RELISONS ENSEMBLE Marc, 9, 2 - 10





1. LE TEXTE...

Mc 9:2- Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seuls, à l'écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux
Mc 9:3- et ses vêtements devinrent resplendissants, d'une telle blancheur qu'aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte.
Mc 9:4- Élie leur apparut avec Moïse et ils s'entretenaient avec Jésus.
Mc 9:5- Alors Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : " Rabbi, il est heureux que nous soyons ici ; faisons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. "
Mc 9:6- C'est qu'il ne savait que répondre, car ils étaient saisis de frayeur.
Mc 9:7- Et une nuée survint qui les prit sous son ombre, et une voix partit de la nuée : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le. "
Mc 9:8- Soudain, regardant autour d'eux, ils ne virent plus personne, que Jésus seul avec eux.
Mc 9:9- Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu, si ce n'est quand le Fils de l'homme serait ressuscité d'entre les morts.
Mc 9:10- Ils gardèrent la recommandation, tout en se demandant entre eux ce que signifiait " ressusciter d'entre les morts ".


(Traduction tirée de la BIBLE DE JERUSALEM, éditions du Cerf, 1997, extrait de La Bible de Jérusalem, sur le site Les dominicains de la Province de France . Tous les passages de cette étude où la référence du texte est reprise au début de chaque verset, viennent de cette édition "en ligne". Les autres passages sont tirés de la Traduction Oecuménique de la Bible, Paris, Cerf, 1972.)





2. SON ENVIRONNEMENT...

L'Evangile de Marc est le plus ancien de nos 4 Evangiles. Un témoignage, datant du début du 2ème siècle, nous apprend que Marc aurait écrit son Evangile en qualité d'interprète de Pierre, avec qui il travaillait (voir 1 Pierre, 5, 13). Même si beaucoup pensent que Pierre n'a pas été l'unique source d'information de Marc, concernant les paroles et gestes de Jésus, l'on s'accorde aujourd'hui que cet Evangile a été écrit depuis Rome, par Marc, vers la fin des années 60, sans doute après la mort de Pierre (située vers 66 - 67).

Cet Evangile, centré sur le Règne de Dieu qui nous vient à travers la mission de Jésus, et que nous avons à accueillir en disciples de Jésus, se déroule en 6 grands épisodes, qui suivent le Prologue (1, 1 - 15). Ce Prologue nous présente la mission de Jean Baptiste, ainsi que le baptême, la tentation de Jésus, et son entrée dans son ministère, pour se conclure avec un résumé très synthétique du message de Jésus : "Les temps sont accomplis, le Règne de Dieu s'est approché. Convertissez-vous, et croyez à la Bonne Nouvelle".

Ainsi se suivent ensuite les 6 grands épisodes :

- Jésus se révèle avec autorité en Galilée (1, 16 - 3, 6),
- Jésus est rejeté en Galilée (3, 7 - 6, 6a),
- Les malentendus entre Jésus et ses disciples, en Galilée et ailleurs (6, 6b - 8, 21),
- Jésus instruit ses disciples, alors qu'il monte vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52),
- Les premiers jours de la semaine, unique et finale, de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37),
- Fin de la semaine de Jésus à Jérusalem avec sa passion, sa mort et la découverte du tombeau vide (14, 1 - 16, 20).



Notre texte de ce jour appartient à la quatrième section de la mission de Jésus, qui nous fait participer à un temps important d'instruction par Jésus de ses disciples lors de leur montée ensemble vers Jérusalem (8, 22 - 10, 52). Puis viendront les quatre premiers jours de Jésus à Jérusalem (11, 1 - 13, 37), première partie d'une unique semaine dans la Ville Sainte qui se terminera par la mort de Jésus à Jérusalem et la découverte surprenante de son tombeau vide au matin du premier jour de la semaine suivante (14, 1 - 16, 20).

Au cours de cette montée vers Jérusalem, Jésus guérit d'abord un aveugle (8, 22 - 26), puis, en réponse à la question qu'il pose aux disciples concernant son identité, s'entend proclamer Messie par Pierre (8, 27 - 30). S'ensuivent alors trois séries d'instructions sur ce que sont le rôle du Messie et le statut de disciple, chacune de ces séries étant ponctuée par une prédiction de la passion et de la mort du Fils de l'homme auquel s'identifie Jésus (8. 31 - 9, 29, puis 9, 30 - 10, 31, et finalement 10, 32 - 45), avant le dernier épisode qui nous fait assister à la guérison de l'aveugle Bartimée (10, 46 - 52).

Le récit de la Transfiguration se situe exactement dans la premère série d'instructions données par Jésus à ses proches disciples : Jésus vient juste d'annoncer pour la première fois que le Fils de l'homme doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens , les grands prêtres et les scribes, être mis à mort et ressusciter trois jours après. Face aux protestations de Pierre, il a traité ce dernier de Satan et a expliqué que ses disciples étaient de même appelés à prendre leur croix pour le suivre, et à perdre leur vie à cause de lui et de l'Evangile, afin d'être reconnnus au jour de l'apparition en gloire du Fils de l'homme, et d'être témoins de la venue prochaine du Règne de Dieu avec puissance (8, 31, - 9, 1).

Après la Transfiguration qui se conclut tout naturellement par un dialogue sur le Prophète Elie, Jésus, Pierre, Jacques et Jean rejoignent au pied de la montagne les autres disciples aux prises avec un jeune épileptique possédé d'un démon que Jésus lui-même va chasser dans le cadre d'une discussion sur la foi et la prière avec le père de cet enfant et tous les disciples présents (9, 14 - 29).

Et pour nous, qui relisons ces textes aujourd'hui, la double conviction s'impose de nouveau, à la simple découverte de cet environnement :
- que la gloire de Jésus est inséparable de sa passion et de sa mort,
- et que notre existence de disciples et de croyants doit emprunter le chemin, et revivre l'expérience de Jésus, qui, dans l'Evangile de Jean, quelques heures avant son arrestation, déclarera solennellement :
"Je suis le chemin, et la vérité, et la vie. Personne ne va au Père si ce n'est par moi. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. Dès à présent, vous le connaissez et vous l'avez vu" (Jean, 14, 6 - 7)...




3. CE QUE CE TEXTE NOUS DIT D'ABORD...


La gloire de Jésus, Messie et authentique Fils bien-aimé de Dieu est, dans cette scène, révélée au sommet d'une haute montagne aux seuls trois disciples les plus proches de Jésus que sont Pierre, Jacques et Jean dans l'Evangile de Marc (comme d'ailleurs dans les Evangiles de Matthieu et Luc). Ces trois disciples ont été témoins du retour à la vie de la fille de Jaïre (Marc,5, 37) et seront invités à assister de plus près à la prière d'agonie de Jésus au jardin de Gethsémani.


Cette révélation de Jésus en gloire leur est accordée sous forme d'une vision liée aux traditionnelles manifestations de Dieu en vision dans l'Ancien Testament, une Parole qui sort d'une Nuée.


Le message de cette vision est on ne peut plus clair : Jésus est bien le Messie, le Fils bien-aimé de Dieu. Il accomplit ce qu'avaient déjà vécu Elie et Moïse, qui avaient fait une expérience de la rencontre de Dieu sur la montagne du Sinaï, et dont la tradition biblique d'Israël disait qu'ils avaient "été enlevés au ciel" (Deut., 34, 6 et 2 Rois, 2, 11). De même Jésus est Messie et Christ d'une façon qui accomplit vraiment tout le message de la Loi (reçue et transmise par Moïse, et les 5 premiers Livres de la Bible qui nous rapportent sa "tradition"), et des Prophètes (que représente Elie, le premier d'entre eux dans l'ordre de l'histoire), accomplissement que soulignera très fortement Jésus Ressuscité lui-même, lors de ses apparitions aux disciples d'Emmaüs et aux Onze Apôtres, telles que nous les rapportent Luc, 24.


Il leur faut donc écouter Jésus, même s'il leur annonce et présente une figure du Messie différente de celle du Messie qu'ils attendaient, en particulier lorsqu'il leur prédit comment le Fils de l'homme, en Serviteur souffrant, inaugurera, par son rejet, sa mort et sa résurrection, un Règne de Dieu qui n'est pas de ce monde. Il va donc leur falloir vivre un passage transformant au niveau de leur foi.


Ce message demeure expliqué dans le contexte de l'attente Juive du Messie et s'ouvre à la grande nouvelle, totalement inattendue, de la Résurrection, à venir, de Jésus le Messie, qui se trouve anticipée dans l'image révélée de Jésus en cette vision de la Transfiguration, comme le montrent très bien les versets 11 - 13, qui suivent immédiatement notre passage de ce dimanche :

- les disciples n'espèrent qu'en une résurrection générale à la fin des temps et se demandent ce que signifie cette recommandation de Jésus de ne parler à personne de cette vision "jusqu'à ce que le Fils de l'homme ressuscite d'entre les morts", c'est-à-dire dans un avenir prochain.

- se souvenant de l'Ecriture (Malachie, 3, 23 - 24) qui parle d'un retour d'Elie avant l'apparition du Messie, ils ont du mal à comprendre comment Jésus pourrait non seulement être méprisé et souffrir en sa qualité de Fils de l'homme - ce dont l'Ecriture ne parle qu'indirectement, à propos du Serviteur souffrant, mais sans identifier formellement ce Serviteur avec le Fils de l'homme (Deuxième Isaïe, 52, 14 et 53, 4 - 10) -, mais, de plus, ressusciter avant ce retour du Prophète Elie. Ils interrogent donc Jésus à ce sujet.

- quand Jésus leur répond qu'Elie est déjà venu et qu'il a souffert, il fait allusion à Jean le Baptiste, comme le précise Matthieu dans son récit parallèle (Matth., 17, 13). A noter toutefois que Marc ajoute qu'Elie (Jean Baptiste) a ainsi souffert "selon ce qu'il est écrit de lui", alors qu'il n'y a aucun texte de l'Ancien Testament sur ce point. Dans une note intéressante à ce sujet, la TOB (Marc, 9, 13, note "l") souligne l'idée originale de Marc qu'il nous faut relever :

"Selon lui, il existe un parallélisme étroit entre Elie et le Fils de l'homme : l'un et l'autre doivent souffrir; le sort de Jean Baptiste (Marc, 6, 17 - 29) préfigure ainsi celui de Christ. Ce thème lui paraît si important qu'il entraîne un appel au témoignage des Ecritures".

- nous mesurons ainsi à quel point il est important de ne pas déconnecter le récit proprement dit de la Transfiguration du dialogue sur Elie que Jésus tient avec ses trois disciples en descendant justement de la montagne de la transfiguration, et concernant Elie, présent avec Jésus transfiguré dans la vision, Elie qui est nommé d'ailleurs avant Moïse dans ce récit de Marc.


Le scandale et la folie de la croix, indissociables de la Gloire du Fils de l'homme devenu le Ressuscité, et qui nous partage sa vie de Ressuscité dans l'Esprit Saint, se trouvent donc bien au "noeud" de cette scène merveilleuse, dont Pierre, Jacques et Jean ont eu la vision.

Ce paradoxe fondamental de la croix et de la gloire, qui définit le mystère du Christ, est la clé de voûte et de notre découverte authentique de Jésus Christ, et de notre attitude chrétienne.



4. CE QUE CERTAINS ELEMENTS NOUS SUGGERENT...


1°) Il nous est raconté une vision.

Des éléments inhérents à tout récit de vision se retrouvent dans ce récit de la transfiguration :

- la blancheur éblouissante : relire, par exemple, la grande vision du Fils d' homme qui venait sur les nuées du ciel pour s'approcher du vieillard dont le vêtement était blanc comme de la neige, au livre de Daniel, 7, 9 - 10 et 13 - 14, ainsi que la vision du Fils de l'homme - dont la tête et les cheveux sont blancs comme laine blanche, et dont le visage resplendit tel le soleil dans tout son éclat - qu'a le voyant de l'Apocalypse, 1, 13 - 18.

- la nuée, signe, "véhicule" de la présence de Dieu : relire les nombreux textes de l'Ancien Testament : Exode, 16, 10; 19, 9; 24, 15 - 16; 33, 9; 40, 35; Nombres, 9, 18 et 22; 10, 34. Citons particulièrement ici quelques versets des chapitres 19 et 20 de l'Exode qui nous racontent la manifestation de Dieu à Moïse au Sinaï :

Ex 19:9- Yahvé dit à Moïse : " Je vais venir à toi dans l'épaisseur de la nuée, afin que le peuple entende quand je parlerai avec toi et croie en toi pour toujours. " Et Moïse rapporta à Yahvé les paroles du peuple
...
Ex 20:21- Le peuple se tint à distance et Moïse s'approcha de la nuée obscure où était Dieu...


Dans la scène de l'Annonciation de la naissance de Jésus dans l'Evangile de l'Enfance selon saint Luc, Marie s'entend dire par l'Ange Gabriel que l'Esprit Saint va venir sur elle et la Puissance du Très Haut la couvrir de son ombre (Luc, 1, 35).


- Une Parole qui vient de Dieu et qui sort de la nuée au moment le plus fort de cette expérience de vision, comme c'est le cas au verset 7 de notre texte et dans les quelques versets de l'Exode citès ci-dessus.

Nous nous trouvons donc ici devant un langage codé, qui veut nous traduire une expérience de type inexprimable, et qui se sert d'images inhabituelles, au-delà de nos perceptions courantes. A noter également que les témoins de telles visions sont bouleversés : Pierre, Jacques et Jean, ici, au verset 6, le peuple d'Israël au Sinaï (relire les derniers versets recopiés ci-dessus), Marie à l'Annonciation (Luc, 1, 29), le voyant de l'Apocalypse qui tombe "comme mort" aux pieds du Fils de l'homme qui lui apparaît (Apoc., 1, 17).


2°) Au centre de cette vision, le Christ en gloire.

Jésus transfiguré se tient à la place où Dieu se manifeste dans les visions de l'Ancien Testament, mais la voix sort d'un autre lieu que lui, de la nuée : la voix invite à regarder Jésus en gloire, à le découvrir, à le suivre, à l'écouter. Quand il sera terrassé sur le chemin de Damas au jour de sa conversion, Saul (Paul) prendra conscience d'une manifestation visionnaire de Dieu, qu'il interrogera, mais c'est Jésus le Ressuscité qui lui répondra sans être vu. Paul en conclura qu'il a rencontré le Ressuscité, et que le Christ Jésus est Dieu (Actes, 9, 3 - 9; 9, 19 - 22; 1 Cor., 15, 8 - 10).

Le verbe grec que traduit notre mot "transfiguré" signifie précisément "métamorphosé". Marc ne parle pas du changement sur le visage de Jésus comme le font dans leurs récits parallèles Matthieu et Luc (voir Matth., 17, 1 - 9 et Luc, 9, 28 - 35). Les trois disciples ont ici vision d'une transformation visible du Jésus terrestre qu'ils connaissent, et qui, dans la gloire de Dieu qui l'a saisi, leur paraît devenu "autre". Cette "altérité" sera de nouveau manifestée lors des apparitions du Christ ressuscité, comme le montrent tous les récits de Pâques : Jésus n'est plus le même, au point qu'il n'est pas immédiatement reconnu et doit donner des signes de son identité pour indiquer qu' il est bien Lui-même.

A la Transfiguration, comme lors des apparitions pascales, il s'agit bien de quelqu'un de notre monde terrestre (Jésus de Nazareth) qui nous est manifesté comme étant "d'ailleurs", alors que dans les visions de l' Ancien Testament, c'est Dieu, qu'on ne peut voir sans mourir, qui se manifeste, soit à travers les signes que traduisent les mots "nuée" ou "parole", soit par un messager mystérieux (d'abord l'Ange du Seigneur, ou, plus tard, un ange particulier, comme au livre de Daniel).

La façon dont Jésus est présenté lors de cette vision de la Transfiguration se situe donc dans la perspective de la Résurrection glorieuse du Seigneur, lors de son passage de la croix à la gloire en son humanité intégrée dans la réalité transcendante du Dieu vivant. Ce que perçoivent les disciples dans leur vision correspond à ce que leur déclare Jésus en descendant de la montagne, à savoir qu'ils ne pourront comprendre ce qu'ils ont vécu dans cette vision de la Transfiguration qu'une fois révélée la gloire du Ressuscité (versets 9 et 10 de notre passage).

Le contraste brutal, éprouvé par les trois disciples dès que s'est tue la voix qui sort de la nuée, traduit bien le retour au concret de l'existence, et du chemin vers sa passion que va poursuivre avec eux Jésus en les instruisant : "ils ne virent plus personne d'autre que Jésus, seul avec eux" (verset 8). C'est bien par l'humanité réelle de Jésus de Nazareth, appelé à devenir, par son passage pascal "de ce monde à son Père" (Jean 13, 1 - 4), le Christ ressuscité, que nous aurons part à la divinité de Dieu (2 Pierre, 1, 4 et Jean, 1, 12 - 14 et 18).


3°) Une dimension d'accomplissement du dessein de Dieu annoncé dans l'Ancien Testament.

La mission d' Elie, et celle de Moïse, se trouvent accomplies en Jésus. Leur présence atteste qu'ils représentent les prophètes (Elie) et la loi (Moïse), résument ainsi les principaux livres de la Bible Juive, et qu'ils ont vécu l'expérience d'une révélation de la gloire de Yahvé tous les deux en haut de la montagne du Sinaï : Moïse au cours de l'Exode, Elie au terme d'un pélerinage-retour aux sources de sa foi, que nous raconte le Premier Livre des Rois : relire 1 Rois, 19, 9 -19 et Exode, 33, 18 - 34, 9), deux textes très importants, ainsi que Exode, 34, 29 - 35, qui nous parle du rayonnement du visage de Moïse, suite à ses rencontres de Dieu, rayonnement insoutenable pour les Israélites au point que Moïse devait se voiler le visage.

Tout est accompli en Jésus Ressuscité et Transfiguré, et de manière qui dépasse toutes ces expériences de l'Ancien Testament : Jean (1, 18) nous précise que personne n'a jamais vu Dieu, hormis "le Fils unique, qui est dans le sein du Père (et qui ) nous l'a dévoilé". Paul, de son côté, ose relativiser le rayonnement du visage de Moïse par comparaison à ce qui nous est donné dans l'Esprit du Seigneur Ressuscité. Voir 2 Cor., 3, 6 - 18, à lire intégralement, et dont voici la conclusion, précisant que c'est la découverte de Jésus qui fait disparaître le voile que conserve l'Ancien Testament, lu indépendamment de la mission de Jésus qui l'accomplit et le dépasse :

2Co 3:16- C'est quand on se convertit au Seigneur que le voile est enlevé.
2Co 3:17- Car le Seigneur, c'est l'Esprit, et où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté.
2Co 3:18- Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est l'Esprit.

Une autre tradition de la Transfiguration nous est proposée dans la 2ème lettre de Pierre, texte tardif du Nouveau Testament, publié sous le nom de Pierre, et qui souligne bien cette dimension d'accomplissement de l'Ancien Testament (2 Pierre, 1, 16 - 19) :

2P 1:16- Car ce n'est pas en suivant des fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la puissance et l'Avènement de notre Seigneur Jésus Christ, mais après avoir été témoins oculaires de sa majesté.
2P 1:17- Il reçut en effet de Dieu le Père honneur et gloire, lorsque la Gloire pleine de majesté lui transmit une telle parole : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. "
2P 1:18- Cette voix, nous, nous l'avons entendue ; elle venait du Ciel, nous étions avec lui sur la montagne sainte.
2P 1:19- Ainsi nous tenons plus ferme la parole prophétique : vous faites bien de la regarder, comme une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour commence à poindre et que l'astre du matin se lève dans vos cœurs...


4°) La haute montagne, les six jours et les trois tentes que Pierre veur dresser.

On s'est livré à des interprétatons sur ces "détails" qui ne sont pas sans importance :

- La haute montagne de la Transfiguration, identifiée souvent comme l'Hermon ou le Thabor.

Non nommée, elle suggère la montagne de la fin des temps, et ne peut être assimilée au mont Sion, colline du Temple au centre de Jérusalem. Elle est rappel de la montagne où Dieu se révèle et se manifeste en théophanie, comme Moïse et Elie en ont fait l'expérience en haut de l'Horeb (le Sinaï), "Montagne de Dieu".

- Les six jours.

S'agit-il d'un rappel du temps de purification préalable à la rencontre de Dieu au Sinaï (Exode, 24, 15 - 16) ? Ou, plutôt, d'une situation dans la semaine de la Fête des Tentes, fête Juive au cours de laquelle Israël célébrait son séjour au désert de l'Exode ? En ce cas, s'agit-il du premier jour de cette Fête des Tentes qui commençait six jours après le jour de l'Expiation, et qui durait sept jours ? Ou bien, du dernier jour de cette Fête des Tentes, au terme des six premiers jours ?

- "Dressons trois tentes", dit Pierre, car il trouve bon d'être là (pour qui ? pour Elie et Moïse, ou pour les trois disciples et Jésus, autour de ce dernier ?)

Allusion probable à cette même Fête des Tentes, qui situe l'épisode de la Transfiguration dans le calendrier des Fêtes Juives, c'est-à-dire à l'automne, en Septembre - Octobre, quand tous les travaux liés à la moisson étaient définitivement terminés. Peut-être Jésus aurait-il été célébré cette Fête quelque part à l'écart avec ces trois disciples?...



5. RESONNANCES BIBLIQUES ET ACHEVEMENT EN JESUS CHRIST...



1°)Le chemin du Christ est notre chemin.

Paul présente sa propre expérience du Christ comme configuration au Christ en son mystère pascal de mort-résurrection. Ce qui est la pierre d'angle de son attachement au Seigneur Ressuscité est le coeur de sa prédication (Philippiens, 3, 7 - 12 et 1 Corinthiens, 1, 19 - 25). Nous savons que Jésus lui-même demande à chaque croyant de se perdre pour lui, de tout quitter pour le suivre et de prendre sa croix. Jacques et Jean, ces deux privilégiés de l'expérience de la Transfiguration, vont s'entendre demander par Jésus s'ils peuvent boire la coupe qu'il va boire, au moment où ils sollicitent d'être assis à sa droite et à sa gauche en son Royaume.

Au moment où il va vivre son angoisse devant la mort au Temple de Jérusalem au terme de son ministère public, Jésus déclare solennellement au chapitre 12 de l'Evangile de Jean :

Jn 12:23- Jésus leur répond : " Voici venue l'heure où doit être glorifié le Fils de l'homme.
Jn 12:24- En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Jn 12:25- Qui aime sa vie la perd ; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle.
Jn 12:26- Si quelqu'un me sert, qu'il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera.

Ce texte de Jean, 12 nous associe au destin de Jésus. Mais, de plus, il nous redit autrement, et dans un tout autre contexte, l'enjeu de la Transfiguration et ce paradoxe si fort de la croix et de la gloire, lorsqu'il nous rapporte, un peu plus loin, que, de nouveau, une voix du ciel se fait entendre et que les témoins ne comprennent pas plus ce qu'est le Fils de l'homme que les trois disciples ne comprenaient la résurrection dont leur parlait Jésus, juste après sa Transfiguration. (Jean, 12, 27 - 33).


2°)Notre situation réelle dans l'aujourd'hui du plan de salut unique de Dieu, achevé en Jésus Christ mort et ressuscité, le "déjà-là" et le "pas-encore".

Telle est notre situation, à nous, qui sommes postérieurs de 2000 ans à l'événement pascal : ne pas avoir de vision du Christ transfiguré ou ressuscité, mais vivre de la réalité permanente, et toujours nouvelle, de sa présence transformante et transfigurante en son Esprit.

En effet, la Transfiguration de Jésus est "déjà" devenue notre propre identité totalement renouvelée en lui : nous sommes désormais, des hommes nouveaux à sa dimension de Ressuscité (Ephés., 2), nous sommes enfants de Dieu (1 Jean, 3) , nés de Dieu (Jean, 1), héritiers et co-héritiers avec le Christ, capables de dire "Abba, Père" (Rom., 8), à Dieu qui est le Père de Jésus et notre Père (Jean, 20 et Ephés., 3), en Christ nous sommes création nouvelle (2 Cor., 5), il n'y a plus ni homme ni femme, ni esclave, ni homme libre (Gal., 4 et Col., 3). Nous sommes appelés par Dieu à reproduire l'image de son Fils pour qu'il soit le Premier-né d'une multitude de frères (Rom., 8). Nous sommes ressuscités avec le Christ, capables de chercher les choses d'en haut, car notre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu (Col., 3).

Nous devrions être en mesure de transcrire en nos actes d'hommes libres - et par la force de l'Esprit de Jésus sans lequel nous sommes radicalement impuissants - la manière qu'a eue Jésus de ne chercher que la Vérité, et d'aimer les hommes nos frères à la façon de Dieu (Rom., 8; 1 Jean, 4; Jean, 15), dont Jésus nous a révélé l'Amour gratuit, qui se dépossède totalement pour que les autres existent et soient debout. Nous devrions pouvoir dire, comme Paul, que nous sommes crucifiés avec le Christ, et qu'en conséquence ce n'est plus nous qui vivons, mais Christ qui vit en nous (Gal., 2), etc.. etc...

Cependant, notre salut, en sa dimension de "pas-encore", demeure en espérance, voir ce qu'on espère ce n'est pas espérer (Rom., 8), ce que nous sommes et serons ne nous a pas encore été totalement révélé (Col., 3 et 1 Jean, 3), actuellement nous voyons comme dans un miroir et en énigme, dans l'attente du face-à-face de notre propre résurrection (1 Cor., 13). Il nous appartient de vivre la foi, avec un coeur de pauvre, et d' agir dans la charité, car il n'y a que ce comportement qui compte (Gal., 5), et sans jamais oublier que c'est par grâce que nous sommes sauvés, et que nous n'y sommes pour rien car c'est un don de Dieu (Ephés., 2). Nous sommes de ce monde et nous ne sommes pas du monde. Jésus ressuscité est retourné au Père pour nous préparer une place, car il veut que là où il est, nous soyons, nous aussi, avec lui, dans sa gloire (Jean, 14; 16; 17).

TEL EST LE MYSTERE DE LA TRANSFIGURATION DE JESUS QUE JESUS NOUS TRANSMET APRES SA RESURRECTION ET DANS LA PRESENCE DE SON ESPRIT.

A NOUS DE RECEVOIR CE MYSTERE ET DE LE RENDRE VISIBLE COMME UNE LUMIERE, UN FEU, UNE CONTAGION, DE CETTE FORCE DU RESSUSCITE QUE NOUS DEVONS MANIFESTER A NOTRE TOUR EN TOUS NOS COMPORTEMENTS.

CAR C'EST A TRAVERS NOUS QUE JESUS SE MONTRE AUJOURD'HUI AUX HOMMES QUI LE CHERCHENT.

LA TRANSFIGURATION DE JESUS NOUS RENVOIE A NOTRE RESPONSABILITE DE DISCIPLES CROYANTS ET D'APOTRES TEMOINS, EN TOUT CE QUE NOUS VIVONS, DE JESUS CRUCIFIE ET RESSUSCITE.



3°)En conclusion avec Saint Paul :

2Co 4:5- Car ce n'est pas nous que nous prêchons, mais le Christ Jésus, Seigneur ; nous ne sommes, nous, que vos serviteurs, à cause de Jésus.
2Co 4:6- En effet le Dieu qui a dit : Que des ténèbres resplendisse la lumière, est Celui qui a resplendi dans nos cœurs, pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu, qui est sur la face du Christ.

Et encore :

Ph 3:20- Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d'où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ,
Ph 3:21- qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire, avec cette force qu'il a de pouvoir même se soumettre toutes choses.





6. CHEMIN DE PRIERE...


Te voici parvenu au milieu de la route
Que tu dois parcourir jusqu'au bout du chemin
Tout juste dévoilé, mais que les tiens redoutent,
Car, si tu es le Christ, pourquoi pareil destin ?...

Comme au commencement, au jour de ton baptême,
Le Père, par sa voix, proclamait ton vrai Nom,
Tu veux inaugurer cette étape suprême
Par l'éblouissement de ta révélation...

Les trois témoins secrets de la théophanie
Là-haut, sur la montagne, à l'écart avec toi,
Sauront-ils contempler cette autre épiphanie
Au jardin ténébreux, à l'aube de ta croix ?...

Lorsqu'Elie et Moïse, au milieu de ta gloire,
Paraissent près de toi, saisis dans ta blancheur,
De l'Ancien Testament s'accomplit la mémoire
Par ta consécration de Fils et Serviteur...

Faut-il tentes dresser alors qu'en toi demeure
L'ombre épaisse de Dieu, plus dense que la nuit
Qui te recouvrira quand pour toi viendra l'Heure
De t'affirmer ce Fils que le Père chérit ?...

Nous voulons t'écouter : apprends-nous ton mystère,
Fais mûrir ton silence au fond de notre coeur,
Pour que surgisse en nous l'indicible lumière
Qui nous revêtira du feu de ta splendeur...



24.02.91


Retour à la première page "RELECTURE" sur la Bible.
Retour à la page "SAVONS-NOUS ?" sur la Bible.
Retour à la page d'accueil.
COMMENTAIRES ANTERIEURS

Si vous avez lu ou imprimé ce commentaire, merci de m'en informer en allant écrire 2 mots et vous identifier à la page où vous serez renvoyé(e) en cliquant sur ce lien.