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Les Compagnies Sahariennes

Lorsqu'on évoque les Compagnies Sahariennes, on pense aussitôt aux soldats méharistes et la première référence en la matière est la mauvaise expérience de BONAPARTE qui échoua dans sa tentative de mettre des militaires en selle sur des dromadaires, lors de sa campagne d'Egypte où, le 9 janvier 1799, il créa le premier "Régiment des dromadaires".

Spahissaharien

Il faudra attendre près d'un siècle pour que d'autres tentatives soient osées avec des cavaliers, algériens cette fois-ci, les spahis, qui seront les véritables précurseurs en tant qu'unités méharistes opérationnelles.

C'est la Loi du 29/12/1894 qui crée les premières troupes sahariennes sous forme d'un escadron de spahis méharistes et d'une compagnie de tirailleurs sahariens.

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SpahisBechar

Les régions désertiques ne présentaient pas à priori de grand intérêt économique mais leur soumission semblait d'autant plus nécessaire que, depuis quelques temps déjà, l'idée d'une liaison entre les rives nord et sud du Sahara caressait les esprits coloniaux. Le Lieutenant Colonel FLATTERS et sa troupe avaient payé le prix de cette ambition, massacrés qu'ils furent en 1880 lors d'une reconnaissance de trajet pour le chemin de fer transsaharien. Cette aventure dramatique avait pour un temps retardé la prise de possession du Grand Sud. LAGHOUAT, TOUGGOURT, et GHARDAIA étaient les bases les plus avancées vers le Sud saharien pour les colons algériens du XIX° siècle.

Spahis saharien

PriseInSalah

Sous prétexte de mission scientifique, IN SALAH, la rebelle, était prise en décembre 1899. Dans la foulée, en mars 1900, les oasis du TOUAT étaient soumises et ADRAR tombait le 1er juillet 1900.

Sur les deux "rives" du Sahara des officiers français rêvent alors de maîtriser les groupes erratiques qui mettent leur autorité en péril en harcelant les populations sédentaires. Le rezzou fait partie du mode de vie traditionnel, il est pourtant insupportable dans l'esprit d'une paix française. Il faut mâter les pillards mais ces groupes, minuscules à l'échelon d'une nation, et très violents, le meurtre accompagnant éventuellement les vols, ces groupes se volatilisent dans l'immensité saharienne grâce à leur connaissance du terrain, de ses pièges et de ses ressources. Pour les traquer, il faut une stratégie mieux adaptée que de puissantes et lourdes colonnes militaires classiques.

Au Nord, malgré des échauffourées constantes, les militaires et les colons considèrent l'Algérie comme conquise à la fin du XIX° siècle. C'est aux confins du Sahara que se portent désormais les conflits de domination, notamment avec les tribus touarègues du sud et les bérabers du sud ouest (sud marocain). Les Chaamba(s) du sud du M'zab vont faire allégeance à l'autorité militaire et deviendront de précieux collaborateurs.

MeharistesBeniAbbes
CBechar

Les sphères politiques considéraient toutefois l'occupation militaire comme trop coûteuse et envisagent même le retrait des forces de ces régions lointaines.

En effet, jusqu'alors, la colonie algérienne était divisée en trois départements (Alger, Constantine, Oran) sans limite au sud et l'administration coloniale ne voyait dans le Sahara que des terres arides à disputer à des tribus hostiles, à grand renfort de troupes fort onéreuses. Pourtant, la perspective de rejoindre les colonies d'Afrique centrale, par voie terrestre, et l'esprit d'aventure des officiers sahariens furent moteurs d'incursions de plus en plus osées vers le Sud.

Colonne

Pour suivre les étapes de la conquête voir la carte extraite des "Cahiers du centenaire de l'Algérie" -1930-

Lapperine

Depuis 1895, LAPERRINE, alors capitaine, avait expérimenté la monte de dromadaires avec ses spahis sahariens de Fort Mac Mahon, au S.O. d'El-Goléa.

1902 : "Le commandant LAPERRINE présenta à ce moment ses projets de formation de troupes méharistes indigènes très mobiles, recrutées parmi les grands nomades eux-mêmes et fortement encadrés par des éléments français de choix. Ces troupes se substitueraient très économiquement aux éléments réguliers entretenus jusqu'à ce moment à très grands frais. Du point de vue administratif, les officiers de ces nouvelles troupes rassembleraient entre leurs mains tous les pouvoirs et auraient à assurer l'administration immédiate des quelques tribus du Sahara. Ces mêmes officiers dans le nouveau système, fondé sur le principe de vivre sur le pays ou du moins moyennant des marchés réalisés sur place, prendraient également la direction de tous les services. Ils seraient intendants, ingénieurs, artilleurs, fantassins, cavaliers..."

(Cahiers du centenaire de l'Algérie - Livret 2 - La pacification du Sahara - Général O. MEYNIER)

Photo officielle du Général LAPERRINE

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Les Compagnies Sahariennes furent donc créées à l'instigation de LAPERRINE par décret du 1er avril 1902. Elles répondaient, par leur organisation particulière aux contraintes économiques et aux perspectives de sécurisation du grand Sud.

Elles constituaient un moyen de faire régner l'ordre français, à moindre coût, sur ces territoires immenses et encore pratiquement inconnus.

Cottenest

Dans son rapport, le lieutenant Cottenest indique qu'il a été pris à partie par environ 300 Touareg.

"Le terrain permet aux Touareg de s'avancer jusqu'à nous à méhari .(…} Leurs lances de fer barbelé sifflent à nos côté (…} pendant que ceux qui les ont lancées sautent de méhari un fusil à la main gauche, un javelot à la main droite, le sabre au côté gauche.

Le combat se termine "sous une pluie torrentielle, après avoir duré deux heures et demi pendant lesquelles nous avons brûlé14 000 cartouches."

Dès le mois suivant leur création, un combat décisif s'engage à TIT, situé à une quarantaine de kilomètres au N.O. de Tamanrasset. Ce sont des goumiers et non les nouvelles compagnies qui mènent ce violent combat où les Touareg subissent une cuisante défaite face aux 140 méharistes venus d'In-Salah sous le commandement du lieutenant COTTENEST. On dira à cette occasion que la mission Flatters, massacrée en 1880, fût vengée. Dans cette défaite, les Touareg du Hoggar perdent surtout leur sentiment d'invincibilité et, contrairement aux Touareg Ajjers, ils se montreront par la suite plus ouverts au dialogue avec les émissaires français que seront LAPERRINE et Charles de FOUCAULD.

MeharistesInSalah

Les Compagnies Sahariennes étaient pensées comme "une tribu nomade militairement encadrée" mais elles formaient un corps régulier de l'armée et non un corps de supplétifs comme les goums. Les hommes de troupe étaient des Sahariens, engagés pour deux ans, essentiellement des Chaamba(s), rivaux ancestraux des Touareg(s) qui trouvaient sous les couleurs françaises le moyen de venger leurs vieilles querelles !

Les hommes vivaient sur leur solde, pour leur nourriture et leur entretien. De fait, ils devaient se procurer eux-mêmes deux méhara et leur harnachement. Les effets militaires étaient fournis par le magasin d’habillement mais décomptés de leurs pécules.

Ces unités étaient encadrés par des militaires français des Affaires Indigènes et les uniformes variaient suivant la distinction officiers, sous-officiers, hommes de troupe mais aussi selon qu’ils soient français ou indigènes. En campagne toutefois, le port de pièces d'uniformes indigènes était autorisé pour tous, vraisemblablement pour raison de commodité.

MeynierInSalah

Les premières compagnies créées sont affectées au Gourara (région de Timimoun), au Touat (région d'Adrar) et au Tidikelt (région d'In Salah). Ce triangle est le fer de lance de l'offensive menée à la fois contre les Touareg au sud et les Bérabers à l'ouest. Ces derniers posent problème et suscitent la "question marocaine" qui cache un difficile positionnement de frontière toujours d'actualité de nos jours : Colomb-Béchar est, à l'origine, un poste avancé installé en 1903 par les troupes françaises. Adossé au djebel Béchar, ce poste se situe dans un territoire encore revendiqué actuellement par le Maroc. Ce poste devait protéger des incursions de groupes se réfugiant dans le Haut-Guir marocain.

Mitrailleuse
Mitrailleuses1

Pour accomplir cette mission, de nouvelles compagnies sahariennes sont sont créées en 1904 :

la Compagnie de la Saoura, méhariste, à Béni-Abbés (le 22 avril), et la Compagnie de Colomb, non méhariste, à Béchar (le 7 juin).

Timiaouin

Les Compagnies Sahariennes traversent le Sahara et rejoignent l'Afrique Occidentale Française en réalisant le rêve d'unité coloniale entre l'Afrique du Nord et l'Afrique noire. Elles ne sont arrêtées que … par des soldats français de la Coloniale qui ne supportent pas de voir ces gens du Nord s'immiscer dans leurs affaires. C'est l'incident de TIMIAOUIN de 1904 où un "petit capitaine" interdit au lieutenant-colonel LAPERRINE d'avancer plus loin et même de se ravitailler à l'oasis la plus proche. Cet épisode montre la rivalité franco-française dans son entreprise de domination de l'Afrique et souligne l'un des drames de la colonisation : l'institution de petits pouvoirs locaux ambitieux mais détachés d'une vision globale.

Cet incident marquera à jamais une fracture entre "La Saharienne" et "La Coloniale".

Chambaseneg

L'inamicale rencontre de TIMIAOUIN-Photo "Illustration"

Le vieux rêve de jonction des possessions françaises est enfin réalisé mais d'incessants incidents émaillent ce grand sud algérien où des groupes de pillards rançonnent traditionnellement caravanes et sédentaires. Les fonctions de police des Compagnies Sahariennes consistent à prévenir des rezzou en interceptant les groupes hostiles ou à les poursuivre après leurs actions. Dans ce territoire immense qu'elles ont reconnu par des méharées incessantes, les Compagnies Sahariennes font preuve de courage en vivant de peu, comme leurs adversaires, ce qui les rend terriblement efficaces.

Méharistes Chamba et Sénégalais : la jonction, image d'un rêve colonial.

Cette photo date probablement de 1906 lorsque le Lt Col. LAPERRINE obtient l'autorisation d'établir cette liaison mise en échec deux ans plus tôt.

Car ces incursions profondes ne doivent pas faire oublier que le Sahara est loin d'être pacifié. L'organisation des Compagnies Sahariennes est modifiée au fur et à mesure des ralliements indigènes à la cause française, de la sécurisation des zones et de l'évolution de l'insécurité à des marges qui se trouvent toujours plus reculées.

Ainsi la compagnie de Gourara est supprimée le 11 août 1905 . La compagnie de Colomb est supprimée le 9 août 1910 . Il ne subsiste donc que les compagnies du Tidikelt, (In Salah) du Touat (Adrar) et de la Saoura (Béni-Abbés).

Pour faire face à de nombreux incidents, peut-être encouragés par les Turcs alliés de l'Allemagne, trois autres unités sont créées lors de la première guerre mondiale : les compagnies de Ouargla, de Touggourt et du Sud-Tunisien qui seront supprimée fin 1919.

BouDenib

Contrairement à l'Algérie, le Maroc était un protectorat gardant un dirigeant et jouissant d'une relative autonomie, ce qui en faisait une base de replis pour les groupes bérabers insoumis.

Canonnade dans le Sud Marocain.

Revue
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Pillards

"Les méharistes du général LAPERRINE, gendarmes du désert"

Extrait de "Le Sarara, ses oasis" L. LEHURAUX

Officier

Ce groupe de pillards captifs est mis en scène par le photographe pour représenter l'hétérogénéité des harceleurs : devant, un adolescent au chèche défait, à droite, un blanc aux longs cheveux (berbère ?), un touareg au centre, à gauche, un noir (haratin affranchi ?).

Un officier vers 1915-1917

Les années 20 débutent par le décès accidentel du général fondateur des Compagnies Sahariennes. LAPERRINE, commandant de la division d'Alger depuis la dissolution du commandement des Territoires Sahariens en 1919, reste très attaché à "son" désert et y trouve la mort dans après un atterrissage forcé et brutal au sud de TAMANRASSET. Une patrouille méhariste retrouve par hasard ses deux compagnons au bord du suicide et les ramène à TAM avec la dépouille de leur chef dont la lente agonie fut racontée par les survivants.

Cet épisode dramatique rejoint l'assassinat du père de Foucault en 1916 pour fonder dans l'imaginaire français une représentation du Sahara où se mêlent l'héroïsme, le courage et l'abnégation qui seront les valeurs fortes des coureurs de désert. Dans l'esprit colonial, il se forme là une légitimité quant à la présence française au Sahara.

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L'axe central du Sahara est à peu près sécurisé notamment par le ralliement des Touareg Hoggar dû à l'action pacifique du père De Foucault et à la diplomatie du général Laperrine.

Il n'en est pas de même pour la région de Djanet, aux confins algéro-lybiens, une zone agitée où les Touareg Ajjers, toujours sensibles à l'influence turque, se montrent très résistants à la présence française.

Le dédoublement de la compagnie du Tidikelt en 1924, permet de renforcer cette zone sensible. La compagnie du Tidikelt devient, pour une part, compagnie du Tidikelt-Hoggar et, d'autre part, compagnie des Ajjers.

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Les reconnaissances sont le lot quotidien des Compagnies Sahariennes. Elles consistent en relevés d'itinéraires, en topos géographiques, positionnement de puits, contacts avec les autochtones autant qu'en poursuites de pillards ou prévention de raids. De multiples accrochages témoignent de cette volonté d'imposer une paix à la française dans ce désert justement si loin du mode de vie à la française.

Une autre mission incombe aux Compagnies Sahariennes avec le développement des moyens mécanisées : on rêve toujours d'une liaison Nord-Sud par chemin de fer, mais … D'autre part, l'aviation balbutiante doit être soutenue, à terre, par l'automobile qui tend elle même à remplacer le méhari sur les grandes liaisons.

La première Compagnie Saharienne motorisée est créée le 10 Août 1935 dans les Ajjers.

A la veille de la seconde guerre mondiale, les troupes sahariennes sont composées en deux groupes, l'un au Sud, l'autre à l'Ouest. Le premier, Territoire des Oasis, comprend la compagnie méhariste du Hoggar, celle des Ajjers, ainsi que la compagnie motorisée des Ajjers.

  Le second, Territoire d'Aïn-Sefra, se compose des compagnies méharistes du Touat et de la Saoura.

Les Compagnies Sahariennes sont ainsi toujours en mesure de porter les ambitions, voire les utopies, des européens et de les adapter aux réalités du terrain humain, culturel et … géographique !

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A suivre … =>

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Souvenirs de la CMA 1956/58 par Dominique PETIT : Clic

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