dr Duquesnoy sut obtenir ce que l'inertie coupable de son prédécesseur n'essaya même pas malgré les sollicitations de la commission et la campagne de presse menée à Béthune par notre aimable collègue M. Mayeur. Le geste demandé par le directeur des Beaux-Arts était une simple délibération demandant le classement.
La nouvelle municipalité ne disposait que d'une somme de 200 F inscrite au budget. Mais, devant l'insécurité du monument, elle n'hésita pas à faire entreprendre ces travaux dont le coût lui occasionna un déficit sérieux.
Voici donc, après plus d'un demi-siècle, cette remarquable église placée sous la sauvegarde de l'Etat.
Le Conseil Général émit, dès 1849 un voeu de classement. La commission naissante devait déjà lutter contre l'indifférence de la municipalité et M. Epellet, architecte départemental et d'Héricourt, propriétaire du Carieul, voisin de l'église d'Ablain furent chargés de surveiller l'envoi des pièces demandées par la Direction des Beaux-Arts. Quatre ans après, malgré leur zèle, ces mandataires n'avaient pas encore obtenu les documents et la commission, pour alléger les frais, confiait à l'habile crayon de Léon Gaucherel le dessin de l'église et, de plus, décidait la rédaction par M. A.d'Héricourt de la notice insérée dans le tome 1er de la "Statistique Départementale".
En 1855, les plans et pièces nécessaires avaient été dressés à titre gracieux par M. Epellet et, seule, l'abondance des travaux en discussion sur nos monuments du Pas-de-Calais avait pu retarder le dépôt du rapport. L'envoi des plans par l'administration n'eut lieu qu'en 1857. M. d'Héricourt fut chargé de faire de nouvelles démarches et l'écroulement en cette même année d'une partie de la belle galerie fut signalée au préfet.
A cette époque, les meneaux des fenêtres, la décoration intérieure et surtout le portail était à refaire. Un vandale avait badigeonné les fines sculptures des voussures de ce dernier et rempli les ciselures de l'artiste avec de l'argile pour obtenir une teinte uniforme!!...
Une souscription publique fut provoquée par M . d'Héricourt et la Société Française d'Archéologie, de son côté s'inscrivait pour une somme de 200 F. L'ensemble des travaux à faire était estimé à 7 ou 8000 F.
C'était déjà une forte somme à trouver, mais un actif et zélé desservant qui devait se vouer 22 ans durant à son église, l'abbé Pingrenon, arrivé à Ablain en 1860, se mit à l'oeuvre et en 2 ans fit exécuter pour 10 000 F de travaux. Guidé par le chanoine Van Drival, il dégagea l'abside d'un retable sans valeur qui l'obstruait, fit réparer les fenêtres du choeur dont les meneaux furent restitués avec de la pierre de Bouvignies. La Société Française pour la conservation des monuments envoya une nouvelle allocation de 300F et la Commission une somme de 200F produit d'une collecte entre ses membres.
Le zèle des uns et la générosité des autres avait donc remis l'édifice en bon état de conservation. Il restait à la municipalité la tâche de veiller à l'entretien des toits et de leurs chénaux. La situation actuelle accuse lamentablement l'apathie des municipalités succéssives et surtout la dernière...Avec quelques soudures faites à propos, elle eut évité une dépense d'au moins 10 000 F à la Direction des Beaux- Arts, qui ne saurait s'en tenir à un simple décret de classement. Nous espérons qu'on y donnera suite par des travaux immédiats et urgents . La commission les réclame avec insistance ". ( séance du 8 octobre 1908 )
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Il est probable que les Beaux-Arts n'eurent jamais le temps d'effectuer le moindre travail sur les bâtiments de l'église d'Ablain-Saint-Nazaire.
Alors survint la grande guerre, celle de 1914 -1918, qui devait bouleverser le monde.
Nous sommes le 5 octobre 1914. Camille Dépret, un frêle garçon de 15 ans, se lève de bonne heure. Avec sa famille, il doit se préparer pour la messe. Comme chaque année à la mémoire des défunts de sa parenté, un office est célébré qu'il ne peut manquer. L'inquiétude est au coeur de tous.
La veille, en grimpant au haut du clocher, tout proche de sa maison à la toucher, il a pu apercevoir la lueur des explosions d'obus vers Lens où combattaient Français et Allemands.
Pour l'heure, tout semble calme et il n'a aucune raison de s'alarmer davantage que pour être ponctuel et bien brosser ses cheveux. En cette heure matinale, l'église est peu garnie lorsqu'après avoir sonné la cloche, l'abbé Warendeuf commence sa célébration. Seules quelques réponses ont pu être échangées que le silence du recueillement est interrompu par le claquement de la porte et des bruits de crosses que l'on heurte brutalement. Deux Bavarois solidement armés manifestent leur présence. Ils bloquent toute tentative de sortie, rien que par leur attitude déterminée. Dès la fin de l'office, ils emmenèrent tout le monde sous bonne garde.
Sans que les Ablainois s'en soient rendu compte, le village avait été occupé pendant la nuit jusqu'à ses confins vers Gouy. La sonnerie de la cloche avait été interprétée comme un signal de l'avance des troupes.
Enfermé avec deux autres hommes au dessus du poste allemand improvisé en face de l'église, le jeune Dépret prend son mal en patience. Les femmes ont été libérées dès les premiers instants, le curé séparé des hommes et transféré en un lieu inconnu. De toutes façons, les contacts oraux avec les autorités allemandes se heurtent à la barrière de la langue que pas un des trois Ablainois ne parle.
Les Bavarois n'ont pas pu dépasser la limite du village. Leur progression a été stoppée par les troupes françaises installées sur les premières collines de l'Artois. Le site de Lorette constitue un objectif stratégique qui commande toute la plaine de Lens et ses riches mines de charbon. Les Allemands veulent s'y maintenir à tout prix, les français le reconquérir à toutes forces.
Le poste allemand est bientôt transformé en poste de secours où les soldats viennent panser leurs blessures avant d'être évacués vers l'arrière. En ce lieu, ce ne sont que cris de douleurs et râles de mourrants.
Les français installent bientôt des batteries pointées sur Lorette et sur le clocher de l'église qui peut servir d'observatoire. Miné par une dysenterie, Camille observe par une étroite lucarne les tranchées qui montent vers Lorette et les superstructures de l'église.
Sous la mitraille française, les pierres s'écornent, la dentelle de sculpture se désagrège. Le jour, la nuit, on fusille le chef d'oeuvre de Jacques Caron et l'honneur des Ablainois. Le clocher s'est ouvert sous un obus. Les cloches deviennent visibles de l'extérieur comme si on avait opéré l'église d'une mauvaise maladie. Le long des heures, le bronze des cloches résonne lugubrement son agonie. Tout à coup, comme on rend l'âme après avoir trop lutté, le clocher laissa s'effondrer ses cloches sur les gravas de son desastre . Quatre siècles de gloire s'achevèrent......
Grace à un officier prussien qui le prend en affection, le jeune Camille est rendu à sa mère. Il doit pourtant se cacher des autorités d'occupation. Le 5 janvier 1915, les habitants de la localité sont rassemblés sur la place de l'église. Les bombardements ont déjà fait beaucoup de victimes parmi la population civile, leur évacuation est décidée. Par charrettes ils sont dirigés vers la gare la plus proche et emmenés en train vers la Belgique et la Suisse. L'Allemagne n'avait que faire de bouches inutiles à nourrir.
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Au printemps 1915, les Français reprirent l'offensive pour tenter de repousser le front allemand plus à l'Est.
L'armée de Foch réunit sept corps d'armée et trois divisions qui se répartissent sur un front de 30 km. Des milliers d'hommes de toutes nationalités attaquent à l'aube du 9 mai 1915. Le 13 mai, Carency au sud est repris dans la nuit. Les communiqués officiels annoncent que " Nous avons tout Carency et tout Ablain sauf quelques maisons ". Sous l'euphémisme se cache le fait que les français sont bloqués dans le cimetière d'Ablain, non celui de l'église, mais le nouveau, situé à plus de cent mètres vers Carency. Le cimetière de Dorgelès, celui où il s'était écrié:" on fusille les morts !".
Derrière les termes aseptisés du communiqué officiel, on devine à peine l'horreur des combats pour reconquérir l'église.
" Le soir tombe, mais la nuit ne nous arrêtera pas. Nous commençons par enlever tout l'ilot de maisons qui est au sud de l'église. Notre récolte de mitrailleuses s'augmente. En même temps, au delà des lisières d'Ablain, au croisement d'une route qui longe la voie ferrée Carency-Souchez, nous prenons d'assaut un fortin connu sous le nom de "fortin des quatre boqueteaux ".
Nous trouvons là du matériel et des approvisionnements. La lutte dure une demi-heure à coups de grenades. Les Allemands se sentent perdus et ne résistent guère.
Il reste à en finir avec le village; la chose se fait dans la matinée du 29 mai. Presbytère, église, fortement tenus encore, tombent aux mains de nos soldats. Les allemands dans ce dernier ilot, ont trois compagnies qui se battent bien, mais moins bien que nos hommes. De cet effectif de plusieurs centaines de soldats, il en reste vingt vivants que nous faisons prisonniers. Les autres sont tués à la baïonette ou succombent sous les coups de l'artillerie allemande qui exécute sur Ablain, perdu pour les siens, un violent tir de représailles. Cette dernière partie du combat nous coûte plus cher que la première: environ deux cents tués ou blessés, la plupart atteints par les "marmites ".
Dans l'aprés-midi du 29, tout Ablain est entre nos mains. Cinq cents cadavres allemands en encombrent les ruines, environ cinq cents prisonniers et quatorze mitrailleuses restent entre nos mains.
Sous l'image d'Epinal de la guerre "fraîche et joyeuse ", où les morts sont forcément de l'autre côté et les combats forcément des victoires, il faut chercher la souffrance des hommes.
Lorsque la bataille est déclenchée, le bombardement, l'assaut, la contre-attaque représentent l'effroi permanent, la douleur, la mort parfois la folie, en tous cas l'ébranlement nerveux. Les artilleries se répondent, les obus effectuent leur chassé-croisé, les 150, les 210 pilonnent sans arrêt les hommes qui prient, les hommes qui pleurent, les hommes qui ne voudraient plus être des hommes pour ne plus exister au milieu de ce monde atroce qui n'est plus à leur mesure.
Dérisoire dans sa concision le communiqué allemand dira de la bataille pour l'église d'Ablain-Saint-Nazaire:" Sans que l'ennemi s'en aperçut, nous avons retiré de la partie d'Ablain la petite garnison que nous y avions et dont le maintien sur cette position avancée nous eut coûté des pertes inutiles".
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A la sortie de la guerre 1914-1918, les destructions étaient telles qu'il apparut illusoire de reconstruire en l'état l'église d'Ablain-Saint-Nazaire. Le coût en aurait été trop élevé pour les finances nationales. Il fut décidé par la commission des Monuments Historiques: "Tant par leur aspect que par les souvenirs qui s'y attachent, ces ruines émouvantes doivent être simplement consolidées et conservées comme témoin du vandalisme allemand".
Le classement de l'église en monument historique non seulement en son temps n'avait pu être utilisé comme un moyen de protéger l'ouvrage des assauts des ans, mais servait alors de prétexte commode pour ne pas investir les sommes indispensables à sa réfection. L église n'était plus propriété communale mais propriété d'Etat.
En dédommagement, la commune recevait une somme conséquente à charge pour elle de faire construire une nouvelle église dans le village. Celle ci fut inaugurée en 1932.
L'architecte des Beaux-Arts chargé de la consolidation du site après la guerre fit procéder au déblaiement de l'édifice, à l'étaiement et à la protection des murs encore debout. Ce déblaiement permit de retrouver de nombreux éléments d'architecture intéressants, comportant des sculptures ou des moulures pouvant être remis en place et constituant des témoins précieux. La placette devant l'église fut dégagée, plantée en herbe et bordée d'ifs. Une belle grille fermait l'acces.
Puis vint l'oubli.......
C'était il y a 70 ans ... Depuis, il y eu les jours, les mois, les ans. Gel après gel, saison après saison, le temps a fait son oeuvre, les pierres descellent, tombent. Les broussailles se sont élevées au point que la vue de l'édifice, pourtant majestueux, était masquée. Les arbustes sont devenus arbres dont les racines descellent les pavés du terre-plein et le pavement de l'église intérieure. La ruine se ruine.....
Les services départementaux, sous la responsabilité de M. de la Hautière, architecte des Bâtiments de France doivent assurer trimestriellement l'entretien courant. Si la conservation des murs eux-mêmes ne posa pas trop de problèmes, le terre-plein de façade n'est manifestement entretenu par personne et depuis longtemps. La barrière métallique qui fermait le passage a été vaincue par la rouille.
Pire que tout, il y a le vandalisme. Si l'on peut excuser les graffitis des soldats qui ont combattu et parfois donné leur vie pour reconquérir les lieux, on ne peut que blâmer les dégradations des enfants qui, jeunesse après jeunesse, ont gravé leurs amours enfantines dans la pierre tendre. Et il y a les récupérateurs. Pour la pierre, pour le plomb, pour le plaisir. Les plaques tombales de l'église ont disparu l'une après l'autre pour encombrer on ne sait quel grenier. Quel intérêt ???
En novembre 1983, les ouvriers ont repris possession de l'église . Sous la responsabilité de M . Poncelet, architecte des Monuments Historiques , une tranche de travaux a été entreprise. L'entreprise Payeux a été chargée de déblayer l'intérieur de l'église et les abords immédiats, de consolider les murs, de restaurer les éléments ponctuels tels le porche et la petite porte murée du côté Nord .
Des colonnes ont été partiellement remontées, un travail de reconstitution patiente entrepris. Devant le portail, les bancs de pierre sont réapparus sur lesquels les vieux aimaient flâner après la messe avant 1914. L'arc double a été consolidé au dessus des anciennes portes geminées. La pierre de François Pronier proclamant par delà le temps les obits dus par l'église à sa mémoire, a été refixée sur le clocher, face sud .
En décembre 1984, la société locale Ablain-Nature proposait à ses adhérents une action bénévole sur le site de la vieille église. Avec l'accord de M. de la Hautière et des directives précises, une équipe de volontaires prenait possession des lieux. Après une journée d'efforts dans les épines, les broussailles et les intempéries de ce jour-là, la vue sur le portail était restituée aux passants.
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D'autres actions de nettoyage ont eu lieu sur le site, par la même association, pour amener la vieille église dans l'état où l'on peut la voir aujourd'hui.
Un grand merci à l'association: " ABLAIN-NATURE " avec tous ses bénévoles et son président le Dr Bénabdallah Malik qui depuis 14 ans assurent l'entretien de ce site splendide.
Alors si vous vous trouvez dans le Pas-de-Calais, non loin de son chef lieu, un conseil: le détour s'impose.




éme visiteurs.