La transmission du pouvoir sous les Antonins


Je remercie M. Roland Delmaire, professeur d'histoire romaine, auteur de ces quelques lignes tirées du cours de l'université de Lille-III à Villeneuve d'Ascq (France).

Le 1er novembre 96, lorsque Domitien est tué, le Sénat confie le pouvoir à Marcus Cocceius Nerva, âgé et sans enfants, personnage respecté qui a été deux fois consul mais qui ne peut être qu'un empereur de transition ; sous la pression des prétoriens, il doit punir les assassins de Domitien. Le 22/10/97, il adopte le général en chef des armées du Rhin, Marcus Ulpius Traianus, qu'il ssocie avec le titre de César, désamorçant peut-être ainsi une possible révolte. La mort de Nerva en 98 donne le trône à Trajan. Il se trouve que ni Nerva, ni Trajan, ni ses successeurs (Hadrien, Antonin) n'ont eu d'enfants mâles. Par la force des choses, l'empire va devoir se transmettre par choix d'un successeur adopté.

Le principe de l'adoption :

Les principales notions théoriques sur cette forme de transmission du pouvoir sont contenues dans le Panégyrique de Trajan rédigé par Pline le Jeune en 100 pour remercier l'empereur de l'avoir nommé consul. Dans ce discours, Pline retrace la carrière de Trajan, oppose les débuts heureux de son règne à la tyrannie de Domitien et célèbre le principe de l'adoption qui a permis à Trajan de succéder à Nerva ; il élargit le cas de Trajan pour en faire un principe plus général : l'empereur régnant doit choisir le plus digne pour lui succéder.

Selon Pline, il s'agit d'une route nouvelle et inconnue vers le principat (§7, 1), ce qui est faux : en +4 Auguste a adopté son beau-fils Tibère, après la mort de Caius et Lucius Césars, ses petits-fils qu'il avait adoptés autrefois, et Tibère dut adopter son neveu Germanicus qui était destiné à lui succéder mais qui mourra avant lui. Claude adopte Néron en 50. Mais pour Pline, ces précédents sont sans valeur car il s'agit d'adoption de proches parents ; de plus, ces adoptions dans la proche famille ont des conséquences fâcheuses car l'empereur essaie d'éliminer les parents qui pourraient être autant de rivaux (Tibère fait tuer Agrippa Postumus, petit-fils d'Auguste, et les deux fils aînés de Germanicus ; Caligula fait tuer son demi-frère Britannicus puis tous les descendants d'Auguste).

Au contraire, il n'y a aucun lien de parenté entre Nerva et Trajan et seules leurs vertus les unissent ; d'où la loi importante qu'énonce Pline : il faut chercher un successeur non pas dans sa famille mais dans tout l'empire ; il s'agit du choix du meilleur (surnom d'Optimus = le meilleur, donné officiellement à Trajan en 114 par le Sénat). Reste à savoir si une circonstance exceptionnelle (Nerva doit adopter un successeur) pouvait devenir une règle.

Pourquoi Trajan ?

Pourquoi le choix de Nerva se porte-t-il sur Trajan ? Selon Pline, parce qu'il était le plus digne. Mais selon quels critères ? La vertu, ensemble des qualités exaltées par les monnaies (Piété, Courage, Justice, Libéralité, Victoire). Toutes ces qualités renforcées par le succès, montrent que Trajan est protégé des Dieux (la Fortune, la Félicité) : le plus apte à régner est donc celui que les dieux aiment, protègent et mettent en valeur. Grâce à eux, il est victorieux et se trouve désigné au choix des hommes ; cette idée sera en fait à l'idée de l'anarchie militaire du IIIe siècle, chaque général victorieux se faisant proclamer par son armée, l'empereur vaincu ou incapable de vaincre étant réputé abandonné par les dieux et ne méritant plus de régner.

Mais il y a aussi des circonstances que Pline tait : on constate sur la frontière du Rhin des trroubles en 96-97 et d'autres en Syrie et chez les prétoriens hostiles au choix de Nerva. Il est probable que Nerva ait adopté Trajan pour éviter que celui-ci, fils d'un célèbre général de Vespasien et lui-même porté sous Domitien aux plus hautes fonctions, ne lui soit opposé par les anciens amis de l'empereur précédent (Trajan aurait pu lui apparaître en effet comme un vengeur potentiel de Domitien). Ce n'est qu'après que cette manoeuvre politique aurait été masquée par des considérations idéologiques que Pline fut le premier à développer. cette adoption de circonstance n'avait au départ aucune valeur générale et ne préjugeait nullement de ce que serait par la suite le succession de Trajan. D'ailleurs, Pline lui-même dans son discours souhaite que les dieux donnent bientôt un fils à Trajan : l'adoption n'est donc alors encore qu'une solution de remplacement.

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Jean-Roch Masson - jrmasson@nordnet.fr
Dernière mise à jour le 04 mars 2004.